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A la une / Environnement

Usage inconsidéré des antibiotiques dans l’élevage

Quid des “carcasses vertes” des moutons de l’Aïd ?

Après l’abattage, l’aspect de la viande devient véreux. ©D. R.

Dans beaucoup de cas, en particulier en l’absence de contrôle, comme chez nous, les médicaments sont donnés à titre préventif, avec cependant l’arrière-pensée de l’accélération de la prise de poids des animaux.

Après  le VIH-sida, les maladies non transmissibles et Ebola, l’ONU a inscrit à l’ordre du jour, le 21 septembre dernier, une autre question relative à  la santé : la résistance aux antibiotiques comme  “menace fondamentale”. Pour le secrétaire général de l’organisation mondiale, Ban Ki-moon, cette problématique n’est plus uniquement sanitaire, c’est “une menace fondamentale, à long terme pour la santé humaine, la production durable de nourriture et le développement.” Il s’agit très précisément de l’antibiorésistance, c'est-à-dire des bactéries multi-résistantes de plus en plus nombreuses.

Partout une utilisation massive dans la santé animale
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la crise actuelle touche l’ensemble des médicaments anti-infectieux. Un exemple, l’apparition chez l’homme d’un mécanisme de résistance à la colistine, un antibiotique réservé en dernier recours contre les infections multi-résistantes aux autres familles d’antibiotiques ; en langage simple, lorsqu’un patient présente une infection qui résiste à tous les traitements connus, on lui administre généralement de la colistine. La colistine est très utilisée en médecine vétérinaire, et c’est dans de la viande vendue au détail qu’en premier lieu le gène de résistance transférable (à l’homme) a été identifié en Chine, avant d’être isolé chez l’homme. À ce sujet l’utilisation massive d’antibiotiques en santé animale, souvent à titre préventif, a contribué grandement à leur dispersion dans l’environnement. Dans beaucoup de cas, en particulier en l’absence de contrôle, comme chez nous, les médicaments sont donnés à titre préventif avec cependant l’arrière-pensée de l’accélération de la prise de poids car les animaux traités deviennent plus gros.

Un “laisser-faire” porteur de tous les dangers
Dans notre pays, la situation est dramatique du fait de la libéralisation quasi totale du marché. Tous les médicaments s’obtiennent chez le vendeur d’aliment de bétail sans aucune prescription. Une enquête menée sur le lait (Revue scientifique et technique SEP (Résidus d’antibiotiques et denrées d’origine animale en Afrique : risques de santé publique - décembre 2014), révèle qu’en Algérie, 89,09% des laits provenant des élevages des wilayas de Blida, Alger, Tipasa et Médéa ont donné des résultats positifs lors du contrôle de résidus de tétracyclines et 65,46% lors du contrôle de résidus de bêta-lactamines. Par ailleurs, environ 29% des échantillons de lait produit dans l’Ouest algérien contiennent des résidus d’agents antibactériens. Dans une interview à Liberté (parue dans la page environnement), le docteur Machane (vétérinaire) note que “beaucoup de choses peuvent se passer dans l’informel. Si on veut remédier à cela, on doit d’abord contrôler tous les élevages et sensibiliser les éleveurs au danger que représentent les antibiotiques. Ensuite retirer la vente de ces médicaments à tous les non-professionnels tels que les fabricants d’aliments. Il faut aussi traquer les revendeurs illégaux et les poursuivre en justice. La deuxième mesure est le retrait des médicaments aviaires de tous les cabinets et créer des officines sous contrôles réguliers d’un inspecteur vétérinaire. Le vétérinaire doit être prescripteur…”. On le voit, le secteur est ouvert à l’argent facile avec tous les excès et manipulations imaginables.

Une alerte à prendre au sérieux
La putréfaction des carcasses de viande des moutons de l’Aïd, un peu partout dans le pays, quelques heures après l’abattage ne peut être raisonnablement imputée spécifiquement à des traitements par les antibiotiques mais la mettre sur le compte d’“un phénomène très naturel si les conditions d’hygiène, d’abattage et de conservation ne sont pas respectées”, comme l’a suggéré le Dr Naziha Djedaïni de l'Association de protection et d'orientation du consommateur et son environnement (Apoce), semble difficilement défendable. D’ailleurs pour son collègue dans l’Apoce, Mustapha Zebdi, président de l’association, les phénomènes environnementaux sont à écarter au vue des observations sur de terrain. Pour lui il pourrait s’agir d’“une hormonothérapie prouvée par des points d’injections.” Cette dernière thèse est reprise par de nombreux observateurs. Mais en l’absence de résultats de laboratoire, il est pratiquement impossible d’imputer le phénomène à l’administration d’un traitement médical spécifique ou de substances à des fins de prise de poids ou de “gonflement” des bêtes. Sur un autre plan, plusieurs citoyens, y compris sur la Radio nationale, ont signalé le comportement anormal des bêtes quelques jours avant le sacrifice. Devant les inquiétudes des auditeurs, le fonctionnaire du ministère de l’Agriculture invité (Chaine 3) s’est plutôt échiné à écarter tout risques, focalisant son intervention sur un classique ; les dangers du kyste hydatique. Dans les faits, la tendance à uriner fréquemment et une boulimie sont parmi les symptômes d’un traitement à la cortisone, qui est aussi un agent  de prise de poids.

L’objet n’est pas de se substituer à des professionnels du secteur mais le laisser-faire dans la chaîne alimentaire ne pose pas seulement la question de la “fabrication” de bactéries multirésistantes, un phénomène observé même dans les contrées plus soucieuses de l’environnement et de la santé humaine ; la différence est que dans ces pays la lutte contre cette résistance aux antibiotiques figure au sommet des agendas politiques.
Cette situation débouchera fatalement, un jour ou l’autre, sur des catastrophes aux conséquences sanitaires et environnementales imprévisibles. Le degré de déliquescence des structures de contrôle et la mainmise de plus en plus visible sur le secteur de la commercialisation des viandes des barons de l’informel qui ont émergé à la fin de la décennie rouge fait craindre le pire. “De la viande d’âne s’est vendue à profusion dans certains quartiers de la capitale. La Gendarmerie nationale a pu démanteler, au cours du mois de ramadhan, un réseau spécialisé dans la vente de ce type de viande. L’information a eu l’effet d’une douche froide sur les consommateurs. Mais ce que les Algérois ne savent peut-être pas, c’est que l’escroquerie a duré plus de quatre mois… 5 bouchers, 4 vétérinaires et le directeur de l’abattoir d’El­-Harrach ont comparu devant le juge d’instruction du tribunal d’El­-Harrach” (liberte­algerie.com/dossier/comment­des­escrocs­nous­font­manger­des­anes­9634/print/1).
La putréfaction des carcasses des moutons de l’Aïd n’est pas un accident de la nature. L’affaire, qui est aux mains de la Gendarmerie nationale, doit suivre son cours jusqu’au bout pour espérer en prévenir d’autres. Dans le cas contraire, d’autres barons, à l’instar de ceux qui ont défié le ministre du Commerce, verront le jour.
Enfin et pour quitter la problématique des antibiotiques administrés aux animaux, il faut savoir que l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), dans son fameux rapport “L’ombre portée de l’élevage”, estimait que l’agriculture et l’élevage sont responsables de 18% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. C’est donc un domaine qui est appelé à des reformes de fond pour une politique durable. Pour le reste, manger de la viande n’est pas forcément synonyme de risque. Les bactéries résistantes sont tuées lors de la cuisson.
La contamination a lieu lors de la manipulation de la viande crue, ou bien si celle-ci n’est pas suffisamment cuite. Se laver les mains après avoir touché de la viande crue, ne pas mettre la viande crue en contact avec un autre aliment suffisent à éviter la contamination.

R. S.


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