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A LA UNE / Entretien

Marc Saikali, directeur de France 24 a Liberté

“Nous allons ouvrir un bureau trilingue à Alger”

© D.R.

Selon le patron de France 24, les démarches sont en cours et aucun problème n’a été posé par l’administration algérienne. Les audiences de la chaîne en Algérie sont les plus importantes du Maghreb.

Liberté : France 24 est très regardée en Algérie. Quelles sont précisément ses audiences dans le pays ?
Marc Saikali : Nous savons que nous sommes la première chaîne d’information en Algérie. Nous sommes regardés aussi bien en français qu’en arabe. Ceci est une particularité car dans les autres pays du Maghreb, nous sommes surtout regardés en arabe. Du coup, l’Algérie est très présente dans notre programme éditorial en français.

Comment expliquez-vous ce succès ?
Je pense qu’il est lié à la ligne éditoriale de la chaîne. Contrairement à ce que les gens pensent, nous ne sommes pas la voix du Quai d’Orsay. France 24 est une chaine du service public. Par ailleurs, notre credo est l’honnêteté dans le traitement de l’information. De l’honnêteté mais pas forcément de l’objectivité. Lorsque nous parlons par exemple des gens qui ont tué des centaines de milliers de personnes pendant la décennie noire en Algérie, nous ne les qualifions pas de militants mais de terroristes. Notre travail est basé en outre sur la défense de valeurs, comme l’égalité hommes-femmes, l’antiracisme, l’antisémitisme, le respect de la dignité humaine…Tout cela  fait, peut-être, que nous devenons singuliers dans le paysage médiatique du monde arabe et explique notre réussite.

France 24 se place en Algérie entre une télévision publique, assez fermée et des chaînes privées, plutôt conservatrices. Est-elle de ce point de vue-là, une fenêtre de liberté sur le monde ?
Je ne m’autorise pas à dire oui car en Algérie, il existe beaucoup de journalistes courageux. Il y a eu des morts par dizaines durant la décennie noire du terrorisme. Ils ont gardé le stylo dans la main pendant les périodes les plus sombres. Quand je vois certains articles de presse, je suis saisi par leur impertinence. Donc, France 24 est certes un media libre mais il n’est pas le seul en Algérie. Ceci étant dit, je remarque néanmoins que quand la critique émane d’un journal algérien, elle est acceptée. Mais quand cela vient de nous, ça devient louche car nous sommes une chaîne étrangère.

Avez-vous justement des difficultés à travailler en Algérie et sur l’Algérie ? Les autorités sont-elles méfiantes ?
Nous avons eu des difficultés. De la méfiance, non. Mais nous ressentons encore qu’il est plus compliqué de travailler à Alger qu’à Paris. Cela dit, nous nous projetons avec plus d’optimisme dans l’avenir. Nous avons lancé un appel d’offres pour l’ouverture d’un bureau à Alger. Nous avons obtenu toutes les autorisations et nous attendons actuellement les accréditations des journalistes. Les procédures sont en cours. Tout va bien, il n y a pas de problèmes à ce niveau. Le bureau d’Alger sera notre premier bureau trilingue dans le monde (français, arabe, anglais). Nous avons beaucoup de projets pour l’Algérie. Personnellement, j’ai envie de voir tous les jours des reportages sur ce pays, dans tous les domaines. Je pense qu’il n’est pas assez mis en valeur dans la presse mondiale. On en parle quand ça va mal. Or il y a d’énormes potentialités, des choses qui bougent, des talents, qu’on devrait plus mettre en lumière. On ne peut pas être une grande chaîne internationale d’information et négliger l’Algérie, un pays aussi grand que l’Europe. Celui-ci dispose d’une richesse historique et culturelle incroyable. Il y a aussi la puissance économique liée au pétrole. L’Algérie a de surcroît, une autorité dans le monde arabe et des liens forts avec la France et l’Europe. Son expérience dans la lutte contre le terrorisme n’est pas négligeable par ailleurs.

Outre l’Algérie, France 24 est présente dans beaucoup d’autre pays. Quel bilan faites-vous de sa progression ?
Depuis ma prise de fonction il y a cinq ans, l’audience mesurée de manière hebdomadaire,  est passée de 38 millions de téléspectateurs à 55 millions. Ces chiffres concernent 62 pays. Or nous sommes présents dans 180 au total et 330 millions de foyers.

Ces audiences vous permettent-elles de rivaliser avec des chaînes plus anciennes comme CNN, la BBC et Al-Jazeera ?
Bien sûr. Nous sommes même devant dans certaines  régions comme le Maghreb et l’Afrique francophone. France 24 est par ailleurs le premier média français sur Facebook et sur Youtube. Nous avons un réseau de correspondants qui représentent 162 bureaux. Nous avons lancé le 26 septembre dernier une chaîne en espagnol, basée à Bogota. Le réseau des Observateurs qui est composé de 5000 personnes à travers le monde,  vient, pour sa part, de fêter son dixième anniversaire. Ce réseau marche très bien.

L’ancien président Jacques Chirac a conçu le projet de ce qui est devenu France 24 avec l’idée de faire rayonner la France à l’étranger. Cet objectif est-il atteint ?
Il est même dépassé. Mais encore une fois, l’idée n’est pas de relayer la politique étrangère de l’État français. En revanche, notre ligne éditoriale est inspirée par les valeurs de la République française. Nous informons aussi nos téléspectateurs dans le monde, beaucoup sur ce qui se passe en France. Nous avons par exemple remarqué que le déroulement de la dernière élection présidentielle a fait un carton en Algérie et dans les autres pays du Maghreb. Les émissions sur le patrimoine français sont également très suivies. Ailleurs dans le monde, nous améliorons constamment nos performances. France 24 en anglais se porte très bien en Afrique anglophone. Elle progresse également en Asie. Notre distribution via la TNT, s’améliore beaucoup dans certains pays, comme la Malaisie, la Thaïlande, l’Indonésie, le Cambodge…Un énorme groupe indien nous distribue en Inde. Nous sommes également très regardés en Russie.

Que dites-vous à ceux qui au Maghreb soupçonnent la chaîne de parti pris ?
Il faut tordre le coup à l’idée de la partialité éditoriale que certains veulent nous coller à la peau. Nous ne faisons pas de différence de traitement entre les pays que nous couvrons. Nous ne sommes par exemple ni contre l’Algérie, ni contre le Maroc. Il n y a pas de complots et d’agendas cachés. Nous essayons de relater les évènements tels qu’ils sont à nos téléspectateurs et nos lecteurs. Nous faisons parfois des erreurs mais on les rectifie. Et il y a mille moyens de rectifier. Le droit de réponse est garanti par la loi. Les procès en diffamation existent aussi. Et puis, il faut savoir que nos journalistes font partie de 35 nationalités. Cette diversité transparaît dans le traitement de l’information qui en plus d’être objective est très riche. Les journalistes ont chacun une expertise différentes et chacun apporte ses propres connaissances. Lorsque la guerre au Yémen a commencé, ce sont les journalistes de la chaîne arabophone qui ont expliqué aux autres les enjeux de ce conflit dont ils sont mieux imprégnés. Les journalistes de la chaîne anglophone sont également intervenus auprès de leurs collègues pour vulgariser le système électoral américain, durant  l’élection de Trump…
Nous recherchons donc surtout à donner des informations fiables et complètes. À France 24, nous avons aussi le souci de ne pas heurter les téléspectateurs avec des images de guerre violentes. Ce genre d’image est perturbant. Il n’a qu’un seul effet, nourrir la haine dans le cœur des gens.

Quels sont les projets de France 24 ?
Nous voulons établir un signal spécifique à l’Afrique, avec des programmes particuliers. Il est question aussi de réaménager nos matinales pour les rendre plus fluides. Nous allons en outre  lancer de nouvelles émissions et développer la chaîne espagnole. Nous avons plein d’autres projets mais que nous devons réaliser avec un budget restreint.  

Justement, êtes-vous inquiet par le projet de restructuration de l’audiovisuel public et les annonces concernant les possibilités de fusion de certaines chaînes, dont France 24 ?
Non. Nous sommes associés à cette réforme. Il y a 13 groupes de travail qui explorent la manière dont il va falloir améliorer les synergies entre les différents médias comme Radio France, France télévisions, l’Institut national de l’audiovisuel, Arte et nous. S’agissant de France 24, je ne suis pas inquiet, car en matière de productivité, la chaîne n’a rien à prouver. Nos journalistes sont multi-compétents. Ils tournent, commentent, écrivent, dans deux ou trois langues. Notre reforme a été déjà faite. Nous sommes aussi déjà en synergie avec d’autres chaînes. France 24 collabore avec la rédaction de France TV Info, à laquelle nous fournissons des programmes de nuit,  des journaux du monde, des duplex, nos Focus, les comptes rendus de nos Observateurs…


S. L.-K.


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