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A la une / Environnement

Intoxication au monoxyde de carbone

La contrefaçon et la précarisation alourdissent le bilan

Chaque hiver, de nombreux cas d’intoxication au monoxyde de carbone sont enregistrés. © D. R.

En l’absence de statistiques fiables, il est difficile d’imputer la cause de cette hécatombe récurrente à un facteur unique. Mais la circulation de nombreux appareils contrefaits ou tout simplement “montés avec les moyens du bord” n’est pas étrangère au nombre d’accidents.

Les intoxications au monoxyde de carbone (CO) se produisent en général pendant l’hiver. Cette observation est valable dans tous les pays du monde avec des taux qui prennent une courbe ascendante avec la rigueur de la saison froide à cause du recours plus important aux appareils ou dispositifs à combustion pour se garder au chaud. L’hiver 2017, qui n’en est pas encore à sa fin, est en passe de battre des records en matière d’accidents ayant conduit à l’intoxication et parfois à la mort de familles entières. Le froid, les vents forts, les précipitations et la neige qui ont touché la quasi-totalité des régions du pays n’expliquent pas tout. Cette recrudescence est aussi liée à l’usage d’appareils de chauffage défectueux, le manque d’information ou de vigilance et parfois tout simplement la précarisation de nombreuses populations des zones rurales. Depuis le mois de janvier dernier, c’est quotidiennement que la presse rapporte des informations sur des décès causés par l’inhalation de CO. Dans une déclaration à l’APS datée du 9 février, le colonel Farouk Achour, directeur central de la Protection civile, annonce que “depuis le 2 février, 49 personnes sont décédées par asphyxie au monoxyde de carbone émanant des différents appareils de chauffage au niveau national”. Il ajoute que les interventions des agents de la Protection civile ont permis de sauver d'une mort certaine 764 personnes au niveau national (34 à Alger). Les raisons citées qui ont conduit à ces asphyxies au CO sont “la vétusté des appareils de chauffage, l'absence de maintenance et l'inobservation des règles de raccordement, les installations anarchiques, le manque d'aération et l'utilisation d'appareils de qualité médiocre”. Rien d’inévitable en théorie, mais chaque année apporte son lot de drames. On se souvient du bilan catastrophique enregistré entre le 24 et le 25 janvier 2015. Quarante-deux personnes avaient péri en deux jours, asphyxiées, elles aussi, par le CO. Le bilan le plus lourd avait été enregistré dans la wilaya de Mascara avec 28 victimes. Les autres décès sont recensés par la Protection civile durant cette période dans les wilayas de Tipasa, El-Bayadh et Nâama.
En l’absence de statistiques fiables, il est difficile d’imputer la cause de cette hécatombe récurrente à un facteur unique. Mais la circulation de nombreux appareils contrefaits ou tout simplement “montés avec les moyens du bord” n’est pas étrangère au nombre d’accidents. En février 2015, le ministre du Commerce avait évoqué le blocage au port d’Alger de 18 containers contenant des appareils de chauffage défectueux (non conformes aux normes de sécurité). Mieux ou pire, c’est selon, une enquête menée par le ministère du Commerce sur les appareils de chauffage à gaz réalisée entre décembre 2014 et mars 2015 sur 158 échantillons d'appareils importés ou fabriqués localement conclut à la non-conformité de 155 d’entre eux (plus de 97%). Un nouveau dispositif juridique a été introduit en 2016 mais son efficacité est toute relative dans un marché dominé par la corruption et l’informel. C’est un peu comme les lampes “basse consommation” écoulées par les petits vendeurs et qui n’ont de basse consommation que l’imitation de la forme. Dans les causes, il y a sûrement la précarisation et le manque d’information qui font que beaucoup recourent à des dispositifs artisanaux en “bouchant” de surcroît les aérations pour se réchauffer plus rapidement. C’est probablement ce qui est arrivé à ce boulanger et son fils, le 29 octobre 2016, à Chaâbet El-Ameur (Boumerdès), qui ont laissé un fourneau allumé qui leur servait pour sécher la pâte. Liberté du 24 janvier rapportait cette information dans un article qui recensait les victimes de CO titrait : “48 personnes victimes du monoxyde de carbone”.

Pollution de l’air extérieur et effet de serre
La combustion normale d’un combustible carboné (bois, charbon, gaz naturel, gaz butane, mazout de chauffage) libère du CO2. C’est un gaz à effet de serre (GES) qui n’est pas un polluant toxique ou vénéneux. Lorsque l’apport d’oxygène est insuffisant dans la combustion (on parle de combustion incomplète), il y a formation de monoxyde de carbone (CO). Le CO est un gaz incolore, inodore et très toxique, il est d’ailleurs surnommé “le tueur silencieux”. Il représente un enjeu sanitaire dans la pollution de l’air intérieur (habitations, écoles, bureaux). Ses faibles concentrations dans l’air ambiant extérieur ne constituent pas un danger direct pour la santé humaine sauf dans des situations de mauvaise ventilation (embouteillages dans les tunnels, moteurs au ralenti dans les parkings…). Les émissions et concentrations de ce polluant ont fortement baissé avec le développement des normes environnementales dans le transport routier. Actuellement, le résidentiel tertiaire et l’industrie sont responsables des trois quarts des émissions dans ce domaine.
Mais ici aussi, selon le niveau d’exposition, il peut provoquer des vertiges ou des maux de tête, des problèmes cardiovasculaires ou neurologiques, des comas ou la mort dans le cas de sévères expositions. Le monoxyde de carbone n'est pas un véritable GES. Toutefois, il influe sur le pouvoir d'oxydation de l'atmosphère terrestre (air, eau, sol) et contribue à augmenter les concentrations de méthane et d'oxydes nitreux qui sont, eux, des GES. “Le brûlage des savanes herbeuses comme mode de gestion du bétail et des pâturages est peut-être la source la plus importante de monoxyde de carbone” (Fonds des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture). En effet, les combustions lentes et incomplètes dégagent des quantités plus importantes de CO qu'un brûlage vif et rapide.

Prévenir les séismes ?
Actuellement, des articles scientifiques suggèrent qu’il serait possible de prévenir les séismes (quelques jours ou quelques heures avant la survenue) grâce à des nuages de monoxyde de carbone qui précéderaient la catastrophe. Cette “théorie” est au stade de polémique. Le 27 février 2016, la faille de San Andreas en Californie (1300 km) a libéré des quantités sans précédent de monoxyde de carbone dans l’atmosphère, le long de la côte ouest des États-Unis. Il n’y a pas eu de séisme majeur par la suite. Par contre, les scientifiques cherchent à savoir si le CO fuit également dans le Pacifique (prolongement de cette faille), ce qui pourrait expliquer les nombreuses mortalités dans la vie marine qui affecte la côte ouest des USA.


R. S.

 


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