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A la une / Environnement

Produits pharmaceutiques périmés

Menace sur l’environnement et la santé publique

Composés de principes actifs et de substances toxiques, les médicaments périmés doivent absolument être incinérés. © D. R.

L’Agence nationale de balayage des décharges de déchets spéciaux estime que les déchets industriels stockés et non traités dépassent 2,5 millions de tonnes, dont plus de 15 000 t de produits pharmaceutiques périmés.

À l'occasion du 10e Salon de l'industrie pharmaceutique et parapharmaceutique qui s’est tenu à Alger du 18 au 20 février dernier, la question de la gestion des produits pharmaceutiques périmés a été remise à l’ordre du jour. Les sujets ayant trait à l’industrie pharmaceutique, à la production et à l’importation de médicaments sont, eux, récurrents dans la presse nationale (pénuries, génériques, parts de marché et depuis quelque temps contrefaçon…). Autant ces produits sont indispensables pour la santé en général, autant la maîtrise de leur “cycle de vie” est primordiale pour les mêmes raisons.  Comme toute marchandise, les médicaments sont périssables, et des procédures rigoureuses de leur élimination doivent être déployées pour s’assurer que les principes actifs ainsi que les nombreuses substances toxiques qu’ils contiennent ne se propagent pas dans l’environnement. Farid Yaker, expert de l’ONU, lors d’une conférence sur “le rôle des Nations unies et des organisations de la société civile dans la mise en place de réglementations et de pratiques favorables à l'environnement dans le domaine pharmaceutique”, a mis en garde, à l’occasion de ce salon, “contre les dangers des déchets pharmaceutiques sur l'environnement et la santé humaine.”

État des lieux
L’Agence nationale de balayage des décharges de déchets spéciaux estime que les déchets industriels stockés et non traités dépassent 2,5 millions de tonnes, dont plus de 15 000 t de produits pharmaceutiques périmés. Dans ce dernier domaine, malgré le plan national de gestion de déchets privés mis en œuvre par le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement (MATE) en 2002, le niveau des quantités entassées en attente de traitement ne cesse de grandir. Un cadre du ministère des Ressources en eaux et de l’Environnement nous indique que les chiffres rendus publics sur les quantités de déchets spéciaux en attente d’élimination sont loin de refléter la réalité. Ils datent d’une enquête pilotée par “la direction générale de l’environnement entamée en 2004 en vue d’un cadastre du phénomène que les autorités en charge n’ont pu mener jusqu’au bout.” C’est ce que corrobore un opérateur dans le secteur de l’incinération, Abdelbaki Belfar, dans le site d’information économique, l’econews.
Pour lui, “l’Algérie possède un grand stock de médicaments périmés qui gisent sur des milliers de mètres carrés… Les responsables principaux de ces déchets sont les grands laboratoires pharmaceutiques qui génèrent et stockent des quantités énormes de résidus toxiques”, ajoutant qu’“il faut savoir que tous les types de médicaments périmés doivent être incinérés. Malheureusement, cette opération ne se fait pas en Algérie par manque de temps et d’établissements spécialisés. Il faut être logique, les quatre établissements (existants) ne peuvent pas incinérer 150 t e déchet annuellement.”Au plan réglementaire, cette catégorie de déchets est régie par le décret exécutif n°03-477 du 9 décembre 2003 fixant les modalités et les procédures d’élaboration, de publication et de révision du plan national de gestion des déchets spéciaux (section 3 pour les déchets toxiques). Le Plan national de gestion des déchets spéciaux  PNAGDES, institué par la loi 01/19 du 12 décembre 2001, a été élaboré suite à la contribution de la Commission européenne à travers son programme EC-LIFE3 et du programme METAP4 administré par la Banque mondiale.
Le PNAGDES devait réaliser un cadastre national des déchets spéciaux, un choix des options technologiques concernant les modes de traitement pour les différentes catégories de déchets, une détermination des sites d’emplacement des installations de traitement ainsi que leurs capacités de traitement des déchets et les moyens économiques et financiers nécessaires à leur mise en œuvre. On est loin quinze années après.

Une situation préoccupante
Les opérations ponctuelles ne peuvent venir à bout d’une situation d’entassement qui a duré trop longtemps. L’indigence des moyens a conduit le Snapo (Syndicat national des pharmacies d’officine) à solliciter le groupe Lafarge Algérie – via le MATE – pour procéder à la destruction dans les fours de cette entreprise d’un demi-million de boîtes de vaccin Tamiflu périmées avec un coût “raisonnable”. Pour rappel ce médicament a été importé en grande quantité en 2009 pour vacciner la population contre le virus H1N1 (grippe aviaire), seulement 3% des quantités importées ont été consommées.
Certains industriels se sont équipés d’incinérateurs. Mais ce procédé est déconseillé partout car les déchets ne peuvent pas être traités d’une manière uniforme. La norme est l’acquisition d’un équipement capable de faire d’abord le tri en fonction du degré de dangerosité du déchet. Certains déchets pharmaceutiques sont interdits à l’incinération à cause des risques sur l’environnement, ils nécessitent une autre procédure d’élimination. Pour Farid Yaker, la problématique doit être appréhendée dans son ensemble, investir dans des installations pour la limitation des émissions, amener les industriels pour mettre en place des systèmes de filtrage pour limiter le rejet de substances nocives. Des études ont montré que des antibiotiques, des hormones, des antiparasitaires… se retrouvent dans les milieux aquatiques, ce qui constitue une menace directe sur l’eau potable.

Qu’en est-il des déchets hospitaliers ?
La situation qui prévaut dans le domaine de la gestion des médicaments périmés est pratiquement la même dans les déchets de soins hospitaliers. La précipitation dans laquelle a été acquis l’incinérateur de Kouba (hôpital) est symptomatique d’une situation qui échappe à l’administration centrale ; le conflit entre l’ex-MATE et le ministère de la Santé publique à ce sujet est révélateur.
Même “boycotté” par les autres hôpitaux de la capitale, les fumées qu’il dégage deux ans après sa mise en service seraient plus nocives que les déchets restés en l’état solide selon les spécialistes de la filière incinération. Les autres hôpitaux ont opté pour des “banaliseurs” qui en principe permettent de stériliser les déchets pour les mettre ensuite dans les centres d’enfouissement technique. Nous reviendrons sur cette question de santé publique dans un prochain article en y incluant les cliniques privées.


R. S.


 


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