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A la une / Environnement

Les peaux de mouton de l’Aïd

Entre décharge publique et circuit informel

Les peaux de mouton jetées dans les bacs à ordures. ©D. R.

L’effondrement de l’industrie textile a donné le coup de grâce à la collecte et à l’approvisionnent des tanneries.

Les tanneries qui sont en amont des activités industrielles du cuir sont de grosses consommatrices d’eau et rejettent des effluents particulièrement nocifs pour l’environnement. Pour rester chez nous, les tanneries qui ont été réalisées dans les années 1970 avaient toutes leurs propres forages d’eau. Elles avaient été équipées par la suite de stations d’épuration. Cela n’a pas évité que, par manque de maintenance, certaines stations cessent de fonctionner à certaines périodes. Dans ce cas, le déversement dans la nature des effluents entraîne aussi des odeurs nauséabondes. Mais dans cet article le propos est autre, il s’agira de l’amont des activités de tanneries. Près de 5 millions de moutons ont été sacrifiés à travers le pays le jour de l’Aïd. C’est de l’ordre du nombre admis dans les articles de la presse nationale en l’absence de chiffres officiels. Le traitement artisanal des peaux dans les foyers pour récupérer la laine ou confectionner des tapis est une pratique de plus en plus abandonnée, en particulier dans les villes. C’est donc, en principe, un approvisionnement exceptionnel pour les tanneries et autres mégisseries. Il n’en est rien, ce gisement “venu du ciel” quand il ne passe pas dans les circuits informels destinés en priorité à alimenter illégalement des marchés étrangers, il enlaidit l’environnement visuel avec des conséquences sanitaires insoupçonnées.
Dans ce domaine et comme dans tant d’autres, le recul des secteurs de l’industrie (moins de 5% du PIB) a engendré la faillite de nombreuses filières. L’effondrement de l’industrie du textile avec la fermeture de la Société de collecte et de conservation des peaux et cuirs (Socop, entreprise publique), qui jouait un rôle stratégique dans le circuit des cuirs bruts, a donné le coup de grâce à la collecte et à l’approvisionnent des tanneries. Cette décision a livré dans le même temps ce marché aux filières de réseaux transnationaux, notamment du Moyen-Orient et d’Europe centrale ou de l’Italie. En 2007, la fédération textiles et cuirs (UGTA) avançait la valeur de 6 millions d'euros d’“exportations” pour la filière italienne.

Le constat est connu de tous
Ces constats certes réels sont loin de constituer l’unique cause du déclin de ce secteur (collecte) et de la mise en décharge d’une matière première recherchée dans nombre de pays. C’est peut-être ce diagnostic partiel qui a poussé les autorités algériennes à réagir de manière bureaucratique pour “mettre de l’ordre”. En effet la loi de finances complémentaire (LFC 2010) interdit (suspend) l'exportation des peaux brutes. Elle autorise l'exportation de produits finis ou semi-finis. Une aubaine pour beaucoup d’opérateurs qui traitent les peaux grâce à de simples opérations chimiques pour se conformer à la nouvelle législation douanière (exportation de produits semi-finis). En vérité, le problème est beaucoup plus complexe. Une grande partie des peaux n’est pas exploitable (elles n’intéressent même pas les collecteurs de l’informel) à cause du fait qu'elles sont abîmées en raison du dépiautage manuel quasi général). Grâce à la construction d’abattoirs adéquats, un pays comme l’Arabie saoudite récupère toutes les peaux des moutons sacrifiés lors du hadj avec la mise en place d’un “dépouillement mécanisé”. Il va sans dire que la mise en place de telles infrastructures chez nous, quand elles sont disponibles, permettrait aux pouvoirs publics d’accueillir (y compris par une réglementation contraignante comme cela se fait dans beaucoup de pays musulmans) la grande majorité des bêtes sacrifiées. L’avantage est double : les peaux seront préservées des charcutages, et la collecte peut s’effectuer dans la transparence selon des cahiers des charges préétablis. Sans compter l’accomplissement des contrôles sanitaires de mise sur la qualité de la viande.
Le 16 mars dernier, Abdeslam Bouchouareb, ministre de l’Industrie et des Mines, a présenté un plan de relance de l’industrie du textile. Il est notamment question d'augmenter la capacité de traitement des peaux animales. Il faudra donc trouver sur le marché les quantités suffisantes pour passer à une production supérieure dans les tanneries. Dans ce domaine, les solutions sont à portée de main, à condition que la volonté politique existe. On peut en douter lorsqu’on sait le degré de déstructuration du secteur qui ne représente guère plus de 0,15% du PIB et 4% de la demande en chaussures et prêt-à-porter. Pendant ce temps, les taxes à l’importation sur les produits entrant dans la confection sont nettement plus élevées que celle de l’importation des produits finis. Le constat est connu, le secteur est avant tout plombé par le manque de matières premières ou d’un prix qui n’incite pas à la confection, tant le marché est livré à toutes sortes d’importateurs et de trabendistes, y compris dans la friperie.

R. S.


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