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A la une / Environnement

Fin des négociations sur le climat à Bonn

CoP 21 : une épée de Damoclès nommée Trump

Le président américain Donald Trump. ©D. R.

Pendant la CoP22 tenue à Marrakech en novembre 2016, l’élection de Donald Trump qui a mené une campagne de dénonciation de l’accord de Paris, favorisant les thèses des lobbies climato-sceptiques, a influé sur les avancées attendues de ce rendez-vous.

Les 196 pays signataires de l'accord de Paris sur le climat (lors de la CoP21 en novembre 2015) se sont retrouvés le 8 mai à Bonn, en Allemagne, pour entamer les négociations sur la mise en œuvre de ce pacte, dans une situation marquée notamment par les incertitudes que font peser les États-Unis sur la volonté de la nouvelle Administration Trump de contribuer à la réussite de ce volet technique des discussions. Il s’agissait, en effet, lors de ce rendez-vous, dans la perspective de la tenue de la CoP23, de “commencer à préciser de manière opérationnelle des dispositions de cet accord de Paris”. Rappelant que la 23e Conférence des parties (Conférence-cadre des Nations unies pour le climat - Cnuced) sera présidée par les Fidji et se déroulera à Bonn fin 2017. Les retards cumulés dans la coupe des émissions de gaz à effet de serre (GES) font que le sauvetage du climat passe par une transition énergétique radicale qui doit tourner le dos aux énergies fossiles comme le charbon et le pétrole et, à un degré moindre, le gaz. Pendant la CoP22 tenue à Marrakech, en novembre 2016, l’élection de Donald Trump, qui a mené une campagne de dénonciation de l’accord de Paris pour épouser les thèses des lobbies climato-sceptiques, a largement perturbé les débats et influé sur les avancées attendues de ce rendez-vous marocain. Il faut dire que, présentement,  la conjoncture mondiale n’est pas plus favorable, d’autant que les pays en développement font toujours face au manque de ressources financières, au moment où les récentes études sur le climat relèvent un réchauffement planétaire ininterrompu (montée des eaux plus rapide que par le passé, intensification des catastrophes naturelles, perte et fragilisation de la biodiversité…) et que l’Amérique menace tout simplement de se retirer de l’Accord de Paris. On sait déjà que l’Administration américaine a entrepris de démanteler, dans plusieurs domaines, les dispositifs de la politique en faveur du climat mise en place par Barack Obama.
 
Le wait and see américain
La réunion de Bonn qui s’est achevée le 18 de ce mois a été bousculée, durant dix jours, par la menace du retrait américain de l’Accord de Paris. L’attitude de la délégation américaine qui s’est tenue à bonne distance de la négociation n’arrange rien. “Leur chef [les négociateurs US] est un négociateur expérimenté. Il a répété que notre position est en train d'être réétudiée”, a dit la responsable climat de l'ONU, Patricia Espinosa (AFP). Elle ajoutera que les regards sont désormais tournés vers les sommets du G7 des 26 et 27 mai, et du G20 début juillet en Allemagne. Autant dire que le wait and see semble de mise. Mais l’absence de compromis risque de peser négativement sur y compris les travaux de cette réunion du G20 en juillet ; les trois quarts des émissions de GES au niveau mondial sont l’œuvre des pays qui constituent ce regroupement, faut-il le rappeler. Autre question, Donald Trump envisage de ne pas contribuer au Fonds vert climat, mais aussi au financement de la Convention climat des Nations unies et pour les travaux du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat). Si cela se concrétise, c’est toute la gouvernance mondiale du climat qui prendrait du plomb dans l’aile. En tout cas dans les travaux de ce rendez-vous de Bonn, il semble que les choses n’ont guère évolué ou alors très peu. Faute d’annoncer des avancées comme il était attendu après presque deux années sur l’Accord, les responsables ont fait dans les généralités et des déclarations de bonnes intentions, à la fin de la conférence : “Nous sommes tous vulnérables aux dérèglements climatiques et nous devons tous agir”, a insisté en séance plénière finale le Premier ministre fidjien Frank Bainimarama, qui présidera en novembre à Bonn la CoP23. Ce dernier a déjà, en fin de la CoP22 de Marrakech, lancé un vibrant appel à Donald Trump fraîchement élu pour qu'il n'abandonne pas le navire. Pour impliquer le nouveau président américain, il avait rappelé que les régions les plus exposées vont être désormais “des îles du Pacifique à Miami, New York, Venise” (montée du niveau de la mer et des océans). “Le moment est critique”, avait-il ajouté, selon la même source. Dans les faits, les réactions des différents chefs de délégations ou d’experts dénotent que l’expectative observée lors de la Conférence de Marrakech domine encore. “Nous ne devons pas renoncer parce que l'un de nous a décidé de quitter la famille”, a dit à la presse la négociatrice fidjienne, Nazhat Shameem-Khan. “À ce stade, les États-Unis n'ont pas pris de décision, et nous espérons qu'ils resteront dans l'accord. Mais nous n'arrêterons pas notre travail, même si la décision est négative.” David Levai, ex-négociateur français, expert à l'Institut du développement durable (Iddri) à Paris, veut être optimiste : “L'esprit est bon. Il y a des débats : certains comme l'UE veulent plus de rigueur sur l'application de l'accord, d'autres plus de souplesse... Mais il n'y pas eu les graines du blocage souvent vues dans le passé.” Il ajoutera : “Ce contexte américain crée une forme de solidarité : on fait bloc, c'est un peu comme au rugby.”
 
N’est-il pas déjà trop tard ?
Dans les faits, le processus climatique engagé à Paris reste suspendu à la décision de Donald Trump, qui semble désormais hésiter, “après avoir promis pendant sa campagne qu'il retirerait son pays de ce traité présenté par lui comme un ‘canular’ fomenté par les Chinois pour ruiner la compétitivité américaine”. Notons qu’à la réunion de Bonn, la délégation américaine était au plan de l’effectif à “son minimum historique”.
Le son de cloche est le même chez la délégation du pays hôte, l’Allemagne. “Nous travaillons dur avec de nombreux amis dans le monde pour convaincre les États-Unis que rester au sein de l'Accord de Paris est le bon choix”, a dit à Jochen Flasbarth, secrétaire d'État auprès du ministère allemand de l'Environnement. Le négociateur malien Seyni Nafo, chef du groupe Afrique, souhaite que “les États-Unis prennent leur décision le plus vite possible pour permettre aux pays de se repositionner”. “Plus l’hésitation dure, plus on espère parvenir à les convaincre.”Tout le monde sait qu’une marche arrière américaine pèsera lourdement sur l’avenir de l’Accord et, plus grave, sur une politique climatique qui peut contenir la hausse des températures à moins de 2°C à la fin du siècle, si les décisions sur des coupes des émissions de GES sont une fois encore différées. Les conséquences d’un retrait américain n’ont aucune commune mesure avec la dénonciation du Protocole de Kyoto par l’Administration américaine de l’époque (1997). Les preuves scientifiques du facteur anthropique (les activités humaines) dans le réchauffement du climat et l’urgence de coupes drastiques dans les émissions de GES sont maintenant établies. Rappelons que l'Accord de Paris visait à limiter le réchauffement global en-deçà de 2°C, voire 1,5°C par rapport au niveau de la Révolution industrielle. Mais les engagements nationaux dans la coupe des GES conduisent toujours vers une hausse du mercure de +3°C. C’est le véritable problème à côté du manque d’empressement des pays industrialisés à alimenter le Fonds vert pour aider les pays moins nantis, notamment l’Afrique.

R. S.


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