Scroll To Top
FLASH
  • Demi-finale retour de la ligue des champions africains: WAC 3-1 USMA (0-0 à l'aller)
  • Buts du WAC:El Karti (26′), Bencharki (54′ et 90'+3). Le but de l'USMA a été inscrit par Abdelaoui (67′)
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de midi (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version digitale de "Liberté" écrire à: redactiondigitale@liberte-algerie.com

A la une / Entretien

Réda Hamiani, Président du FCE, à propos de la crise mondiale (1er partie)

“Un plan de riposte est nécessaire”

Dans cet entretien, le responsable de cette organisation patronale regroupant les plus grandes firmes privées du pays aborde, dans cette première partie, la crise financière mondiale, ses incidences sur l’Algérie. Il préconise des mesures permettant d’amortir les retombées négatives de cette tempête financière.

Liberté : Que vous inspire la crise financière mondiale ?
Réda Hamiani : Ce qu’il faut rappeler, c’est que le capitalisme dont a parlé Karl Marx a été caractérisé dans son fonctionnement par une évolution sinusoïdale. Le capitalisme a dans son développement une phase de croissance, une phase de récession et une phase de dépression. La crise est propre au capitalisme. Dans la théorie, la crise participe du dynamisme interne du capitalisme. Deux vertus se retrouvent dans cette logique. Ce qui est attendu, c’est que durant la période de croissance, il y a bien entendu des entreprises performantes et des entreprises mal gérées. Le capitalisme après la crise redémarre sur des bases plus saines. Il les purge (les entreprises mal gérées disparaissent). La crise fait donc partie du développement du capitalisme. Elle vise à lui donner une impulsion nouvelle. Un changement fondamental lui a été apporté par la révolution keynésienne. Keynes a sauvé le capitalisme. On a eu avec Keynes un profil plus moderne du capitalisme. Dans le capitalisme moderne, on a le profil : croissance-récession-croissance. Dans tous les États, comme par exemple la France, quand on a souvent des récessions, on veut éviter la dépression. Dans le contexte d’aujourd’hui, on a remis en cause les vertus d’un marché qui s’autorégule. En d’autres termes, le marché ne fonctionne pas de façon aussi parfaite qu’on le pensait. Dans le capitalisme réformé par Keynes, l’État doit intervenir pour maintenir l’investissement de manière à obtenir un taux de croissance positif. L’État doit surtout intervenir pour que ne se reproduisent pas les effets de la grande crise de 1929, en un mot maintenir le bon fonctionnement des banques. Il ne faut pas que les banques aillent en faillite. L’expérience de 1929 a montré que l’étendue de la crise était due au fait qu’on a laissé les banques tomber en faillite. Et lorsque les grandes banques ferment, l’activité ralentit. Du coup, l’absence de crédits n’entraîne pas d’investissements. La crise s’installe. Le consensus général aujourd’hui est que le monde s’est installé dans une récession. Le consensus s’est dessiné sur deux plans. En premier lieu, sur la reprise en main du rôle de régulateur de l’État. Il n’est pas question de laisser le marché s’autoréguler. Cela mène tout droit à des impasses. On est dans une position opposée à la grande révolution libérale prônée par Reagan et Thatcher. On laisse les acteurs organiser le monde de la production, l’État se contentant de la planification. Ce modèle ne marche pas. Il faut que l’État se réapproprie les instruments de régulation. La crise actuelle est le résultat d’un excès, en clair d’une emprise trop forte de la sphère financière sur le monde de l’économie. Cette sphère financière fonctionne avec des taux de rentabilité de 10 à 15%, voire 20%. C’est ce que veulent les financiers, les porteurs d’actions. La totalité des factures qui s’échangent dans le monde, en termes de flux d’échanges commerciaux, ne représentent que 16% des volumes financiers exprimés en prêts bancaires et autres instruments tels que les bons du Trésor, les hedge funds et les fonds de pension. Une distance s’est donc creusée entre les deux sphères. Le monde de l’économie réelle, c’est-à-dire la sphère productive fonctionne à des taux de rentabilité de 3%, pendant que le système financier demande des taux de rentabilité de 10 à 20%. On pense que c’est une bonne chose de ramener le système financier international à de justes proportions. Il faut qu’on le réajuste. D’autre part, il ressort dans cette crise un risque sur le dollar américain. En fait, les pays asiatiques qui disposent de grosses réserves de change, tels que la Chine avec 1 000 milliards dollars, le Japon et les pays pétroliers comme l’Algérie avec 43 milliards de dollars déposés en bons du Trésor américain, déposent leurs surplus financiers aux États-Unis qui sont rémunérés à des taux d’intérêt de 2,5%. Du reste, les Américains vivent à crédit. Ils interviennent en Irak, maintiennent un effort militaire en Afghanistan. Sur le plan économique, les États-Unis, qui disposent d’énormes fonds correspondant à ces réserves de change, rémunérés à 2,5%, placent ces fonds à 10-15%. Cette tendance durant les 15 dernières années est expliquée par la politique laxiste de fuite en avant de l’ancien gouverneur de la Fed, Alan Grenspan, qui a ramené le taux de crédit jusqu’à 1%. Et les banquiers et les hedge funds ont abusé de cette situation. Ils ont permis à des ménages américains à faible revenu d’acheter de l’immobilier dans une perspective de spéculation. En clair, on a permis à des ménages à faible revenu avec 25% d’apport d’acheter une maison qui coûte cinq fois plus cher. Ils la revendent six mois plus tard, dégageant un bénéfice leur permettant de rembourser le crédit. À la première chute de l’immobilier, les emprunteurs n’avaient aucune possibilité de rembourser. Le gouvernement américain a racheté les deux banques spécialisées dans l’octroi de crédits immobiliers tombées en faillite. Le G20, qui se réunit le 15 novembre, constitue une opportunité de revoir le mode d’organisation de la finance mondiale pour que le rôle du dollar américain soit revu à la baisse et que le nouveau président des États-Unis Barack Obama prenne conscience de cet énorme déficit de l’économie américaine avec 11 000 milliards de dollars de déficit budgétaire, de la nécessité d’une plus grande discipline budgétaire aux États-Unis. Si l’on prend le FMI comme régulateur, il devra contraindre les acteurs des marchés financiers à plus de transparence. Son silence sur la genèse de cette crise est assourdissant. Durant toute cette crise, il se voit confié un rôle d’ordonnateur de la finance mondiale. En fin de compte, cette crise ne veut pas dire que c’est la fin du capitalisme. Le mode de fonctionnement du capitalisme est pour l’instant la seule alternative à l’économie dirigiste d’inspiration marxiste… La crise financière mondiale durera deux à trois ans, le temps de débarrasser l’économie de tout ce qui est en mauvais état. Ce n’est donc pas la fin du capitalisme. Le capitalisme a du ressort. Il a de beaux jours devant lui. Le capitalisme a été sauvé en résumé par Keynes qui lui a donné une impulsion doctrinale. En effet, dans ce modèle, l’État intervient pour que la crise ne se propage pas et ne se prolonge pas.

Quel est l’impact de la crise financière mondiale sur l’Algérie ?
À court terme, dans une optique de trésorerie, l’Algérie n’a pas à craindre des incidences de la crise financière mondiale. On a maintenant un matelas de devises couvrant 4 années d’importations. La crise devrait nous faire prendre conscience des faiblesses de notre économie qui dépend des fluctuations des prix du pétrole. On est à l’écart de la finance internationale. Notre système financier n’est pas connecté aux places financières internationales. Il n’est pas impliqué dans les prêts hypothécaires dits subprimes à l’origine de cette crise financière mondiale. On n’a pas d’actions ou d’obligations où on est exposés. C’est vrai qu’on a remboursé notre dette extérieure. On n’a pas accédé à la totale convertibilité du dinar qui aurait transféré beaucoup de capitaux. Mais, on n’a pas prévu un plan à l’avance dans le cadre de la loi de finances 2009 prenant en compte la nouvelle conjoncture internationale. En clair, un plan qui ferait le tri dans les dépenses publiques : ce qui est important, ce qui l’est moins, les réductions éventuelles à opérer dans les dépenses d’investissements publics. Avec cette crise, il convient de prévoir moins d’investissements de prestige, de reconsidérer le programme ambitieux d’investissements publics. Un plan de riposte aux effets de cette crise serait judicieux. Je pense qu’une loi de finances complémentaire, s’il y en ait une en 2009, pourrait introduire une revue de ces dépenses. Car Il ne faut pas épuiser l’ensemble de nos ressources (ne pas puiser éventuellement dans le fonds de régulation, dans les réserves de change). D’autant que personne ne peut nous dire jusqu’où irait cette crise. Il convient également de revoir le programme d’importations. Dans nos importations, il y a une tendance lourde. On a importé de plus en plus de lait, de blé. Il faut faire attention. On a été séduits par la nouvelle politique dans le domaine du médicament. Il y a intérêt à voir qu’est-ce que l’Algérie peut faire pour réduire sa dépendance alimentaire par des mesures de marché. Il faut voir dans quelle mesure l’État peut encourager la production locale. On importe, du reste, pour plus de 10 milliards de dollars de services en 2008. Il y a intérêt également à ce que l’économie nationale produise plus de services. C’est un poste important de la balance des paiements. Il convient également de s’interroger s’il ne vaut pas mieux de moins vendre de pétrole lorsque les cours du brut sont comme aujourd’hui en baisse. Tous les experts s’accordent à dire que dans les années à venir, le pétrole devenant rare, les cours du pétrole devraient être plus élevés, en 2013, 2014, 2015. En tant qu’autorité, je vais le vendre aujourd’hui à 60 dollars le baril. Ce sont des calculs économiques. Ne convient-il pas de diminuer la production de pétrole pour conserver ses richesses pétrolières et vendre ces quantités de brut au prix plus élevé dans les années à venir ? En conclusion, ne devons-nous pas produire du pétrole qu’en fonction de nos besoins.

K. R.