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A la une / Environnement

Absence d’accord à la CoP22

Et si Donald Trump n’était que le “cache-sexe” de l’échec ?

© D.R.

On a donc préféré spéculer sur “comment Trump s’y prendrait pour sortir son pays de l’accord” au lieu de se poser la question du pourquoi du “flop de Marrakech”.

La fragilité des équilibres arrachés lors de la COP21 a pesé sur le passage “aux choses sérieuses”, qui impliquerait de mettre la main à la poche en quelque sorte, lors du rendez-vous de Marrakech qui s’est clôturé le 18 novembre en renvoyant toutes les décisions importantes à 2017, voire 2018. En effet, la seule décision prise est “la définition de l’année 2018 comme date butoir”. En d’autres termes, “les négociateurs s’engagent à finaliser les modalités de la mise en application de l’Accord de Paris au cours des deux prochaines années”. La raison : ils ne sont pas parvenus à s'entendre sur les transferts financiers des pays développés vers les pays pauvres ou en voie de développement. Pour une COP, baptisée “africaine” et dont le slogan unique est “l’action”, elle ne léguera à la postérité qu’une étape de plus dans le difficile chemin dans la recherche d’un modèle de développement vertueux pour la planète et les équilibres écologiques en général.
Malgré “une course” à la ratification qui a réuni les conditions requises en un temps record, à la fois par le nombre de pays, plus du double du minimum nécessaire (50 États), et aussi par le volume des émissions de gaz à effets de serre concernées qui a culminé à 70%, loin du prorata des 55%, tous les observateurs savaient, par exemple, que l’alimentation du Fonds vert pour l’aide à l’adaptation ne progressait pas à la même cadence, loin s’en faut. Tout compte fait, contrairement au round de Paris où le poids politique et économique de la France ainsi que le caractère non contraignant de l’Accord obtenu ont sauvé la COP21, à Marrakech il ne s’agissait plus d’obtenir des engagements de principe mais des “espèces sonnantes et trébuchantes” pour financer l’adaptation dans les pays du Sud, à commencer par ceux des États insulaires du Pacifique menacés de disparition et de l’Afrique en général.

Financements Nord-Sud
C’est le principal point d’achoppement des discussions. Les négociations préparatoires n’ont pas pu dégager un consensus, et tout le monde sait que les engagements financiers ne se décident pas dans les manifestations publiques. Un tel cadre est généralement dédié à l’annonce de décisions arrêtées à l’avance. Comme il fallait s’y attendre, le miracle n’a pas eu lieu. Mais au lieu de chercher à cerner les raisons qui ont fait que pendant une année de concertations et de négociations, la communauté internationale n’a pas réussi à ficeler des accords de financements, l’actualité autour de cette COP22 s’est focalisée sur l’éventuel retrait des États-Unis suite à l’élection de Donald Trump, oubliant même que l’Accord de Paris ne prévoit aucune sanction (juridiquement non contraignant) et qu’il repose sur le simple bon vouloir des États à respecter leurs engagements.
Le négociateur en chef des États-Unis, Jonathan Pershing, Monsieur Climat du président Obama, qui a participé aux pré-négociations à cette COP22, n’a pas été harcelé par les journalistes pour l’échec du monde développé à mobiliser les 100 milliards de dollars prévus à partir de 2020 pour aider les pays du Sud dans l’adaptation aux impacts climatiques mais plutôt sur l’attitude du nouveau locataire de la Maison-Blanche. Il était donc à l’aise pour délivrer un “trop tôt pour spéculer” et un “wait and see” confortable. Il a même ajouté que “les personnels de l’équipe de transition [du président Trump] ne sont pas encore arrivés dans l’administration, et je n’ai pas encore eu de contacts avec eux. Je n’ai pas d’information sur comment ça va se passer, et je ne peux rien prédire des politiques climatiques de la nouvelle administration du président élu”. Dans ces conditions, il était aisé pour tous les autres pays qui polluent ou qui détiennent les clés du financement de se contenter de “réaffirmer leur soutien à l’accord de Paris et au processus de négociation”. La Chine et la France ont même donné de la voix pour défendre l’accord de Paris et interpeller le futur président des États-Unis. On a donc préféré spéculer sur “comment Trump s’y prendrait pour sortir son pays de l’accord” au lieu de se poser la question du pourquoi du “flop de Marrakech”.

Agriculture : adaptation contre atténuation
Après le Fonds vert, l’autre grand dossier est l’agriculture. La divergence de fond sur ce dossier de l’agriculture entre les pays riches et les pays pauvres demeure. D’un côté, les pays du G77 et la Chine militent pour une approche sous l’angle de l’adaptation et des moyens financiers à mettre en œuvre pour aider l’agriculture des pays du Sud à affronter le changement climatique.
De l’autre côté, les pays riches sont plus soucieux de sauvegarder leurs avantages en restant scotchés avant tout à la simple formule de “diminution des émissions de GES liées aux activités agricoles”, c'est-à-dire l’atténuation. “L’urgence des enjeux se traduit avant tout dans l’engagement des États à réduire les émissions de gaz à effet de serre au travers de leurs contributions nationales et dans la nécessaire modification à long terme des modèles agricoles” assène Sébastien Treyer, de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri-France, iddri.org).
Résultat du blocage : les discussions ont été renvoyées pour  2017, à Bonn, où se tiendra la prochaine CoP dont la présidence est confiée aux îles Fidji, un État insulaire du Pacifique mais dont l’organisation est dévolue à l’Allemagne pour “des raisons logistiques”.
Au sein de la finance climat, le volet consacré à l’adaptation reste un des points les plus clivant des négociations. Et l'une des principales revendications des pays en voie de développement est l’affectation d’une part significative à l’adaptation. Le G77 + la Chine a introduit une demande lors de cette CoP qui revendique de multiplier par quatre le financement de l’adaptation au sein des 100 milliards du Fonds vert, ce qui donnera 32 milliards de dollars. La demande s’articule autour de “fournir aux agriculteurs africains des semences qui résistent à la sécheresse pour leur permettre de nourrir leurs familles, de construire des digues afin que des millions de personnes vivant sur les côtes survivent à la hausse du niveau des mers, ou encore de mettre en place des systèmes d’alertes précoces", plaide Armelle Le Comte, de l’ONG Oxfam.
Les pays donateurs prévoient seulement  20% des 100 milliards de dollars promis. Il est vrai que l’accord de Paris à la CoP21 stipule seulement la nécessité d’un équilibre financier entre l’adaptation et l’atténuation et ne prévoit pas de montants ou de pourcentages sur la promesse des 100 milliards de dollars à verser annuellement à partir de 2020, une lacune de plus.
Enfin, l’initiative marocaine du Triple A qui visait “à renforcer la résilience des agriculteurs africains en promouvant une gestion durable des sols, une meilleure gestion de l’eau et une gestion des risques” n’a pas résisté pour regrouper au delà des 28 pays africains mobilisés par le Maroc avant la tenue de cette CoP22. Le lobbying de l’Office marocain des phosphates pour  défendre l’usage d’engrais phosphatés pour une plus grande fertilité des sols a joué un effet repoussoir. “Au sein de l’initiative AAA, on retrouve inlassablement les mêmes acteurs du secteur privé de l’industrie agro-alimentaire, largement responsables des émissions de gaz à effet de serre liées au système alimentaire”, s’insurge Anne-Laure Sablé de l’ONG contre la faim et pour le développement citée par Novethic.  
En quoi alors tant de désaccords peuvent être versés au compte du passif de l’élection de Donald Trump.
La nature de l’Accord de Paris, son caractère non contraignant et la nécessité partagée par les décideurs internationaux d’annoncer un consensus à tout prix après l’échec de Copenhague portaient probablement les germes de ce qui s’est passé à Marrakech. Un rendez-vous qui alimente les tenants, et ils sont nombreux, de ceux qui pensent qu’il faut arrêter avec les “messes” des CoP et chercher des cadres de travail plus efficaces et moins coûteux.

 


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