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A la une / Entretien

Noureddine Melikechi, ingénieur à la NASA, à “Liberté”

“Mon souhait est que nos jeunes croient en eux-mêmes”

©D. R.

Noureddine Melikechi est professeur à l’université Distinguished à Delaware et membre de la Nasa’s missions 2012-2020. Il est à la tête du groupe de scientifiques ayant mis en place le célèbre robot Curiosity. Ce robot ou “le bébé”, comme aime l’appeler M. Melikechi, continue d’envoyer des photos comme celles obtenues récemment par la Nasa liées à la dernière découverte de l’eau sur Mars. Le physicien algérien qui fait partie de l’équipe ChemCam de la Nasa a suscité l’intérêt du gouverneur de l’État de Delaware qui l’a désigné ambassadeur symbolique de la planète Mars. Né à Thénia, dans la wilaya de Boumerdès, il a fait ses études en Algérie (CEM de Thénia, lycée Abane-Ramdane puis Université des sciences et des technologies de Bab-Ezzouar). Il livre en exclusivité à “Liberté” des détails sur la dernière découverte de la Nasa. Il nous parle aussi des derniers progrès réalisés dans le domaine de la détection précoce du cancer. 

Liberté : La Nasa a annoncé récemment l’existence de preuves que de l’eau liquide s’écoule à la surface de Mars dans des conditions particulières. Et quand on sait que l’eau égale vie, on voudrait bien savoir l’origine de cette eau, mais aussi l’impact de cette nouvelle découverte qui semble fasciner tout le monde, notamment les scientifiques...
Noureddine Melikechi : Votre question est composée de deux parties : l’origine de l’eau sur Mars et l’impact de cette nouvelle sur le monde. Elle est, en fait, très complexe et pour répondre, je préfère commencer par présenter une vue d’ensemble des études qui traitent de l’eau liquide sur Mars. La question de l’existence de l’eau sur la planète Mars est intimement liée à la question de l’habitabilité de la planète Mars qui a depuis longtemps, pour ne pas dire depuis toujours, intéressé l’Homme. Une autre question, plutôt d’actualité, mais aussi liée la présence de l’eau sur Mars : il s’agit de la notion de “survivabilité” de l’être humain sur Mars. D’où la focalisation sur l’eau. L’eau est nécessaire à la vie. Pour qu’un environnement soit habitable, c’est-a-dire pour qu’il puisse soutenir la vie, il faut qu’il possède de l’eau, de l’énergie et des molécules capables de produire des processus biochimiques c’est-à-dire des molécules qui possèdent des éléments chimiques tels que notamment le carbone, l’hydrogène, l’oxygène, l’azote et le phosphore. Pour mieux comprendre cette notion, il suffit de regarder pas loin de chez nous : nos ancêtres, qui, à travers les âges, se sont installés dans différents points de notre vaste et beau pays, de son Nord à son extrême Sud, au Sahara, pour vivre, n’ont-ils pas suivi le chemin de l’eau ? Je pense qu’en grande partie, la réponse est oui. Ils se sont installés généralement auprès de points qui offraient cette ressource vitale qu’est l’eau. Si demain il y a des explorateurs sur la planète Mars, je pense que ces pionniers de l’espace feront ce qui a été fait sur terre par les humains : rechercher d’abord les points où l’eau existe et de préférence de l’eau à l’état liquide.
Maintenant cette eau peut-elle exister en surface et/ou sous la surface de Mars ? La réponse ou les réponses à cette question ne peut venir d’une seule mesure scientifique ou même d’une seule mission planétaire. Plusieurs chercheurs apportent chaque jour des indices scientifiques qui nous permettent de mieux connaître la planète Mars et en conséquence mieux répondre aux questions sur l’habitabilité et la “survivabilité” sur la planète Mars.
L’annonce récente de la Nasa est importante dans la mesure où elle amène un nouvel élément, une nouvelle pièce au puzzle à partir du satellite “Mars Reconnaissance Orbiter” auquel je ferai référence dans la suite par ses initiales : MRO. Celui-ci a permis, d’une part, la prise d’images de la surface de la planète et, d’autre part, l’acquisition de données spectrales (informations en fonction des fréquences) dans un domaine qui permet l’identification de certaines molécules.
Les images ont été prises grâce à une caméra à bord de MRO à des altitudes de quelques centaines de kilomètres et avec une résolution spatiale d’un peu moins d’un mètre. De plus, du point de vue temporel, ces images ont été prises à plusieurs reprises au cours de l’année. Que montrent ces images ? Elles montrent qu’en certains points de la surface de Mars, il existe des canaux le long d’inclinaisons du sol martien, c’est-à-dire des canaux qui se trouvent sur une pente. Les images montrent aussi que ces canaux apparaissent de façon saisonnière d’où le nom qu’on leur donne en anglais “Recurring Slope Linea” que je traduis ici, peut-être maladroitement, par canaux récurrents inclinés. Ces canaux apparaissent pendant les saisons relativement chaudes de leur environnement et disparaissent quand celui-ci se refroidit et que la température descend autour de -23 degrés Celsius.
Quant aux spectres, ils sont acquis grâce au spectromètre qui se trouve à bord de MRO. Cet instrument mesure la lumière solaire réfléchie par la surface de Mars. Il permet d’obtenir aussi bien les longueurs d’onde (c’est-à-dire les couleurs) que l’intensité de la lumière émise par l’échantillon sur lequel le spectromètre est pointé. Ces spectres sont les signatures moléculaires qui permettent d’identifier la composition chimique dudit échantillon. L’étude des canaux récurrents inclinés montre que lorsque les canaux récurrents inclinés sont visibles, il y a présence de sels hydratés tels que le perchlorate de calcium et le perchlorate de magnésium.
À partir de ces informations, on peut conclure qu’un liquide salé coule sur Mars et plus spécifiquement au moins dans des régions bien précises de la planète Mars : là où les canaux récurrents inclinés ont été observés. Maintenant si l’on ajoute à cela les diverses observations, notamment celles faites entre autres au moyen de Curiosity, on peut conclure avec une très faible probabilité d’erreur, que ce liquide est de l’eau salée.
Comment expliquer le fait que vu la faible pression et les températures négatives sur Mars (il fait très froid sur Mars) on peut avoir de l’eau liquide ? Là est la beauté de la découverte, la présence de sels permet à l’eau de rester liquide à des températures très basses et même aussi basses que celles mesurées sur Mars.  D’ailleurs c’est pour cette raison que dans les pays froids, on met du sel sur les routes pour permettre à la glace de fondre et de couler.
Cette découverte nous amène enfin à nous poser de nouvelles questions et entre autres des questions sur l’origine de l’eau sur Mars, une partie de votre question. La question reste posée, des chercheurs s’y penchent. Aujourd’hui, il existe plusieurs hypothèses mais personne ne peut répondre avec certitude. La science avance avec des questions bien posées comme celles relatives à l’origine de l’eau liquide sur la planète Rouge.
Quant à l’impact de cette découverte, je pense qu’il sera immense d’abord sur la communauté scientifique, des groupes de travail qui existent déjà ou d’autres qui vont peu à peu se constituer ici et là dans les différents laboratoires de recherche à travers le monde afin d’explorer un nouveau champ et, pourquoi pas, de penser à de nouvelles opportunités pour l’être humain.

Il y a quelques mois, vous avez déclaré devant des étudiants de Boumerdès que les mêmes méthodes optiques et mathématiques utilisées par la mission Curiosity sont utilisées actuellement pour la détection du cancer. Y a-t-il encore des progrès enregistrés dans ce domaine ?
Le cancer n’est pas une maladie facile à détecter, encore moins quand on veut le faire par des méthodes qui sont non invasives. Récemment nous avons publié un article où nous montrons que nous pouvons détecter la présence de bio-marqueurs de cancer même quand le niveau de ces bio-marqueurs est très bas. Nous sommes à présent en train de pousser la technique pour que nous puissions avoir des images. En outre et grâce aux méthodes mathématiques de classification développées pour les roches et les poussières sur la planète Mars, nous avons pu différencier automatiquement, c’est-à-dire sans intervention humaine pendant l’analyse, des échantillons qui proviennent de cellules cancéreuses et non cancéreuses. Cela est très encourageant. Nous continuons de travailler sur ce problème de détection de signatures précoces des cancers. C’est un travail de longue haleine. J’espère que nous arriverons à contribuer à diminuer l’impact de cette maladie.

Quels conseils donneriez-vous à nos enfants, écoliers, collégiens et lycéens pour qu’ils puissent s’inspirer de votre parcours ?
Mon parcours n’est pas unique. Il y a des centaines, voire des milliers d’Algériens et d’Algériennes qui réussissent dans des domaines divers et variés : les arts, la médecine, la littérature, le sport, l’architecture, les études sociales, et bien d’autres disciplines. Ces gens-là sont aussi bien en Algérie que hors de l’Algérie.  L’inspiration, on la trouve quand on la cherche.  Mon souhait, et non pas un conseil, est que nos jeunes garçons et filles croient en eux-mêmes. Je dis cela car l’innovation, les découvertes, les connaissances ne sont pas l’apanage d’une région, d’une culture ou d’un groupe de personnes. Mon souhait est que nos jeunes ne laissent pas les problèmes — aussi importants soient-ils — dicter le cours de leur vie. C’est à eux, les jeunes, de dessiner leur futur et le cours de leur vie. Nous, adultes, serons alors à leurs côtés pour les orienter quand nécessaire et les soutenir surtout. La réussite n’est pas linéaire. Elle est le résultat d’efforts soutenus et ce quels que soient les problèmes auxquels nous sommes confrontés. Je pense qu’il est essentiel aussi que nos jeunes et moins jeunes réalisent que le monde change à une vitesse vertigineuse. Il va falloir apprendre à réfléchir pour mieux comprendre, prédire les changements sur notre planète et y contribuer d’une manière positive. Il va falloir apprendre à prendre du plaisir à découvrir, à innover, à inventer, à développer, à créer et à servir autre que soi-même, servir ceux et celles qui sont moins chanceux que nous. Nos jeunes garçons et nos jeunes filles peuvent le faire et le feront pour peu que nous puissions créer l’environnement adéquat.
Le XXIe siècle est un siècle pendant lequel la science et les technologies jouent un rôle prépondérant, de plus en plus important dans nos vies. L’impact de la science et de la technologie sera encore grandissant et touchera des domaines que l’on ne peut même pas imaginer aujourd’hui. Les emplois de demain ne seront pas les mêmes que ceux d’aujourd’hui. La médecine de demain sera différente de celle d’aujourd’hui. Comment se préparer à tous ces changements ? Comment non seulement les vivre mais contribuer à leur création ? À mon humble avis, par l’éducation et la création d’un environnement stable et durable qui encourage la recherche, la créativité et l’innovation, et le libre-échange d’idées. Pour cela, il va falloir investir dans l’éducation et la recherche. Les bénéfices de ces efforts ne seront pas cloîtrés entre les murs de laboratoires de recherches où ceux des écoles. Ils se propageront à la société et lui offriront des bénéfices difficiles à imaginer aujourd’hui. Ils contribueront au développement d’une économie basée sur les connaissances.
Notre pays a les moyens d’aborder le futur sereinement pour peu que nous réalisons que notre vraie richesse est celle que l’on voit et celle qu’on entend tous les jours : nos enfants. Nous avons l’obligation de les accompagner avec sagesse dans leur développement. Cela afin d’assurer que notre société soit en phase avec elle-même et avec le monde dans lequel elle évolue. Alors elle pourra contribuer de façon significative au développement des connaissances, à l’essor de la science et à la progression des technologies et ne subira pas leur impact sans être préparée.

M. T.


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RAMDAN le 17/10/2015 à 12h00

Croire en soi-même, c’est trouver des raisons de se surpasser dans le travail et l’effort, grâce une éducation appropriée et engagée dès l’enfance et de concert entre le père, la mère, l’instituteur, le prédicateur et/ou le moniteur de sport. La « paix sociale » ne devrait pas être seulement une finalité d’ordre politique mais aussi une opportunité pour engager les efforts nécessaires en vue de l’épanouissement personnel de chaque Algérien. A bon entendeur ……

oueldlaid le 18/10/2015 à 8h33

Certes, la motivation est à la base de toute éventuelle réussite dans la vie, mais il faudrait tout de même que l'on soit un tant soit peu disposé et porteur d'idée et donc de volonté pour y aboutir. De nos jours, nos jeunes semblent livrés au défaitisme, quand bien même leurs parents auraient fait pour les en prémunir, peut-être que nous avons mal fait notre part, mais nous l'avons faite quand même, l'intention était bonne même si les résultats, s'avèrent tout juste moyens

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