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A la une / Environnement

Tourisme durable, écotourisme, tourisme social

La confusion signe l’absence de vision

Riche de sites archéologiques, l’Algérie peut s’ouvrir au tourisme. © D.R.

Dans cet article, il ne sera pas question du problème du foncier, de l’empiétement quasi général sur les zones d’expansion touristique (ZET), du manque de qualification des agences de voyages, du manque de lits, de la politique de la valorisation des hammams, de l’accueil catastrophique dans nos aéroports et nos hôtels, du problème de transport interrégions et dans les régions elles-mêmes ou encore de l’insécurité non prise en compte par des responsables pour ne pas déroger aux “certitudes” officielles.

En janvier 2015, au forum de Liberté, Saïd Boukhelifa, expert conseiller, n’a pas mâché ses mots : “Depuis 1981, le tourisme algérien est plongé dans un marasme, car il y a une absence totale d'une stratégie nationale sérieuse pour faire évoluer ce secteur.” Le mal n’est pas uniquement dans le manque d’infrastructures propres au secteur, mais dans l’absence d’une stratégie adossée à une politique qui ambitionne de promouvoir le secteur. Jusque-là, la promotion du tourisme, et ce n’est pas Amar Ghoul qui va nous démentir, est convoquée, comme le souligne Athmane Sahnoune, ancien directeur général de l'Office national du tourisme (ONT) : “À chaque crise pétrolière, les autorités publiques font la promesse de relancer le secteur du tourisme et de l'agriculture. Une fois que la situation s'améliore, les promesses partent aux oubliettes.” Tout est dit.

La preuve par Ghoul
Depuis son installation, Amar Ghoul, ministre de l’Aménagement du territoire, du Tourisme et de l’Artisanat, répète, à chaque halte, que “le nouveau programme arrêté pour relancer le secteur du tourisme s’inscrit dans un objectif alternatif à celui des hydrocarbures”. Ce plan est loin d’être connu de l’opinion publique pour la simple raison que lui-même, en répondant à une question d’un membre du Conseil de la nation sur le retard dans ce secteur, déclarait vouloir “combler les lacunes et remédier aux dysfonctionnements enregistrés pour tracer un nouveau plan”. Ce plan est donc, au mieux, à l’étude. Dans cet article, il ne sera pas question du problème du foncier, de l’empiétement quasi général sur les zones d’expansion touristique (ZET), du manque de qualification des agences de voyages, du manque de lits, de la politique de la valorisation des hammams, de l’accueil catastrophique dans nos aéroports et nos hôtels, du problème de transport interrégions et dans les régions elles-mêmes ou encore de l’insécurité non prise en compte par des responsables pour ne pas déroger aux “certitudes” officielles. Passons aussi sur la période où le pétrole à 120 dollars permettait tout, y compris la spécialisation du ministère du Tourisme dans la promotion de la omra ; c'est-à-dire un transfert de devises en lieu et place de leur captage.
Il s’agira plus de se pencher sur la cacophonie induite dans un premier temps par la marginalisation du secteur dans les temps des vaches grasses et maintenant objet d’un activisme officiel qui veut faire croire qu’il est possible d’engranger des bénéfices par le simple fait qu’on annonce vouloir se tourner vers ces secteurs en usant d’un habillage en phase avec l’air du temps ; tourisme durable, écotourisme… En tout cas, la première réponse est venue de la loi de finances 2016. “Un budget de 4 177 881 000 DA a été consacré au fonctionnement du secteur de l'aménagement du territoire, du tourisme et de l'artisanat dans la loi de finances 2016, soit une baisse de 34,32% par rapport à la loi de finances complémentaire (LFC) 2015” (apn.dz).
Il faudra ajouter une précision : c’est le secteur qui a subi la plus forte baisse avec son homologue de… l’agriculture. Il y a donc au moins une conclusion à tirer. Malgré tous les discours, il n’y a aucune volonté pour faire subir au secteur du tourisme une mutation dans le sens de l’innovation et de la durabilité ; une telle opération nécessite au moins des études et un déploiement qui ne peuvent être matérialisés dans une coupe sombre de plus du tiers de son budget, inflation et dévaluations non prises en compte. Une autre indication que le secteur continue à être géré “comme avant” est donnée par les multiples déclarations du ministre de tutelle. Pour lui, les infrastructures, entendre hôtels, qui rentreront en activité en 2016 et 2017 vont faire de l’Algérie une destination attractive pour peu que l’on sache la “vendre”. C’est difficile de croire à une telle “utopie”, alors que des offres autrement plus attrayantes foisonnent tout autour de la Méditerranée, avec un meilleur savoir-faire, un meilleur accueil, de moins encombrants désagréments sécuritaires, sans parler de la bigoterie ambiante qui fait que tout le monde, y compris dans son accoutrement vestimentaire, doit être à l’image de notre enfermement.

Pourtant un plan existe
Devant autant d’incohérences, les cadres du secteur ne savent plus à quel saint se vouer. Il était entendu depuis son adoption en 2010 que le schéma directeur d’aménagement touristique (SDAT) 2030 est la feuille de route de l'État pour le développement du secteur.
Le SDAT 2030 est une composante du schéma national de l’aménagement du territoire (SNAT) qui décline comment l’État s’investit dans un cadre de développement durable qui respecte l’équité sociale, l’efficacité économique et la prise en compte de la dimension écologique pour les vingt ans à venir (2030) sur tout le territoire national. Pour les rédacteurs du SDAT, l’Algérie est dotée de ressources naturelles exceptionnelles pour, d’une part, faire graduellement du pays une destination recherchée, mais aussi encourager une partie des autochtones à (re)découvrir leur pays, qu’ils soient résidents ou non. Pour cela il faut miser sur la durabilité qui inclut au moins la diffusion d’une culture touristique (largement érodée), la valorisation des patrimoines territoriaux, l’association des populations locales et le respect de l’environnement. Quand on dote une wilaya d’un potentiel d’hébergement, c’est bien, mais pour attirer des touristes d’autres wilayas ou de l’étranger il faut au moins une volonté et un savoir-faire. Le complexe de Tikjda (CNSLT) à Bouira est un exemple type d’un gâchis.
Entouré de paysages magnifiques, d’une capacité d’accueil de 450 lits, il est vide à longueur d’année quand il n’accueille pas une délégation officielle prise en charge par l’argent public que la direction du site peine à recouvrer. Même les réveillons n’attirent plus personne depuis que la gazouze et l’eau minérale sont les seuls breuvages tolérés, alors que les citoyens défiaient les menaces terroristes on s’y rendant jusqu’à son incendie dans les années 90.
La logique dicte que la valorisation d’un territoire passe d’abord par la revalorisation de son patrimoine culturel, historique et immatériel, c’est le sens même du tourisme. Mais si tout doit se faire aux normes de l’idéologie dominante, personne n’est dupe pour aller dépenser son argent à l’ombre du travestissement de l’authenticité de notre histoire et sous la coupe des vigiles de la morale. Par contre, personne ne peut croire que le pays est en position de disputer une place sur les plages du pourtour de la Méditerranée ; le rush des Algériens eux-mêmes sur les sables d’Espagne et de Tunisie est suffisamment révélateur.
Dans ces conditions, le discours qui consiste à évoquer les notions de tourisme durable, d’écotourisme ou de tourisme social n’est qu’une manière d’éviter d’affronter les vraies causes qui font de notre pays une destination absente des radars des tour-opérateurs et des citoyens algériens en mesure de se payer quelques jours de loisirs des abonnés à l’“ailleurs”.


R. S.


 


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