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A la une / Environnement

Agriculture urbaine

Quelle part pour nourrir la planète ?

Le Ve arrondissement de Marseille compte 243 potagers avec leur cabane à outils. © D.R.

La notion même d’agriculture urbaine regroupe des pratiques différentes selon les latitudes. Dans les pays du Sud et en Afrique particulièrement, elle est un véritable levier pour les politiques de développement humain et de lutte contre la pauvreté en ville.

Au moment où l’Algérie s’échine encore à trouver les paradigmes d’une politique agricole capable au moins de nourrir sa population, le monde développé est dans la recherche d’alternatives à une agriculture intensive et porteuse de risques sur la biodiversité et la santé humaine. En effet, l’homme ne pourra pas continuer à transformer les écosystèmes sans les bouleverser de manière irréversible avec les périls sur la survie de l’espèce elle-même. C’est le problème à résoudre devant une croissance démographique devenue quasi linéaire et l’attrait de la société de consommation. Les projections indiquent qu’en 2050 nous serons 9,5 milliards d’êtres humains concentrés à 80% dans les zones urbaines. Le changement climatique fait de désertification, de phénomènes météorologiques extrêmes, de montée du niveau des mers et la perte de la biodiversité en conséquence de l’usage des produits chimiques et de la standardisation des récoltes sont des facteurs déjà prégnants dans de nombreuses régions. Ils risquent de peser encore plus lourdement sur les rendements et l’apparition de maladies transmissibles à l’homme.

L’agriculture dite urbaine est-elle une des alternatives possibles ?
La notion même d’agriculture urbaine regroupe des pratiques différentes selon les latitudes. Dans les pays du Sud et en Afrique particulièrement, elle est un véritable levier pour les politiques de développement humain et de lutte contre la pauvreté en ville. En Afrique subsaharienne, 40% des ménages urbains ont des activités agricoles en ville, selon la FAO (Food and Agriculture Organization). C’est une activité tirée par un tissu urbain généralement lâche qui favorise une agriculture d’interstice, une paupérisation en milieu urbain et des flux migratoires ville-campagne très rapides. La pratique de l’agriculture dans la ville permet de générer des revenus pour les familles et de subvenir à leurs besoins alimentaires. Contrairement au caractère de mouvement social qu’elle a pris dans les grandes villes des pays riches, en Afrique subsaharienne elle est une véritable économie. Mais paradoxalement, elle est menacée de dépérir à cause de l’explosion immobilière et le manque d’encadrement par des politiques publiques.
En Europe, elle renvoie à des exploitations professionnelles, essentiellement implantées à la périphérie des villes (agriculture périurbaine). En Amérique du Nord, d’apparition récente, la production de légumes et de fruits à l’intérieur des villes bouleverse totalement la donne. Il s’agit de productions agricoles intra-urbaines – toits, bâtiments, jardins productifs... Toutes ces formes de cultures urbaines qui prennent parfois le phénomène de mode contribuent déjà à l’alimentation et au bien-être des foyers citadins et sont au cœur de la communauté scientifique pour construire des alternatives aux pratiques culturales non durables. La pollution des sols et de l’eau (produits chimiques), la déforestation (au profit de l’agriculture) et l’appauvrissement de la biodiversité ont une frontière avant une catastrophe écologique.

Un peu d’histoire
L'agriculture urbaine au sens contemporain est apparue en Amérique comme un mouvement social né d'initiatives de migrants qui utilisaient des espaces en friche dans la ville pour y cultiver des légumes. Dans beaucoup de cas, il s’agissait de faire pousser des légumes du pays d’origine. Se posa alors la question de l’occupation de l’espace urbain : fallait implanter un parking ou planter des légumes ? “Depuis la crise de 2008, Detroit est devenue la capitale de l'agriculture urbaine, ce qui leur a permis d'atténuer le choc de la crise mais aussi peut-être de tracer les voies d'un nouveau projet de développement durable pour la ville”, déclarait Laurence Granchamp, sociologue à l'université de Strasbourg, organisatrice de la première école thématique en France sur la métropolisation de l'agriculture et enjeux alimentaires. `
Un autre coup d’accélérateur s’est produit lorsque des préoccupations liées aux changements climatiques et aux différents scandales sur les pratiques agricoles et commerciales tels que la vache folle ou les localisations mêmes des exploitations (main-d’œuvre sous considérée, déforestation (Brésil) circuit coûteux et générateurs de CO2, …), ont vu le jour.
Dans ce mouvement de la recherche d’un modèle agricole durable, inauguré par la recherche des circuits courts, la multiplication des marchés paysans là où ils ont été “éradiqués”, les productions dites bio et les labellisations de produits, le boom de l’agriculture urbaine vient amplifier le phénomène et probablement bouleverser le secteur. L’essor de ces pratiques coïncide avec la diffusion de la culture du développement durable et de la prise de conscience des limites de l’environnement. Mais une production agricole urbaine aux vastes surfaces se heurte aux réalités de la pression foncière.  Sandrine Glatron, chercheuse au Laboratoire Dyname (Dynamiques européennes), estime qu’“Il y a un réel conflit d’usage de l’espace, en tout cas en ce qui concerne les villes d’Europe.”  Cela influe lourdement sur le prix du foncier. Le concept de fermes verticales prend le relai.

Fermes urbaines ou fermes verticales
Pour les pionniers des fermes verticales, cela ne constitue nullement un handicap. L’idée est de produire en quantité des aliments au sein de structures occupant une place réduite au sol ; farmscrapers ou fermes gratte-ciel (skyscrapers - gratte-ciel). Le concept est tellement à l’ordre du jour que la FAO considère l’agriculture urbaine comme l’une des clés de la survie alimentaire de l’humanité. Dickson Despommier, professeur de sciences environnementales et de microbiologie à l’université Columbia de New York, estimait (avec la technologie disponible au début des années 2000) qu’une ferme verticale de 30 étages pourrait suffire à nourrir 30 000 personnes, avec un rendement moyen de 5 à 6 fois supérieur à l’agriculture traditionnelle. Les modes de production hors sol foisonnent partout ; avec l’optimisation de l’utilisation de l’espace, une autonomie partielle en énergie et de moindres quantités d’eau.
La plus grande ferme verticale du monde a ouvert ses portes en juillet 2015 à New York avec  6 500 m² de surface, pas un gramme de terre, non plus de contact avec le soleil. Dans cette ferme aéroponique (hors sol), les plantes sont nourries en vaporisant l’eau et les nutriments, les racines reçoivent un brouillard d’engrais biologique et la lumière vient de LED (diode électrolumière). “Depuis dix ans, nous développons des algorithmes de croissance de plus de 250 légumes, si bien que nous pouvons enregistrer en temps réel tous les besoins en nutriments et en eau des plantes selon leur stade de croissance”, déclare Marc Oshima, de la firme d’AeroFarms, initiatrice du projet. “Nous pouvons ainsi donner tout ce que la plante veut, au moment où elle en a besoin, là où ça lui est le plus utile. Même l’éclairage est réglé pour apporter la longueur d’ondes optimale pour la croissance des légumes”, ajoute-t-il.
Avantages : des rendements maximums tout au long de l’année, une arrivée à maturité des légumes en 12 à 16 jours permettant de 22 à 30 récoltes par an, une baisse de 95% des besoins en eau, aucun besoin de pesticides, une garantie bio et non OGM, et un recyclage intégral des nutriments non utilisés ! Seul bémol pour le moment : la consommation d’électricité, mais ces dépenses énergétiques sont compensées par le fait que les plantes poussent en pleine ville, à proximité des consommateurs, réduisant ainsi les besoins de transport. La ferme de New York va produire 1000 tonnes de choux et salades par an. La multiplication de ces fermes urbaines semble être tirée principalement par une clientèle de jeune citadins “branchés”, soucieux de manger bio et local. Mais à côté de ces installations industrielles, des entreprises proposent déjà des étagères pour des espaces plus exigus, tels les domiciles et les lieux de travail intégrant dans le cycle les déchets et les excédents de la cité ; la solution nutritive épuisée est changée deux fois par mois, ces étagères permettent de produire laitues, persil, ciboulette, romarin, fraises…

Et l’agroécologie ?
Est-ce à dire que chez nous ce mouvement vers la recherche d’une nourriture plus saine et qui préserve la planète n’est pas à l’ordre du jour ou faudra-t-il passer par la phase “intensive” de l’agriculture pour ensuite retourner à des pratiques plus saines ? Rien n’est moins sûr. Les retards que nous avons cumulés pour construire une agriculture performante malgré des atouts naturels indéniables, à commencer par l’immensité de notre territoire et la diversité des climats, nous dictent de ne pas regarder dans le rétroviseur devant la transformation du marché mondial et une globalisation galopante.  En vérité les quelques initiatives citoyennes  éparses, qui s’appuient sur des pratiques de diversification des cultures et du bannissement des produits chimiques, ne sont pas qu’un phénomène de mode mais elles indiquent que d’autres voies doivent être explorées (Liberté 16-02-2016 reportages/torba). L’agroécologie est parmi les alternatives qui fleurissent un peu partout dans le monde pour pouvoir nourrir la planète et sauver l’environnement. C’est l’objet du prochain article de cette rubrique.


R. S.
 


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