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A la une / Environnement

Promotion des emplois verts

OIT : mondialisation, révolution numérique et contraintes climatiques

© D.R.

Du 30 mai au 10 juin 2016, les délégations tripartites (gouvernements-syndicats-patronats)  des 187 États membres de l’Organisation internationale du travail (OIT) se sont retrouvées à Genève pour la 105e  réunion annuelle de l'Organisation.  

Dans le sillage du programme des emplois verts lancé par l’organisation mondiale, en 2008 et à la veille de la CoP21, à Paris,  le Conseil d’administration de l’OIT, dans sa réunion du 5 novembre, a adopté des Principes directeurs pour une transition juste vers des économies et des sociétés écologiquement durables pour tous, le but étant de “permettre aux gouvernements, aux travailleurs et aux employeurs du monde entier de tirer le meilleur du processus de changement structurel vers une économie plus verte, à faibles émissions de carbone, de créer des emplois décents à grande échelle et de promouvoir la protection sociale”. À cette occasion, Cyril Cosme, le directeur du bureau de l’OIT pour la France, a notamment déclaré que “la transition vers une économie verte représente un gain net potentiel compris entre 15 et 60 millions de postes de travail au niveau mondial. À l’appui, les résultats de l’économie américaine où, en 2010, l'emploi dans les biens et services écologiques représentait 3,1 millions de personnes et il est  aussi en hausse constante. Le Brésil, quant à lui, recensait 2,9 millions d'emplois verts pour la même période.

Emplois verts et inclusion sociale
L'OIT qui estime que la perte d’emploi dans les pays développés ne devait affecter que 1% de la main d’œuvre, table  sur des gains nets d'emploi plus élevés dans les pays émergents et en développement. À la condition que “les populations soient formées et que les gouvernements concernés bénéficient d'une aide technique ou financière”.
À titre d’illustration, le programme des emplois lancé en 2008, inclut “une augmentation de 20% de l'efficacité énergétique” mais il  se heurte au manque de potentiel humain pour sa mise en œuvre. Cette difficulté est largement vérifiable dans notre pays. Une vingtaine de pays bénéficient de l’appui de l’OIT, la Tunisie et le Maroc s’apprêtent à rejoindre ce club.
Lors de cette 105e session qui s’est achevé le 10 juin, le constat est fait que le travail se transforme à un rythme jamais atteint auparavant. Les objectifs de promouvoir des règles environnementales concernant des industries, l’impératif de préserver les travailleurs des conséquences néfastes du changement climatique, de la restructuration de l’économie et des contraintes en matière de ressources, les politiques garantissant une bonne gestion des ajustements liés à l’écologisation sont au centre des enjeux  de l’heure aux côtés des traditionnels mécanismes de dialogue social et de la disponibilité des compétences requises pour favoriser l’écologisation de l’économie. L’interconnexion de l’économie mondiale rend parfois difficile ou occulte même les conséquences finales des impacts environnementaux ou autres (positives ou négatives) d’actions qui paraissent isolées ou confinées à des  plans sectoriel ou territorial. À titre d’exemple, les indemnités chômage et les transferts monétaires pour des pêcheurs contribuent à la protection et à l’utilisation durable des ressources naturelles comme la pêche, des formations qualifiantes dans le bâtiment (isolation) participent à une création massive d’emploi, à la préservation de ressources fossiles, à un accès durable à l’énergie et à la diminution des émissions de gaz à effet de serre (GES).  En Allemagne, les syndicats et les organisations patronales ont été à l’origine de l’un des plus grands programmes de rénovation de bâtiments (120 milliards d’euros pour l’amélioration de  l’efficacité énergétique).

De nouvelles normes environnementales et sociales divisent
Le thème phare abordé dans cette réunion annuelle est “Le travail décent dans les chaînes d'approvisionnement mondiales” à l’heure de la révolution numérique, le  développement durable et les problèmes de  migrations (les instruments relatifs aux travailleurs migrants et la migration équitable, sujet de la commission de l’application des normes). La commission mise en place au sujet des chaînes d’approvisionnements  a débouché  sur un mandat  à l'OIT pour approfondir le thème et proposer des mesures concrètes. La chaîne d'approvisionnement concerne la fourniture de produits (matières premières), le processus de fabrication et la distribution. L’effondrement du bâtiment Rana Plaza (Dacca, Bangladesh) en 2013 et des incendies d’usines survenus au Pakistan et au Bangladesh en 2012, qui ont coûté la vie à plus de 1 500 personnes, ont été les déclencheurs de ce débat sur les conditions de travail décentes dans les chaînes d’approvisionnement dans un contexte de mondialisation, les impacts et  les menaces sur les ressources et la planète en général. La recherche d’une norme dans ces chaînes qui emploi 1 personne sur 5 dans le monde n’est pas aisée. Aux questions de délocalisation s’ajoutent la justice sociale, l’exploitation effrénée des ressources naturelles et les défaillances de gouvernance dans plusieurs pays en particulier dans ceux en développement.

Une gouvernance défaillante même en présences de traités ratifiés
Dans la commission mise en place à cet effet, le représentant du gouvernement algérien estime  que “le pays s’emploie à améliorer les indicateurs du travail décent. Bien que le chômage ait sensiblement diminué, l’expansion de l’économie informelle est très préoccupante. Des mesures ont été prises pour faciliter la transition des entités informelles vers l’économie formelle sous la forme notamment d’incitations fiscales et de l’admission des travailleurs opérant dans l’économie informelle au bénéfice d’une protection sociale à condition qu’ils se déclarent volontairement”. Il ajoute que “des sanctions ont été mises en place pour lutter contre les violations de la législation du travail commises par des entreprises. Par exemple, les entreprises contrevenantes peuvent être exclues des appels d’offres publics, ou se voir interdire toute activité d’importation ou d’exportation” (ilo.org/wcmsp5/groups/public/…). Reste que sur le terrain, certaines initiatives n’aboutissent pas quand elles ne sont pas de simples effets d’annonce. Ce qui fait dire au Directeur général de l’OIT, Guy Ryder que  “toutes les parties de cette maison doivent s’associer pour garantir qu’une juste transition vers un avenir durable aura lieu et répondra de manière appropriée aux impératifs du travail décent… Il est temps de passer de la proposition générale relative à la compatibilité du développement durable et de l’emploi à des dispositifs concrets pour la faire advenir”.  Enfin, pour la petite histoire, cette réunion qui a regroupé près de 6000 délégués a vu une participation numérique record de notre pays. En effet, l’Algérie a été présente avec plus d’une centaine de personnes dont seulement 7 syndicalistes de l’UGTA.
La moyenne de présence par pays est d’environ 40 ;  la délégation des  États Unis comprenait 28 membres celle du Danemark 30, du Maroc 40. Il faut noter aussi qu’en marge de cette 105e Conférence de l’OIT, plus de 400 délégués et représentants d’organisations internationales ont signé une pétition de solidarité relative à la régression des syndicats indépendants en Égypte et en Algérie (euromedrights.org/fr).


R. S.

 


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