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A la une / Environnement

Ampleur des incendies de forêt

Les politiques publiques en question

Les incendies ont causé des dégâts importants. © D.R

Il n’est pas normal que les points d’éclosion de grands feux reviennent à intervalles réguliers.
Dans un communiqué rendu public le 14 juillet 2017, le ministère de la Défense nationale informait que “suite aux incendies qui se sont déclarés dans différentes forêts à travers le pays… des détachements de l’Armée nationale populaire ont été dépêchés, les 12 et 13 juillet 2017, pour prêter main-forte aux services de la Protection civile et la direction des forêts dans les wilayas de Tizi Ouzou, Blida, Médéa, Tlemcen, Rélizane et Jijel…”.
En effet, à l’échelle du pays, la direction générale des forêts (DGF) recensait lors de cette semaine caniculaire pas moins de 3 000 hectares parcourus par les flammes (forêts, maquis, vergers…) et dix-sept wilayas ont enregistré des incendies. Tizi Ouzou et Médéa ont été particulièrement touchées par cette catastrophe. Au-delà des drames humains subis par des populations non préparées à l’ampleur des sinistres et des réactions de colère légitimes, sur place ou à travers les réseaux sociaux, il faut bien quitter ce registre de l’émotion (compréhensible) pour espérer, non pas trouver la clé du sésame à des phénomènes qui restent malgré tout le produit de la nature et de notre environnement mais de poser les jalons d’une réponse collective qui atténue les causes anthropiques qui aggravent leur survenue et leur résurgence. L’année dernière, entre le 1er juin et le 10 juillet, les feux ont parcouru 2 252 hectares dont  675 ha de forêts, 451 ha de maquis et 1 126 ha de broussailles pour 173 foyers d'incendies enregistrés dans 28 wilayas (sur les 40 concernées par la surveillance), selon la même DGF. Durant le week-end du 21 au 23 juillet plus de 300 hectares de végétation ont brûlé dans les massifs forestiers de la wilaya de Béjaïa et d’autres incendies ravageurs ont touché les wilayas de Boumerdès et Sidi Bel-Abbès.
Dans tout le pourtour méditerranéen, contrairement à ce qu’on peut entendre çà et là, les années noires de grands feux ne relèvent pas d’un phénomène nouveau ; c’est des scénarios sans cesse répétés. Notre pays n’est pas une exception.
Dans une remarquable compilation et études Les grands incendies de forêt en Algérie : problèmes humains et politiques publiques dans la gestion des risques, Ouahiba Meddour-Sahar et Christine Bouisset notent que l’examen des statistiques démontre non seulement qu’autrefois les boisements brûlaient aussi, mais encore que les superficies parcourues étaient légèrement supérieures à celles d’aujourd’hui, dans les limites de la comparabilité des données. Cependant, la pression démographique et l’interpénétration croissante des espaces forestiers et de l’habitat font que les enjeux s’accroissent considérablement. “La fréquence des mises à feu n’a cessé d’augmenter à travers le temps, avec un nombre annuel de feux quatre fois plus élevé que pendant la période coloniale, dépassant pour les trois dernières années 3 500 feux/an.” Dans le contexte du bassin méditerranéen, l’Algérie est l’un des pays où le problème des feux de forêt doit être pris en rapport avec le modeste tissu végétal car “si en valeur absolue les superficies brûlées restent relativement modestes au regard d’autres pays du pourtour méditerranéen, la rareté des forêts et les menaces de désertification font que ces incendies ont un impact particulièrement désastreux”. L’Algérie ne possède que 4,1 millions d’hectares de forêts, soit un taux de boisement de 1,76 %. Or, la fréquence rapprochée des incendies qui se suivent avec un intervalle de retour de moins de 10 ans a un impact catastrophique sur le plan écologique. “L’analyse des feux passés, dans les 40 wilayas de l’Algérie du Nord, la plus boisée, fait en effet ressortir que durant la période 1985-2010, l’Algérie a enregistré 42 555 feux qui ont parcouru une superficie forestière totale de 910 640 hectares.” Énorme !
Au cours des trente dernières années (1985-2012), les années 1993, 1994, 2000, 2007 et 2012 sont considérées comme les plus catastrophiques. “Si on remonte dans le temps, les bilans catastrophiques, de plus de 100 000 ha/an (exceptionnellement de plus de 150 000, voire 200 000 ha), en 1881, 1892, 1894, 1902, 1913, 1919, 1956, 1957 et 1958, marquent des années noires qui coïncident en général avec des époques troubles (insurrections, période de guerre)”. Les feux chez nous ne sont pas un épiphénomène mais a-t-on adapté les moyens de la réponse ?

Ce n’est pas les causes qui manquent
Tous les spécialistes savent que la protection du tissu végétal est d’abord tributaire d’une politique de prévention. Les moyens d’intervention limitent les impacts à condition que le volet préventif permette des alertes rapides et des aménagements territoriaux adéquats pour des interventions efficaces. Il n’est pas normal que les points d’éclosion de grands feux reviennent à intervalles réguliers.
“Dans la forêt domaniale de l’Akfadou (wilaya de Tizi Ouzou), par exemple, des grands feux ont éclos au djebel Affroun en 1987 et 1999, à Ighil Boukiassa en 1992 et 1993, et enfin à Igguersafen en 1993, 1994 et 1999 sans que cela suscite d’investigations. Un grand incendie peut donc repasser au même endroit à quelques années d’intervalle, voire en deux années consécutives, en toute ‘impunité’. On ne tire, semble t-il, aucune leçon du passé, encore moins de mesure préventive anti-incendie : il n’y a aucun retour d’expérience”.
En tout cas, les changements climatiques souvent mis en avant par une certaine opinion ne sont pas la cause principale. Par contre, l’influence du processus de désertification des Hauts-Plateaux sur l’accentuation du climat caniculaire au nord par la formation de voiles de poussières (effet de serre) est un facteur favorisant les déclenchements et la propagation des feux. D’autant que la hausse du mercure et l’intensification des sécheresses s’accompagnent d’autres phénomènes aggravants liés à l’aménagement du territoire. On peut citer l’anarchie et l’étalement urbains ; depuis le début des années 80, la croissance des villes s’est faite par le développement périphérique qui a augmenté considérablement  le nombre d’habitants en prise directe avec la forêt. “Chaque année, environ 500 000 hectares sont détruits par les feux de forêts méditerranéennes, dont 90 % sont d’origine humaine et démarrent dans ces interfaces”, souligne un rapport de l’Irstea (Institut de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture-France) qui ajoute que “l’interface entre habitat et forêt est un enjeu clé”. Ce n’est aussi un secret pour personne que des lobbies d’affairistes sont derrière des mises à feu délibérées pour obtenir un changement du statut foncier de localités entières. À cela s’ajoutent les causes accidentelles (mégots de cigarettes, incinération d’ordures ou de détritus ….) aggravées par un incivisme “général”. Dans tous les cas, on ne peut limiter les dégâts que par une politique de prévention qui englobe la limitation de l’étalement urbain, favorise les coupures de combustible par le brûlage préventif, le débroussaillage et la  sensibilisation des citoyens. L’autre pilier de cette prévention et de favoriser la lutte contre les feux naissants. Dans ce domaine, les techniques ne font pas défaut mais il faut que les politiques publiques quittent “le caractère de l’urgence” pour s’inscrire dans “l’effort durable”. Nous avons écrit dans un article consacré à ce sujet : “La disparition programmée de nombreux bois par la reconvention des terres (agriculture, urbanisation…) ou les feux à répétition dictent l’élaboration d’une stratégie sérieuse qui implique tous les segments de la société allant de la sensibilisation, la prévention et les moyens de lutte, en passant par la recherche, la mise à niveau des infrastructures et de la législation.” Sinon “les grands incendies deviennent des phénomènes réguliers, toujours plus menaçants, qui questionnent directement les modes d’occupation de l’espace et le rapport des populations à l’environnement naturel immédiat”.


R. S.

 


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