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A la une / Environnement

Conférence nationale sur le changement climatique

L’incontournable péril du stress hydrique

Les ressources en eau douce de la région du sud de la Méditerranée devraient régresser de plus de 50% d’ici 2050. ©D. R.

Plusieurs intervenants lors des travaux de la Conférence nationale sur les changements climatiques, tenue à Alger le 5 octobre dernier,se sont penchés sur la question de l’eau.

Ces spécialistes estiment que tous les pays de l’Afrique du Nord sont contraints à des politiques rigoureuses d’utilisation et de gestion de la ressource hydrique face à une inquiétante tendance à la baisse des précipitations. Conséquemment, il faudra aussi faire avec la raréfaction des sols fertiles et la sécheresse. Tabet Mahi, de l’université d’Oran, note que la réduction des précipitations est de 15% entre 1926 et 2006 en plus des perturbations des régimes pluviométriques.
Sur cette baisse dramatique des ressources en eau, un rapport publié en juillet 2014 lors de la conférence de Barcelone est encore plus explicite. “Les faibles ressources en eau douce de la région du sud de la Méditerranée ont diminué de deux tiers au cours des 40 dernières années et devraient régresser de plus de 50% d’ici 2050”, est-il mentionné dans ce document ayant trait à la sécurité alimentaire dans les régions du sud et de l’est de la Méditerranée.

Anticiper pour s’adapter
Nous sommes devant un phénomène que seules des politiques publiques empreintes d’anticipation d’adaptation peuvent atténuer. L’agriculture algérienne absorbe 70% des ressources hydriques disponibles. Pour Omar Bessaoud, enseignant chercheur au Centre international des hautes études agricoles en Méditerranée (CIHEAM), les modèles agricoles maghrébins sont des modèles qui encouragent l’intensification des ressources, alors que les changements climatiques, de plus en plus sévères, affectent particulièrement le secteur agricole. Pour lui, sur toute l’Afrique du Nord, la pression démographique et la faible surface agricole (23 millions d’hectares : 8,5 pour l’Algérie, 9,5 pour le Maroc et 5 pour la Tunisie-1/3 de son territoire) doivent inciter à une croissance plus modérée de l’agriculture et le développement d’autres activités en milieu rural. “Des politiques intensives vont à contre-courant du développement durable”, a-t-il ajouté.
Un autre problème et non des moindres est l’accentuation de l’envasement des barrages et l’évaporation dans toutes les retenues d’eau (lacs…). Les changements climatiques ont un effet direct sur l’évaporation des lacs et des barrages, la hauteur perdue des réservoirs des barrages est de l’ordre d’un mètre dans le nord et de 2 m dans le sud algérien (Boualem Rémini, expert en hydraulique, université de Tlemcen). Il ajoute que dans le volet envasement, l’on enregistre actuellement 45 millions de mètres cubes/an. Ce chiffre sera revu à la hausse dans les années à venir pour le même nombre de barrages. En effet la quantité de terre érodée augmentera suite aux crues dévastatrices qui ruisselleront sur des sols secs et disséqués à cause de la fréquence des phénomènes climatiques extrêmes. Le taux d’envasement a pratiquement doublé en 20 ans d’exploitation, il est appelé à augmenter.
Selon une étude publiée en 2015 (ipemed.coop), les potentialités en eau du pays, très inégalement réparties, sont estimées à 18 milliards de m3/an. 12,5 milliards de m3/an dans les régions Nord dont 10 milliards en écoulements superficiels et 2,5 milliards en ressources souterraines (renouvelables). 5,5 milliards de m3/an dans les régions sahariennes dont 0,5 milliard en écoulements superficiels et 5 milliards en ressources souterraines (fossiles). Le volume des ressources renouvelables qui est appelé à diminuer est largement dans le seuil critique.
Perspective pessimiste, mais quatre grandes raisons justifient une menace à moyen terme quant à la disponibilité de l’eau ; l’environnement nord-africain classé parmi les plus sensibles au réchauffement climatique, l’urbanisation accélérée avec un étalement urbain insoutenable, la démographie et la faiblesse de la gestion de la demande.

Le gouvernement australien au secours du magnat indien de l’énergie Adani
Le 5 août dernier, la justice australienne a signifié la suspension du projet d’exploitation de deux mines de charbon du Galilee Bassin dans l’État du Queensland conduit par un consortium indien GVK avec à sa tête le milliardaire Adani. Lancé en 2014 avec plus de 11 milliards d’euros (16,8 milliards de dollars australiens) d’investissement, cette exploitation générera 3,7 milliards de tonnes équivalent-CO2 durant les 30 années de sa durée de vie. Cela représente 125 millions de tonnes par an, soit l’équivalent des émissions d’un pays comme la Belgique. L'Australie elle-même a émis 402 millions de tonnes de CO2 en 2010.

Les banques se désistent
Dans la foulée de la décision de la justice australienne, trois grandes banques françaises annoncent leur non participation au financement de ce vaste projet minier. La Société Générale, BNP Paribas et le Crédit Agricole se sont engagés à ne financer aucun des projets de mines de charbon et d'infrastructures associées dans l'État du Queensland. Elles rejoignent à ce sujet Deutsche Bank, l’allemande, et les américaines Citigroup, Goldman Sachs et JPMorgan Chase. Le double argument de la lutte contre le changement climatique et de la protection de la Grande barrière de corail (la plus importante au monde) s’est révélé suffisamment persuasif pour qu’un grand nombre de banques et d’établissements financiers s’engagent à se tenir à l’écart du projet d’extension d’Abbot Point. Mais la première fortune indienne, avant Lakshmi Mittal, le bien connu magnat de l’acier qui ne vient qu’en 5e position, ne désarme pas. L'industriel s'est déclaré parfaitement indifférent à la décision de ces banques.
Les réticences des banques européennes et nord-américaines ne découragent pas tout le monde. Des banques indiennes et asiatiques, tentent de venir à la rescousse. C’est ainsi qu’Adani a annoncé un prêt d’un milliard de dollars US de la State Bank of India (SBI), une pétition en ligne contre l’investissement de la SBI avait recueilli un million de signatures ; le montage est tombé à l’eau. C’est dire que la bataille est encore rude.

Le gouvernement à la rescousse
En fin de compte, la principale source de soutien aux grands projets charbonniers du Bassin de Galilée reste les pouvoirs publics australiens. Alors que le gouvernement conservateur affichait son aversion pour l’interventionnisme de l’État dans l’économie, il est contraint d’annoncer des facilités pour la poursuite du projet, allant jusqu’à prendre des participations et de prendre en charge des infrastructures attenantes au projet. C’est le moment que choisit la presse australienne pour révéler les manipulations financières douteuses et l’usage intensif des paradis fiscaux du magnat indien. La puissance du lobby du charbon n’est plus à démontrer. La mobilisation en faveur du climat et de l’environnement est-elle à même d’inverser la tendance ? Attendons pour voir.
Sur un autre plan, cette tentative de sauvetage par les autorités australiennes rappelle, toutes proportions gardées, les multiples aides du gouvernement algérien pour sauver l’autre milliardaire indien, Lakshmi, dans la gestion du complexe d’El-Hadjar. À part que le gouvernement australien, ouvertement climato-septique, qui tente de sauver un investissement de plus de 16 milliards de dollars, n’est pas seul à la manœuvre. La garantie des libertés publiques permet aux syndicats et aux associations de défendre leurs visions et leurs revendications, et une justice indépendante offre à tous les contribuables le droit et les moyens de porter les conflits à l’arbitrage.

R. S.


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