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A la une / Entretien

Belaïd Abrika à Liberté

“Notre projet est démocratique”

C’est à la lumière de la préparation du document de mise en œuvre de la plate-forme d’El-Kseur que ce délégué de la CADC nous livre les projets du mouvement citoyen. Pour lui, la décision du rejet des élections prise en mars 2002 est toujours en vigueur. La prochaine élection présidentielle sera, selon lui, boycottée s’il n’y a pas une réelle volonté de changement tel qu’il est conçu dans l’avant-projet du document de mise en application de la plate-forme.

Liberté : Demain, vous irez à Alger déposer plainte auprès du tribunal de Sidi-M’hamed. Quel en est l’objet ?
Belaïd Abrika : Premièrement, l’objectif est de dénoncer l’agression dans l’enceinte même du commissariat. On a été agressé à l’intérieur par le lieutenant, en la présence des policiers et de leurs supérieurs, et des délégués qui étaient interpellés en même temps que moi. Deuxièmement, il s’agit de dire que cette institution et ce corps de sécurité, qui devrait s’occuper de la protection des citoyens et des biens de ces citoyens, font de la politique et répondent aux ordres du sinistre Zerhouni dont les objectifs ne sont pas avoués. C’est une façon qu’a ce pouvoir de répondre à la volonté populaire d’apporter son soutien à cette presse libre qui travaille, jour après jour, pour donner à lire aux citoyens des informations crédibles et des enquêtes sur la manière dont sont gérées leurs affaires. Ces pratiques expriment, en fait, la déchéance et la décadence du régime en place. À partir du moment où il en est arrivé à commettre des violences sur des délégués et des représentants d’une population dans un commissariat, il exprime son impuissance. Nous avons d’ailleurs failli revivre le scénario de Guermah Massinissa, chose que nous avons évitée de justesse. Cela explique encore davantage la nature du régime en face de nous, un régime qu’il faudra changer pour aller de l’avant.

Cette agression intervient au moment où le mouvement citoyen se prépare au dialogue. Quelle riposte prévoyez-vous suite à cette nouvelle donne ?
Cela exprime encore une fois la nature du régime en place qui gouverne par la violence et par la force. Le mouvement citoyen, il y a lieu de le préciser, n’a jamais été contre le dialogue. Il a toujours été pour un dialogue réel, responsable et civilisationnel qui répondrait aux exigences et aux attentes de la population. Le mouvement a de tout temps exprimé ses positions, même si elles étaient parfois galvaudées, déformées, travesties par certaines personnes. Mais, il est tout à fait clair que le mouvement, au contraire, est là, aujourd’hui, pour trouver des solutions à des problèmes posés dans le cadre de la plate-forme d’El-Kseur, des problèmes que le pouvoir a toujours fuis. Aujourd’hui, il y a un semblant d’appel pour une issue à la crise et pour la mise en œuvre de la plate-forme d’El-Kseur. Le pouvoir a émis un avis favorable à l’application de cette plate-forme sur le terrain. Nous avons travaillé pendant près de deux semaines dans une commission de réflexion et nous avons élaboré un avant-projet de texte de mise en œuvre de la plate-forme d’El-Kseur qui est actuellement en débat au niveau de la base pour enrichissement et amendements. Il est clair aussi qu’aujourd’hui, nous attendons d’abord une réponse claire aux revendications citées précédemment dans la réunion de l’Interwilayas de Raffour. Il s’agit de la libération des détenus de Mekla et de Kherrata, de la cessation des poursuites judiciaires, de l’amnistie fiscale de 2001 à 2003, de la révocation des indus élus, de la réintégration des salariés licenciés dans le cadre du mouvement et de la prise en charge du contentieux avec la Sonelgaz. À cela vient s’ajouter le harcèlement judiciaire à l’encontre de la presse. D’abord, il y a eu la suspension — on se réjouit qu’il y ait eu le retour de ces journaux —, puis il y a le harcèlement subi quotidiennement par un certain nombre de journalistes.

D’ailleurs, la cessation de ce harcèlement est posée comme préalable à tout processus de dialogue…
Nous l’avons dit dès le départ : si cette situation perdure, le dialogue de mise en œuvre est hypothéqué. Cela veut dire que tant qu’il n’y a pas les conditions favorables pour qu’on puisse parler de mise en œuvre, on ne peut pas aller vers cette mise en œuvre. Et tant qu’il y a des journalistes qui sont quotidiennement interpellés, peut-être même seront-ils jetés en prison, ce n’est pas possible.
Donc, nous n’accepterons pas cet état de fait et on ne peut pas se taire face à cette situation. Il s’avère quand même que nous avons engagé beaucoup d’actions sur le terrain aux côtés des journalistes pour les soutenir. Ces actions, ce n’est pas seulement pour exprimer une position de principe, mais plus que cela. Cela fait partie du combat que nous menons depuis trente mois, un combat mené par d’autres générations avant le Printemps noir.
Donc, aujourd’hui, c’est clair, on ne peut pas céder sur cette presse et ces harcèlements qu’elle subit quotidiennement. C’en est même une exigence de l’heure.
On peut se mobiliser davantage pour que cessent ces harcèlements. Pour que l’État de droit soit réel et la justice réellement indépendante, pour qu’on n’exerce plus de pressions ni de censure sur les journalistes. Nous sommes clairs là-dessus. Le mouvement dit que, dans ces conditions, on ne peut pas parler de dialogue.

Une condition sine qua non donc…
C’est une évidence !

Sans la satisfaction de cette condition, il n’y aura pas de dialogue ?
Je dirais même plus que cela. Il y a des incidents et nous attendons une réponse à six points déjà cités, plus le harcèlement contre les journaux. Nous ne savons pas de quoi sera fait demain. Le mouvement ne vit pas en vase clos, il évolue chaque jour avec son environnement, il vit au quotidien avec les citoyens. Récemment, nous avons été obligés d’intervenir auprès du directeur de l’éducation pour la réintégration de jeunes collégiens et jeunes lycéens exclus arbitrairement de ces établissements qui n’ont pas pris en considération les conséquences du séisme dans la région. On a été obligé d’intervenir quotidiennement, et il pourrait y avoir d’autres entraves. Nous travaillons pour qu’il n’y ait plus d’entraves de notre côté. Et c’est au pouvoir d’en faire autant.

Il y a quelques jours, vous avez soumis à la base l’avant-projet de la mise en œuvre de la plate-forme d’El-Kseur. Pensez-vous qu’il est largement diffusé ? Un délai de 15 jours pourrait-il suffire pour son enrichissement et la tenue d’un débat ?
Vous savez que nous nous sommes donné quinze jours de débats et de concertation. C’est un document quand même assez consistant qui nécessite une concertation avec certaines couches de la société, une concertation directe et indirecte avec des universitaires, des intellectuels, des hommes de culture, des spécialistes et des compétences dans certaines matières, juridiques, économiques… Ce travail est en train de se faire. Nous avons fixé un délai de quinze jours et si on arrive à terminer ce travail d’ici là, tant mieux. Sinon, on va prolonger les délais afin de prendre le temps nécessaire pour être efficace.

Est-ce que l’acceptation de ce document dans sa forme finale sera posée de la même manière que la plate-forme d’El-Kseur, à savoir scellé et non négociable ?
Nous avons toujours dit que la plate-forme est un minimum indispensable pour arriver à un État de droit. La mise en œuvre telle qu’elle est exprimée dans ce document va dans ce même sens. Évidemment, cette mise en œuvre était une nécessité depuis longtemps. Comme il y a eu des situations qui nous ont empêchés de le faire, la répression, l’emprisonnement et toutes les entraves que nous avons vécues durant 30 mois, il s’avère qu’aujourd’hui, nous sommes arrivés à mettre en œuvre ce document pour l’enrichir avec la base. Évidemment, si on veut vraiment arriver à un changement, une rupture définitive et amorcer la nouvelle étape d’une Algérie nouvelle, il faudra suivre les recommandations énumérées dans ce document, qui permettront justement de faire sortir l’Algérie de cette crise multidimensionnelle qu’elle traverse depuis des décennies et nous permettra de vivre dans une situation d’harmonie pour éliminer les contradictions qui minent le pays. Cette situation peut nous mener à un point de non-retour. On ne voudrait pas cautionner cela. C’est pourquoi nous sommes en train de tirer la sonnette d’alarme. Nous avons un projet de société démocratique, un projet de société de justice sociale, un projet de société pour un État de droit, un projet de société pour une nouvelle République démocratique où chaque citoyen aura ses droits et ses devoirs et où la citoyenneté a droit de cité. Il faudra apporter un nouveau visage pour notre pays. Nous voulons que notre pays sorte de ce gouffre de 40 ans de hogra, d’injustice, d’exclusion pour passer au statut de citoyen à part entière.

Le terme qui se répète souvent dans le document est “nous exigeons”. Est-ce à dire que les exigences du mouvement ne sont pas discutables ?
D’abord, je ne voudrais pas trop m’étaler sur le document, parce que ce n’est qu’un avant-projet. Il doit être d’abord enrichi par la base.
Ce n’est qu’après cela qu’on peut lancer des débats pour sa vulgarisation.
Mais, d’ores et déjà, on peut dire que s’il y a une prédisposition de ce pouvoir à aller vers ce changement et vers la mise en œuvre de la plate-forme d’El-Kseur, il doit accepter de mettre en œuvre ce document tel qu’il se présente. Et s’il s’agit d’une manœuvre ou d’une fuite en avant, évidemment que le mouvement ne l’acceptera pas. Nous l’avons dit depuis le début, nous voulons un changement réel, pas un changement de façade pour assurer la continuité des pratiques du passé. Ce changement va venir avec ce document.

Concernant le débat au niveau de la base, est-ce que les partis politiques sont impliqués ? Cette discussion est-elle élargie à la classe politique ?
D’abord, il y a lieu de préciser que ce mouvement est un mouvement transpartisan, autonome et indépendant des partis politiques, et refuse toute allégeance au pouvoir en place, mafieux et assassin. Les citoyens, aujourd’hui, qui sont partisans, ont bien évidemment leurs positions. Ils ont leur mot à dire, ils peuvent s’exprimer dans la concertation. Nous sommes à l’écoute de tous les citoyens, partisans ou non partisans, et tout le monde a un droit de regard au titre de citoyen. Quant à ces appareils ou ces partis politiques, nous sommes indépendants et ils sont libres de s’exprimer sur le contenu du document, mais nous n’avons des comptes à rendre qu’à notre population.

Quand vous parlez de projet de société, c’est, en fait, quelque chose qui dépasse le cadre revendicatif du mouvement. On a l’impression que le mouvement s’inscrit dans la durée et qu’il a la prétention de se substituer aux partis politiques…
Il y a lieu de préciser que le mouvement s’est inscrit dans la durée depuis le début des évènements. Mais, nous l’avons toujours dit : nous refusons de nous substituer aux partis politiques ou de prendre le pouvoir. Nous avons un code d’honneur. Mais, seulement, nous avons aussi dit que le mouvement citoyen est partie prenante dans la mise en œuvre de la plate-forme d’El-Kseur. C’est-à-dire que l’application de la plate-forme nécessite l’approbation du mouvement et il est tout à fait normal qu’il accompagne sa mise en œuvre. Si on veut un changement, si on veut un cadre pour cela, c’est le mouvement citoyen. Quand viendra le jour où la plate-forme sera appliquée, le mouvement doit disparaître, comme il est annoncé  dans les textes. Nous avons des principes directeurs qui sont clairs et nous avons un code d’honneur que nous tenons à respecter. C’est donc un mouvement qui ne voudrait pas se substituer aux partis, ni même  leur faire de l’ombre. Nous sommes en train de lutter quotidiennement sur le terrain avec nos citoyens, et ceux qui ont des projets n’ont qu’à faire de même.

L’appel au dialogue et même sa préparation par le mouvement interviennent à quelques mois de l’élection présidentielle. Il est évident qu’il y a des enjeux électoraux. Comment appréhendez-vous cette donne au sein du mouvement ?
Il y a eu lieu de préciser d’abord que le mouvement se refuse d’être entraîné dans des compétitions électoralistes, cela est inscrit dans notre code d’honneur. Deuxièmement,  nous avons une position claire par rapport à ces élections. Tant qu’il n’y a pas la satisfaction de la plate-forme d’El-Kseur, nous rejetterons toutes les consultations électorales de quelque nature qu’elles soient. Vu les conditions dans lesquelles on vit aujourd’hui dans ce régime antidémocratique, il est tout à fait normal que nous n’allons pas reculer par rapport à nos positions. Ce n’est qu’au moment où on verra qu’il y a un changement, par exemple dans la loi électorale, au niveau des dispositions démocratiques, des libertés, que nous nous prononcerons. Sinon, la position du mouvement est claire : on ne pourra pas cautionner la continuité du système par des farces électorales. Nous rejetons cela, parce qu’on sait ce qu’est une démocratie de façade. Nous la rejetons, nous voulons une véritable démocratie, une véritable justice.

Donc, si d’ici à l’élection présidentielle, les revendications ne sont pas satisfaites, le mouvement s’opposera-t-il à sa tenue ?
Notre position est claire. Tant que la plate-forme d’El-Kseur n’est pas satisfaite, le rejet sera systématique. Et cette fois-ci, le rejet des élections battra d’autres records sur le plan de la participation, parce qu’on sait que la situation est dramatique dans notre pays. Tous les Algériens ont été de tout temps trompés et ils ne veulent plus de ce régime, des élections organisées par Zerhouni et ses sbires. Nous savons que nous n’allons pas apporter des changements dans les conditions actuelles. C’est pour cela que nous disons aujourd’hui que la priorité des priorités est de passer à ces changements, et les élections viendront après, car elles ne sont que l’instrument de l’exercice de la démocratie. Les citoyens ne veulent plus de ce système, ils veulent un véritable changement qui leur permettrait d’exercer leurs droits à travers des représentants légaux, légitimes et élus démocratiquement.

La révision de la loi électorale que vous réclamez est d’habitude l’apanage des partis politiques. Chose qui laisse penser que le mouvement a des ambitions politiques…
Écoutez, la loi électorale, telle qu’elle est faite, ne permet pas d’avoir des résultats démocratiques. Il y a une carte électorale qui est dessinée justement pour la répartition des quotas, et il y a des conditions qui ne permettent pas d’exercer son droit de vote. Il y a également la question des bureaux itinérants, du vote des corps constitués. Il est donc de notre devoir d’exiger la révision de cette loi, si on veut un vrai changement. Ce n’est pas une revendication de la classe politique uniquement, c’est une revendication des citoyens. Si nous voulons atteindre cet objectif d’élection libre et honnête, c’est que le mouvement se sent aujourd’hui impliqué. Le point onze de la plate-forme est clair. Pour qu’il y ait des élections démocratiques et libres, il faut changer la loi électorale. Le mouvement l’exprime depuis trente mois.

Autres revendications qui prêtent à confusion quant à la nature du mouvement, vu l’impossibilité de les réaliser dans l’immédiat, c’est la décentralisation du pouvoir…
Si on veut un changement, il s’agit de commencer ce changement. Il y a des choses qu’on peut réaliser dans l’immédiat, d’autres dans trois mois, d’autres dans six mois et pour d’autres dans une année… C’est une question de volonté politique. S’il y a une volonté politique réelle, on peut parler alors de cette nouvelle République. S’il n’y a pas cette volonté, tout est évidemment voué à l’échec. Quand nous parlons aussi de décentralisation, c’est parce que nous sommes à l’écoute de la société. Nous savons pertinemment que l’administration constitue un facteur de blocage à l’investissement, à la création d’emplois, à la prise en charge de l’environnement de façon générale. Nous savons aussi, aujourd’hui, que le rôle du wali, c’est de jouir des moyens pour contrôler les populations. Donc, nous voulons un véritable changement dans lequel il y a l’implication de la société. Chose qui va permettre à cette dernière de s’émanciper dans une nouvelle Algérie.

D’aucuns disent aujourd’hui que le mouvement citoyen participe à l’entreprise de passer outre les partis et de remettre ainsi en cause le pluralisme politique dans notre pays. Autrement dit, il fait le jeu du président Abdelaziz Bouteflika...
Premièrement, ces accusations gratuites ne nous concernent pas. Deuxièmement, s’il y a lieu de revenir sur les conditions dans lesquelles le mouvement est né en 2001, quand il y avait des assassinats, du sang qui coulait, il n’y avait aucune force politique qui pouvait y faire face, nous n’avons trouvé personne. La population était livrée à elle-même. La situation a été  totalement “normalisée”,  à tel point que la population fut livrée à tous les dangers, elle était même prête à prendre les armes pour venger ses enfants. Ce n’est que grâce à ce mouvement, à cette structure ancestrale qui est venue apporter un souffle nouveau et de l’espoir à notre jeunesse à notre population que le pire a été évité. Le mouvement a essayé de canaliser la colère pour qu’elle ne dégénère pas et ne profite pas au pouvoir mafieux et assassin. Quand on a commencé à s’organiser, la confiance placée en ce mouvement par la population était le gage de garantie de ne pas céder sur ses revendications. Ces revendications sont l’émanation de la population. S’il s’avère qu’aujourd’hui le mouvement paraît de loin comme étant une structure qui peut apporter des changements, même en supplantant les partis politiques, nous n’avons pas cette ambition, nous la refusons. Les partis ont le droit d’exercer leurs activités. Personne ne les en empêchera, ils sont les bienvenus. Ils n’ont qu’à vulgariser leur projet de société auprès des citoyens. S’ils ont des adhésions, tant mieux pour eux. S’ils n’ont pas d’adhésion, c’est que la société ne veut pas d’eux. Mais, quant à notre mouvement, il est rassembleur, unificateur autour du “smig” qu’est la citoyenneté. Nous avons attendu longtemps avant d’arriver à trouver une force démocratique qui puisse fédérer toutes les forces citoyennes pour la citoyenneté.

Et s’il arrive un jour que les intérêts des partis implantés dans la région divergent avec ceux du mouvement citoyen…
La position du mouvement est connue, nous sommes un mouvement autonome et indépendant. Ce qui veut dire que si la population prend une position, la décision du mouvement ne peut s’inscrire en contradiction avec sa population. On ne peut s’adapter aux humeurs et aux choix politiques des partis. Nous avons une ligne de conduite tracée depuis le début, nous refusons la compromission et toute compromission avec ce pouvoir mafieux et assassin. Nous allons continuer sur la même voie, nous n’avons ni intérêts personnels ni groupe. Le seul intérêt pour nous est celui de la citoyenneté. Pour cela, nous affronterons et le pouvoir et ses serviteurs et ceux qui voudraient s’attaquer au mouvement, de manière pacifique bien sûr et démocratique. Nous avons eu à le faire lors des précédentes élections. Nous n’allons pas reculer ni trahir notre ligne de conduite. Nous lutterons pour ne pas hypothéquer l’avenir des générations futures. Nous n’avons qu’un seul choix, c’est de continuer le combat.

Si le pouvoir refuse de satisfaire toutes ces revendications, comment pensez-vous les réaliser ?
Nous les réaliserons avec la population parce que nous sommes une force de protestation ; grâce aux trente mois de lutte, le mouvement est devenu au niveau national une force morale à tel point qu’on nous appelle d’un peu partout quand il y a des manifestations. Nous avons par ailleurs une stratégie longuement discutée et élaborée, il y a trois mois de cela, dans la réunion de Aïn El-Hammam. Elle consiste en l’élargissement du mouvement pour toucher le reste des Algériens, pour qu’ensemble on puisse se battre contre ce pouvoir. De l’autre côté, il y a des pressions qu’on peut exercer sur les plans politique et médiatique et sur le plan international dont nous n’avons pas encore exploiter les canaux.

Est-ce qu’une élection ne pourrait pas répondre à votre aspiration de changement ?
L’élection qui peut être admise aujourd’hui en Algérie, c’est de poser la simple question aux Algériens : est-ce qu’on veut un changement démocratique et républicain ? Est-ce qu’on veut de ce système ou non ? Est-ce qu’on veut de la hogra ou non ? Est-ce qu’on veut de la justice ou non ? Si on arrive à poser cette question, il y aura une réponse par un oui ou par un non, les Algériens sont clairs. Ils choisiront librement. La seule réponse donc aujourd’hui est de dire non. Les jeux politiciens ne peuvent pas nous mener loin. Si on s’inscrit justement dans la carte électoraliste, on dira que nous allons partir pour longtemps.

Il y a des divergences au sein du mouvement, Ali Gherbi et des délégués de Bouira dont on dit qu’ils sont pris en charge par un parti politique au gouvernement…
Tout d’abord, je ne peux pas commenter les rumeurs et, ensuite, il n’y a pas de divergences au sein du mouvement, chacun est libre d’exprimer son point de vue. Mais la décision est prise par l’Interwilayas qui fonctionne par consensus. Si des voix s’expriment un peu partout, cela explique la nature démocratique du mouvement. De toute façon, on ne peut engager le mouvement citoyen des archs en dehors de son instance suprême qu’est l’Interwilayas.

Comment vous voyez la projection du mouvement après l’élection présidentielle ?
Moi, je suis très optimiste. On ne s’inscrit pas dans une démarche électoraliste, nous voulons un changement réel de la société, un changement institutionnel et constitutionnel. Au niveau des mœurs politiques. Dans cette conjoncture, nous allons avoir plus de conditions de travail pour mener notre combat.

On dit, par-ci, par-là, que le mouvement citoyen ne mobilise plus…
C’est ce qu’on dit depuis 30 mois. Mais, à chaque fois, on démontre le contraire. Le mouvement citoyen n’a rien à démontrer. Le mouvement citoyen est incontournable, personne ne peut le diriger, ni l’accaparer, ni l’exploiter politiquement. Donc, ses ennemis, les serviteurs du pouvoir, tentent de donner une image erronée du mouvement, mais sans réussir. On sait que le pouvoir voudrait nous affaiblir ! Nous sommes prêts à l’affronter, même à Alger, et on peut rééditer la marche du 14 juin.

Avez-vous été approché par des émissaires ? Y a-t-il eu de contacts depuis les derniers appels au dialogue ?
À ma connaissance, non. Les seuls échanges qu’il y a eus ont eu lieu par des déclarations et par presse interposée.

Que pensez-vous des préalables posés par le président de la République ?
Soit il n’a pas lu la plate-forme d’El-Kseur, soit il n’a rien compris au document. Il n’y a aucune revendication qui porte atteinte à l’unité nationale. D’ailleurs, après le Conseil de gouvernement, il s’est corrigé. Il a parlé plutôt du renforcement de l’unité nationale. Pour nous, nous n’avons aucun complexe. Nous sommes clairs.

Êtes-vous satisfaits du discours officiel ?
Le mouvement jugera sur pièces. Nous avons le droit d’avoir des préjugés. Donc, nous nous préparons comme il se doit pour ne pas tomber dans les pièges. En politique, on ne peut pas s’exprimer sur les intentions. C’est le terrain qui nous renseignera sur les véritables intentions du pouvoir.

Certains pensent qu’il y a, quelque part, une volonté de maintenir la région sous tension. Qu’en pensez-vous ?
Le mouvement est assez armé d’expérience, il a réussi d’ailleurs, durant tous les mois passés, à déjouer tous les pièges, à résister à la répression du pouvoir. Donc, ce n’est pas cette offre de la mise en œuvre de la plate-forme d’El-Kseur qui va constituer un obstacle pour le mouvement. Nous sommes prêts à affronter le pouvoir sur sa table, partout. À l’adresse de la population, nous disons que nous avons prêté serment, nous n’allons ni trahir ni reculer. Nous irons jusqu’au bout, avec le soutien de la population. La plate-forme est toujours scellée et non négociable. Ulac samh ulac ! Le combat continue.

S. R.