Scroll To Top
FLASH
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

A la une / Environnement

3 000 décharges sauvages implantées sur le territoire national

Gestion des déchets : une bombe à retardement

La production de déchets ne cessant d’augmenter, elle pourrait dépasser les 30 millions de tonnes en 2025. ©D. R.

À l'horizon 2020, la ville de San Francisco qui récupère déjà 80% de ses déchets (entre recyclage et compostage) se fixe l'objectif Zéro déchet non recyclé ou composté pour éviter d'utiliser des décharges ou des incinérateurs, très polluants !

Selon les chiffres de l’Agence nationale des Déchets (AND), près de 38% des déchets générés annuellement ne sont pas des matières putrescibles (dégradables) qui, elles, constituent 62,30%. Sur ce total, on dénombre, notamment, 12% de plastiques, 10,26% de textiles, 9,33% de carton et papiers et 3% entre verre et métaux. Le taux de récupération des déchets, du fait que cette activité est dominée par l’informel est difficilement estimable. Mais on sait que 95% des déchets ménagers sont mis en décharge. Les efforts consentis sur le plan réglementaire n’ont pas été traduits par un projet réaliste et mobilisateur pour créer un marché des matériaux recyclables et soulager les différents sites d’entreposage.En effet près de quinze ans après la promulgation des textes censés encadrer les filières de récupération et de recyclage, dans le double but de promouvoir une gestion rationnelle des déchets et de valoriser des gisements économiques dormants, l’informel et les initiatives individuelles dominent dans le secteur.

Un état des lieux préoccupant
Sous le double effet de la démographie et de la croissance économique la production de déchets ne cesse d’augmenter. Ces quantités pourraient dépasser les 30 millions de tonnes en 2025 (10,3 millions en 2010-AND) si aucune politique de prévention n’est mise en œuvre et les mêmes tendances macroéconomiques se prolongent dans les années qui viennent (La gestion des déchets municipaux en Algérie : Analyse prospective et éléments d'efficacité Brahim Djemaci-2012). Les moyens humains sont en régression, le nombre d’agents est passé de 1 pour 500 habitants en 1980, à 1 pour 1500 habitants en 2005 (MATE, 2005). À cette contrainte majeure, s’ajoute la sous-qualification des agents affectés à la gestion des déchets. Sur un effectif total au niveau national de 20 000 agents, le taux de qualification des agents ne dépasse pas les 4% dans les villes moyennes et se situe entre 7 et 10 % dans les grandes villes (MATE, 2004).
Selon une enquête réalisée par les services de ministère de l’Environnement, il existe plus de 3000 décharges sauvages implantées sur le territoire national.
Un cadre de l’AND considère que la situation est désespérante : “Chaque responsable qui vient croit résoudre le problème du ramassage et de l'élimination des déchets par l’annonce de mesures choc sans lendemain. Avant, la panacée c'était les Centres d'enfouissement technique (CET), ensuite ce sont les incinérateurs à installer dans les 48 wilayas du pays et dernièrement, pour la wilaya d’Alger, c’est le concours du rail pour le simple hasard qu’un projet de ligne ferroviaire de voyageurs (Birtouta-Zeralda) passe non loin du CET de Hamici. À force de réponses populistes et de conjoncture, le programme national de gestion intégrée des déchets municipaux (Progdem) et le programme national de gestion des déchets spéciaux (Pnagdes), pour lesquels “on a déboursé des millions en devises”, se retrouvent passés à la trappe, ajoute notre interlocuteur.

De nombreux projets en attente
Le plan quinquennal 2010-2014, forts de ces deux programmes, a doté le chapitre de l'environnement et de l'aménagement du territoire de pas moins de 6,7 milliards de dollars. Pour la gestion des déchets, il était prévu la construction de 300 CET et la confection de schémas directeurs de gestion des déchets ménagers, industriels et hospitaliers, l'introduction du tri sélectif et du recyclage des déchets, la réalisation de deux CET pour des déchets industriels spéciaux, dans les wilaya de Sidi Bel-Abbès et Tébessa, la réalisation de laboratoires de contrôle de la qualité de l'air et du littoral, la mise en place d'incinérateurs, le montage de projets dits Mécanisme de développement propre(MDP, coopération entre l'Algérie, la France et l'Allemagne pour capter les gaz à effet de serre dans les décharges), la construction d'une station centrale pour l'élimination des déchets toxiques. En dehors d’opérations pilotes, sans lendemains, l’état des lieux n’a que peu changé.

La gestion des déchets : une affaire de professionnels
Plusieurs pays émergents ou en voie de développement ont vérifié, à leurs dépens, que la gestion des déchets managers dans les grands centres urbains n'est pas simplement une affaire financière et d'addition de moyens.
Pour les experts du domaine, il s'agit du management et du savoir-faire d'une branche de l'économie moderne qui considère que quel que soit le déchet produit, il a d'abord une valeur économique. C'est ainsi que les schémas directeurs mis en place et exécutés dans l'Union européenne permettent de récupérer 39% des déchets produits (50% en Scandinavie). Mais, il y a mieux. À l'horizon 2020, la ville de San Francisco qui récupère déjà 80% de ses déchets (entre recyclage et compostage) se fixe l'objectif Zéro déchet non recyclé ou composté pour éviter d'utiliser des décharges ou des incinérateurs, très polluants !

La bombe des déchets industriels et déchets dangereux
Concernant la gestion des déchets industriels et spéciaux, l'état des lieux n'est guère meilleur. En 2013, l'Agence nationale de balayage des décharges des déchets spéciaux, a recensé 2,5 millions de tonnes de déchets entassés et non traités (parmi lesquels 1,1 million pour les régions de l'Est, 378 000 pour le Centre et 500 000 pour l'Ouest) dont plus de 15 000 tonnes de produits pharmaceutiques avariés. L'agence note qu'en plus des médicaments périmés, ces déchets sont constitués d'énormes quantités d'amiante et de pesticides. Dans un entretien à l'APS en octobre 2103, la ministre de l'Environnement avait souligné la nécessité d'éliminer les déchets industriels et durs restés stockés depuis des années, et qui représentent un danger pour l'environnement et la santé des citoyens. Mme Boudjemaâ a indiqué que “1200 types de pesticides stockés dans la région de Laghouat ont été éliminés pour assainir le site” ainsi que 500 000 tonnes de substances de zinc dans la région de Ghazaouet. Mais cela reste une goutte d'eau dans la mer, selon un cadre dans le domaine, les wilayas d'Alger, de Annaba, Skikda, Tlemcen, Béjaïa, Khenchela, Bordj Bou-Arréridj et Oran “produisent” à elles seules, annuellement, 282 800 tonnes de déchets industriels.  Nous reviendrons dans un prochain numéro sur le cas du stockage de transformateurs contenant des PCB à Laghouat et qui constituent un cas de santé publique (des nappes d’eau sont déjà contaminées).

R. S.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER