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A la une / Entretien

Entretien

Mohcine Belabbas : “Il y a divergence de fond entre le pouvoir et l’opposition”

Dans cet entretien, le président du RCD, qui revient sur les motivations ayant conduit à la mise en place d’une Coordination pour la transition démocratique, souligne la nécessité de “dépasser les divergences” au sein de l’opposition et qu’entre le pouvoir et celle-ci, il y a une “divergence de fond” qui ne saurait être aplanie par une simple révision de la Constitution.

Liberté : La CNLTD a fait sa rentrée politique, début septembre, en enregistrant l’adhésion d’une vingtaine d’acteurs politiques et sociaux à sa démarche avec, à la clé, la création d’une instance de concertation et de suivi. Des échos vous seraient-ils parvenus de la société et/ou du pouvoir ?
Mohcine Belabbas : Je rappelle d’abord que la création de cette instance est avant tout une résolution de la conférence du 10 juin dernier à Mazafran qui avait vu la participation de plus de 600 acteurs politiques et sociaux. Au niveau de la Coordination, nous avons toujours tenu nos engagements. Pour des raisons pratiques, cette instance ne pouvait contenir la totalité des participants. Des échos très favorables nous parviennent de toutes les régions du pays. À travers notre démarche, l’espoir a été ravivé chez beaucoup de nos concitoyens qui, depuis longtemps, sentaient la nécessité du plus grand rassemblement possible et considèrent ceux qui empêchent cette convergence pour une transition démocratique comme un obstacle qui travaille objectivement pour le compte du régime. Le pouvoir, quant à lui, reste autiste à toute proposition et démarche qui ne s’inscrit pas dans ses propres intérêts, c'est-à-dire le maintien du système en place.

Des figures importantes comme MM. Ghozali et Hamrouche n’ont pas pris part aux deux réunions de l’instance de concertation et de suivi. Sont-elles toujours avec vous ?

Excepté Hamrouche qui n’a jamais caché sa conviction que le changement ne peut venir que de l’intérieur du régime et jamais de la société et qui, donc, a refusé de faire partie de cette instance, les autres figures dont vous parlez sont toujours avec nous. Dès le départ, nous avons tenu à convier un échantillon que nous pensons représentatif de la classe politique, de la société civile et d’universitaires qui croient à la perspective d’une transition démocratique et qui étaient présents
à Zéralda. Vous me posez la question sur des absences, d’autres acteurs qui n’étaient pas présents le 10 juin ont toute leur place, je pense surtout à la société civile.

Certaines parties ont critiqué ce qu’elles considèrent comme un rapprochement du RCD avec les islamistes, notamment des figures de l’ex-FIS. Que répondez-vous à ces critiques ?
Dans tous les cas de figure, la critique est utile pour tout acteur politique qui travaille à traduire les aspirations citoyennes par des offres et actions politiques concrètes. Il serait cependant intéressant de prime abord d’identifier ces parties. Si ces critiques ne participent pas à animer une polémique, pour s’opposer, brouiller et au final disqualifier la CNLTD, je dirai que l’avenir hypothéqué de notre pays, otage d’un pouvoir qui tire profit d’une multitude de dualités qu’il crée et entretient, nous dicte à tous de dépasser nos divergences sans renoncer à nos valeurs fondamentales. Le RCD, tout en mesurant et en assumant ses responsabilités à chaque fois qu’il en est besoin, ne peut être à lui seul le gardien du temple.
Faut-il rappeler une fois de plus que la CNLTD n’est ni une alliance autour de programmes ni une coalition gouvernementale. Il s’agit d’un espace de débat et d’un instrument de coordination d’actions visant à créer les conditions de l’exercice et de la compétition politique acceptées par tous et permettant de redonner au peuple sa souveraineté. Nous avons pour principe cardinal de ne rien faire en secret s’agissant du devenir du peuple algérien.
La plateforme que nous avons adoptée et rendue publique est, à ce stade, le seul engagement qui nous lie avec nos partenaires.

Vous avez convenu mercredi 10 septembre de la nécessité de doter cette instance d’un programme d’action et, jeudi dernier, vous vous êtes encore rencontrés chez Benflis. Peut-on avoir une idée sur le genre d’actions envisagées ?
Il s’agit de penser et d’initier des actions qui travaillent à la réalisation de notre objectif commun qui se décline dans la réunion des conditions pour enclencher un processus d’une transition démocratique. Un objectif suppose un point d’aboutissement, une clarté dans la démarche, une implication de plusieurs acteurs, des activités coordonnées et régulièrement évaluées et des délais. C’est à la concrétisation de tous ces éléments que l’instance de concertation et de suivi, installée par la CNLTD, doit s’atteler. Bien évidemment, le RCD a ses propositions, mais il serait inconvenant, voire contre-productif que je les décline ici avant de les soumettre pour le débat à nos partenaires dans cette instance.

Nonobstant les avancées réalisées par l’opposition, le régime continue d’ignorer votre revendication d’une période de transition ou, tout au moins de l’esquiver, et d’appliquer sa feuille de route. À quoi répond, selon vous, cette sourde oreille ?

Entre le pouvoir et l’opposition, il y a une divergence de fond. Pour le premier, il s’agit d’engager des consultations alibi avec les acteurs politiques autour d’une nouvelle Constitution afin, espère-t-il, de sauver le système. La réalité est qu’il ne fait qu’approfondir la crise car les équilibres internes sont irrémédiablement rompus et les prolongations qu’il veut se donner dans cette opération menacent la cohésion de la nation et risquent de mener au chaos. Pour nous, il s’agit de s’atteler à une reconstruction en profondeur pour sauver l’Algérie de cette situation en réunissant les moyens de l’organisation d’une transition démocratique. Nous sommes donc dans la démarche inverse. Pour le moment la seule réaction est celle d’Ouyahia qui a déclaré, au mois de juin, que la transition démocratique est une démarche dangereuse, est-ce représentatif de l’ensemble du système aujourd’hui ? C’est possible, mais une chose est sûre, notre démarche a enregistré une large adhésion dans la société et une avancée certaine. En revanche, le pouvoir continue de collectionner les échecs.

Qu’en est-il de l’activité propre à votre parti ?

Toutes les activités du RCD visent à renforcer la démarche entreprise dans le cadre de la coordination. En 2013, le RCD a fait des offres politiques portant constitution pérenne et commission indépendante pour l’organisation et la gestion des élections. Ces deux propositions ont été suivies d’actions qui ont permis d’en débattre à travers notamment 8 conventions régionales, une convention nationale, mais aussi à travers plusieurs rencontres bilatérales et multilatérales avec des acteurs de différentes sensibilités.
Ce travail a beaucoup aidé dans la construction de convergences et même de structures multipartites pour la coordination d’actions de terrain pour des objectifs précis. C’était le cas pour le boycott des présidentielles mais aussi pour celui de la transition démocratique. En plus des actions organisées en coordination avec d’autres acteurs politiques, les militants du parti se déploient pour renforcer les rangs du RCD à travers l’organisation de conférences thématiques, les 4 grandioses marches que nous avons organisées le 15 avril dernier à la même heure dans 4 wilayas et, dernièrement, le colloque national autour du Congrès de la Soummam. L’université d’été des jeunes du Rassemblement est, quant à elle, programmée pour les 17 et 18 octobre à Souk El-Tenine à Béjaïa. Elle verra la participation de 500 jeunes qui débattront notamment des thématiques telles que les syndicats autonomes entre pression sociale et censure politique, la violence sociale, les droits de l’Homme et aussi de la diplomatie algérienne face à la nouvelle donne géopolitique.

Avec la baisse des cours du pétrole, des spécialistes ont exprimé leur inquiétude sur le devenir du plan quinquennal 2015-2019 doté de 262 milliards de dollars et de l’économie algérienne en général. A contrario, le Premier ministre continue d’afficher un certain optimisme quant à la capacité de l’Algérie de “résister à des chocs externes”. Quelle analyse en faites-vous ?
Dans l’immédiat la chute des revenus pétroliers pose le problème de l’équilibre de la balance des paiements avec le risque de réendettement qui s’ensuit. Pour le côté structurel, l’analyse des fondamentaux économiques révèle que notre pays est impuissant à générer une croissance auto-entretenue d’une manière endogène. Cela dure depuis un demi-siècle. Même plus de pétrole n’arrangerait pas les choses. Tous ceux qui ont à cœur le devenir de ce pays sont dans le désarroi. Plus de 700 milliards de dollars ont été injectés dans l’économie en l’espace de moins de quinze ans et on se retrouve au point de départ ; c'est-à-dire scruter les prix des hydrocarbures pour savoir si on n’aura pas faim demain ; c’est dramatique mais le bilan c’est celui-là !
Pour ce qui est du Premier ministre, il faut d’abord faire remarquer que son ministre de l’Énergie a fait des déclarations qui ne corroborent pas ses dires. Car outre la perspective forte de la baisse des prix de vente des hydrocarbures sur le marché mondial, il y a deux autres facteurs qui n’incitent pas à l’optimisme. Une baisse tendancielle de la production que rien ne peut suppléer dans le court et le moyen terme et l’explosion de la demande interne sous l’effet conjugué d’une démographie qui est repartie à la hausse, d’un prix administré généralisé et maintenu à un niveau qui défie tout bon sens et d’un modèle de consommation débridé.
Les autorités annoncent un plan quinquennal 2015/2019 de 262 milliards de dollars. Qu’en est-il au juste ? L’information statistique est travestie, mais les montants engloutis dans les plans précédents autorisent une croissance supérieure à 12%. Aucun bilan n’a été établi et le niveau de croissance est ramené à 4%. Ce trop grand écart ne peut être attribué à des erreurs de gestion, il est dans la logique d’une économie de prédation. Maintenant que les facteurs sont défavorables, le Premier ministre table sur 7%. Vous savez, quand on bat les records mondiaux dans le prix du kilomètre d’autoroute, des rallonges budgétaires à répétition et des restes à réaliser, cela fait peur. Car le terme ultime de cette logique est le délitement de la société.
Maintenant que les recettes des hydrocarbures viennent à manquer, l’inquiétude gagne les sphères dirigeantes car les réserves de change nous donnent du mou pendant trois ou quatre ans tout au plus. C’est peut-être cela qui rend optimiste M. Sellal, lequel a éludé la seule question qui vaille d’être abordée : la problématique du développement.

Une tripartie s’est tenue, il y a quelques jours, sur fond d’une polémique sur le projet de code du travail. Qu’en pensez-vous ?

D’abord, il n’est pas normal que les syndicats autonomes ne soient pas partie prenante. Le motif qui consiste à dire qu’ils sont des syndicats de branche ne tient pas la route car il y a entrave à leur implantation dans les entreprises de production et à la constitution de confédérations.
Cette tripartite n’est pas différente des autres. Dans ces rendez-vous il y a toujours un air de déjà vu. L’assainissement de l’environnement des affaires, la simplification des procédures administratives pour les entrepreneurs ne nécessitent pas des réunions mais des actes. Les sommes englouties pour assainir les entreprises publiques pour se rendre compte, une fois de plus, que le remède n’est pas opératoire et dégager une nouvelle enveloppe pour une autre réorganisation sans faire le bilan de “la casse” (notre industrie participe à moins de 5% du PIB) est une nouvelle fuite en avant. On apprend aussi que l’article 87 bis, qui bridait les bas salaires, est réintroduit dans le nouveau code du travail. Au RCD nous pensons que la refonte de la grille des salaires est un impératif économique et de justice sociale. Elle doit être abordée d’une manière sérieuse avec tous les acteurs.
Pour ce qui est du projet de code du travail, le droit des travailleurs de s’organiser dans le syndicat de leur choix pour défendre leurs intérêts est inscrit dans la Constitution. Le droit à la sécurité sociale et à la retraite n’est pas négociable. La grève est un moyen légal de revendication qui doit être reconnu et encadré. Le recours aux CDD doit être encadré et limité à l’instar d’autres mesures qui peuvent faciliter l’embauche et la production dans des conjonctures particulières.