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A la une / Entretien

Nadia Bellabas-Blancaneaux à Liberté

“Mon combat juridique contre Pierre Bellemare”

©D.R.

Depuis plus de vingt ans, Mme Bellabas-Blancaneaux, une Franco-Algérienne, se bat contre le maître du Téléachat, Pierre Bellemare. De procès en procès, elle revendique une indemnité de plus de 42 millions d’euros pour avoir été spoliée de ses droits d’exclusivité sur la vente à la télévision de produits cosmétiques et un concept qu’elle a financé sur fonds propre. C’est autant le combat de David contre Goliath

Liberté : Vous êtes, depuis de longues années, embourbée dans une procédure judiciaire que vous avez actionnée contre la société détentrice des droits du Téléachat. Pouvez-vous nous raconter la genèse de l'affaire ?
Mme Nadia Bellabas-Blancaneaux : En 1990 j'ai introduit la vente de la cosmétique par le téléachat M6 Boutique, la première à la proposer pour les hommes. M6 Boutique m'a donné carte blanche à condition de prendre à ma charge tous les investissements. Le téléachat, à son balbutiement, son fondateur Pierre Bellemare se contentait de vanter des produits d'entretiens ménagers. J'avais vendu mon institut de beauté/salon de coiffure de Boulogne-Billancourt, ma deuxième affaire qui fonctionnait parfaitement depuis neuf ans. J'ai racheté le fonds de commerce en faillite de la société Cryolab en France (marque Cryos) et signé 2 contrats : terrain (pharmacie, institut de beauté) et télévision. J'ai signé également 7 contrats avec la société SETV de Pierre Bellemare (centrale d'achat de M6 Boutique) : conditions d'achats, CEE, fichier, catalogue, exclusivité indéterminée (seule à l'avoir obtenu), deux contrats signés en tripartie : (la télé, Bella Zara, les artistes). Forte de ces 7 contrats, j'ai investi dans les plateaux, les tournages, la présence de vedettes (Hervé Villard, Nicoletta), la venue de chirurgiens esthétiques et dermatos, des cadeaux aux téléspectateurs présents... Le produit Cryos devenu numéro un de la vente, HSS-M6 Boutique m'envoie une lettre pour “me remercier des efforts que j'ai déployés”. Nous avons alors décidé de lancer le produit sur la CEE. J'ai préparé des prospectus en anglais et stocké 6000 coffrets comme fonds de roulement. Avec un portefeuille d'actions et un compte bancaire plus que positif, je n'attendais que la commande de SETV. En regardant la télévision j'ai découvert que sur mon support (film de démonstration) figuraient les adresses de mon fabricant. J'ai aussitôt téléphoné au directeur de ces sociétés, il m'a été sèchement répondu : “Vous, vous allez garder les moutons dans votre pays”... J'ai alors fait constater cette violation par un huissier de justice. Au moment où l'affaire devenait rentable, j'étais évincée du système sans formalité, mes contrats violés du jour au lendemain. SETV et HSS se sont emparés de mes idées, de mes supports, du produit et se sont lancés dans la beauté pour laquelle j'avais pris seule les risques financiers, faisant décoller M6. Dans certains articles les dirigeants de M6 se sont même vantés de la progression de leur chiffre d'affaires grâce à la vente des produits de beauté et de bien-être et l'intervention des vedettes. Dès lors, la mise à mort de ma société était amorcée. Par un artifice, mon fabricant avait été mis en place par la cession de mon fonds de commerce. On voulait m'endormir en reconduisant mon contrat par le biais d'une location gérance donnée à HSS, continuant à commander une centaine de produits chez moi et plus de 2000 chez mon fabricant. Eteindre la société Bella Zara serait plus rentable pour eux que de résilier et devoir me payer une indemnité. Cependant en 2012 la cour a constaté qu'aucun contrat n'avait été résilié entre Bella Zara et le téléachat pas même celui du fabricant concernant la télé. Me tenant en haleine pendant deux ans pour le nouveau produit Cryoligo (exclusivité mondiale 9 ans) des rendez-vous ont eu lieu avec la société HSS. Comprenant que la manœuvre était de m'engager dans des frais sans aboutissements, j'ai alors assigné HSS en 1995.

Pour quelles raisons la procédure judiciaire a duré aussi longtemps ?
La partie adverse bénéficie d'une protection magistrale au sein de la justice. Maître Françoise Bellemare (fille de Pierre Bellemare) m'avait dit dans les couloirs du palais : “Nous sommes inattaquables” et que “si par extraordinaire j'obtenais gain de cause j'aurais ‘peanuts’ car ils étaient très puissants”. On peut dire que sur ce sujet, ils ont tenu parole ! Sinon comment expliquer que, sans pièces juridiques, juste par la parole, ils aient emporté la conviction des juges. La justice a fermé les yeux sur de multiples contrevérités, des détournements de fonds (140 millions d'€, organisation d'insolvabilité, versements de pièces non conformes, etc.). J'ai donc toujours été déboutée et condamnée à des sommes qui dépassent l'entendement humain. Quoi que je fasse et qui que j'attaque, on m'oppose une irrecevabilité à cause d'un contrat de location gérance contestable. Après 13 ans de bataille juridique pour enfin parvenir à ouvrir le dossier au fond, on me sort du chapeau une prescription avec la complicité d'un juge et de mon avocat sur une date inventée. De plus, on me ressert le motif Cryolab écarté par plusieurs cours d'appel. Grâce au constat d'huissier, que mes précédents avocats n'avaient pas jugé utile de produire, la prescription a été enlevée. Une avocate belge s'est déplacée pour plaider cette affaire. En 2012, lassées de voir nos adversaires toujours gagner sans preuve, nous avons introduit une requête demandant à la partie adverse “de verser ne serait-ce qu'une pièce prouvant une faute de la part de Bella Zara qui leur aurait autorisé à agir de la sorte...” Ils en furent démunis ! La justice a constaté l'absence de preuves de leur argumentation, reconnaissant  ma société exempte de faute et j'ai donc gagné.
Selon mes avocats, la cour en 2012 a constaté la violation des contrats qui n'avaient jamais été résiliés, “que pour y mettre fin il aurait fallu respecter un préavis de trois mois et que la responsabilité de SETV (société de Pierre Bellemare) était en cause” et elle ajoute qu'“elle me devait un préjudice et nommait un expert pour l'évaluer et que, en tout état de cause, 10 ans était un maximum qui serait imposé à SETV”. Lors de l'audience, le magistrat a sommé la partie adverse de négocier sous 10 jours sinon il octroierait 143 millions d'€ à Bella Zara. 
Celle-ci a refusé, prétextant que la réputation de Monsieur Bellemare aurait été ternie par Bella Zara. Après le délibéré, la partie adverse a fait courir le bruit par mon avocate et par les médias que la Cour ne m'octroyait que trois mois de préavis. Parallèlement, à titre confidentiel, elle me proposait 22 mois. Sur les conseils de mon avocate, j'ai refusé. Mon avocat m'ayant lâché, l'expert désigné par la justice, profitant de mes ennuis de santé (soins de radiothérapie), s'est arrangé avec la partie adverse pour calculer mon préjudice d'une manière unilatérale en ne m'attribuant que trois mois, ne craignant pas de mentionner sur la feuille de présence l'unique nom de Maître Françoise Bellemare. J'ai fait appel à un avocat professeur de droit à la fac, spécialiste de la distribution, qui dans ses conclusions a démontré que j'avais droit à 180 et non 143 millions d'€ et encore moins trois mois de préavis. Après la clôture, SETV a demandé et obtenu un rabat de l'affaire à un an et demi. Mon nouvel avocat s'est vu refuser tout renvoi et réponse aux dernières conclusions de 2015 de la partie adverse. Le Quantum de Bella Zara n'a ainsi jamais été débattu devant aucune juridiction.
Mes pertes seraient aujourd'hui colossales si je devais cesser toutes batailles : le fruit du travail de trois affaires, mon toit que j'ai vendu, 300 000€ de frais de justice, environ 700 000€ d'investissements pour les produits Cryos et Cryoligo, sans compter toutes ces années passées à déjouer les turpitudes de mes adversaires depuis 1992...

Pensez-vous que Pierre Bellemare, qui est un mythe dans les milieux des médias en France, a interféré pour vous débouter ?
J'ai gagné au fond, mais bien que la société SETV de Pierre Bellemare soit condamnée, c'est elle qui est reçue dans ses demandes. Qu'ils gagnent ou qu'ils perdent, ils obtiennent toujours ce qu'ils veulent. Voilà pourquoi mes adversaires continuent de laisser sur la route les petits distributeurs, le téléachat est bâti sur un cimetière de petites sociétés qui n'ont pas eu les moyens financiers ni la possibilité de se battre pour réclamer leurs droits ou sacrifier leur vie pour faire triompher la vérité. N'ayant jamais été condamné pour les infractions commises contre Bella Zara, ils répètent ces mêmes agissements sur d'autres victimes, sachant qu'au pire il ne serait condamné à payer qu'une somme symbolique. La dernière à ma connaissance s'est battue pendant 4 ans et n'a obtenu qu'une miette. Monsieur Pierre Bellemare a tout intérêt à ce que ces “histoires impossibles” demeurent étouffées, vu sa notoriété. Pourtant, c'est bien lui le signataire du contrat de location gérance avec HSS (objet d'une plainte auprès du procureur), le but étant de faire fuir le fonds de commerce de la société SETV vers la société HSS et de la mettre hors de cause depuis 2002.

Vous changez souvent d'avocats, pourquoi ?
Plus de 22 avocats, tous court-circuités. Malgré mes nombreuses requêtes chez le bâtonnier qui sont restées vaines, les seules réponses obtenues étaient qu'il ne voyait pas de faute. 
Depuis que j'ai gagné, je vis le pire des calvaires avec mes avocats. Le premier fait une rétention de dossier depuis 2 ans et demande des honoraires exorbitants (62 000 €). C'était pourtant lui qui m'écrivait que “les trois mois n'étaient qu’un ème chausse-trappe de mes avocats...” et me conseillait de titrer mon livre : “Bellemare m'a tuer”. Le deuxième a exigé et encaissé 3600€ sans se constituer devant la Cour me créant un préjudice énorme. Quand au troisième, il exige un complément d'honoraire de 3100€ avant de récupérer les fonds, refuse de me donner la “grosse exécutoire” de l'arrêt de mai 2015 me privant de moyens pour poursuivre mes actions, le but étant de m'asphyxier financièrement et de  m'épuiser physiquement. Je demande donc à mes adversaires qu'ils admettent leur défaite et assument leur responsabilité face à la justice, que celle-ci soit rendue dans la sérénité et l'équité, tant de citoyens comme moi n'ayant qu'elle comme gardienne de leurs droits. Malgré tout cela, je garde confiance en la justice française.


S. H. 


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