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A la une / Environnement

Environnement et Aménagement du territoire

Une nouvelle approche ou de simples réaménagements ?

En 2013, l’énergie hydroélectrique représentait 16,3% de la production mondiale d’électricité. ©D. R.

L’institution d’un département de l’Environnement comme ministère de plein exercice constitue un signal important pour les acteurs économiques et sociaux, mais aussi pour la communauté internationale.
Dans cet article, on ne s’intéressera pas aux titulaires des portefeuilles ministériels du nouveau gouvernement ni aux ministres partants ou aux arrivants, mais à la nouvelle redistribution entre les secteurs de l’Énergie, de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement. À l’examen de la liste des ministères de plein exercice du gouvernement Tebboune, on remarque que deux secteurs importants de la vie nationale ont retrouvé leur caractère transversal. Il s’agit de l’Aménagement du territoire qui devient un département de l’Intérieur après avoir “côtoyé” le Tourisme et l’Artisanat et, surtout de l’Environnement après son confinement dans le secteur de l’hydraulique. Laissons de côté le fait que le pouvoir politique n’ait pas jugé utile d’opter pour la consécration d’un grand ministère de l’Aménagement du territoire pour un si vaste pays qui a grand besoin d’affirmation d’espaces de programmation économiques et de planification stratégique. Gageons que la future direction de l’aménagement sous tutelle du ministère de l’Intérieur aura plus de moyens humains et réglementaires pour ne pas être un simple faire-valoir ou rester la coquille vide qu’elle était depuis 2013.

Le prix des incohérences
Revenons au secteur qui constitue le sujet de cette rubrique : l’environnement. Son rétablissement comme ministère de plein exercice constitue un signal important pour les acteurs économiques et sociaux. Il est aussi un signal pour la communauté internationale dont une partie importante a été déroutée par la décision de réduire le secteur de l’environnement à un département du ministère des Ressources en eau, de surcroît à la veille de la tenue de la Conférence des parties (CoP 21) fin novembre 2015 à Paris. En vérité, le timing d’une telle décision ne pouvait relever que d’un rafistolage hâtif dans la distribution des postes au sein du gouvernement Sellal alors que le pays s’efforçait de montrer patte blanche sur le climat à la veille de cette CoP parisienne ; les nombreuses visites d’officiels français de haut rang comme Ségolène Royale ou Nicolas Hulot ainsi que deux des plus importants candidats à la présidence du Groupe international pour l’évaluation de climat (GIEC) témoignent suffisamment de l’ambition affichée auparavant.
Pour les observateurs avertis, l’Algérie a payé le prix de cette incohérence en hypothéquant pour longtemps le leadership en Afrique après un autre ratage monumental dans l’organisation de la Conférence africaine sur l’économie verte, les 22 et 23 février 2014 à Oran. Le Premier ministre de l’époque, Abdelmalek Sellal, a pris la responsabilité de phagocyter ce rendez-vous international pour le transformer en tribune de l’annonce de la candidature de Bouteflika pour un quatrième mandat devant un parterre de responsables internationaux dont Nicolas Hulot, le Monsieur Cop21, du président français François Hollande et Arnold Schwarzenegger, le président de Rio20.

L’énergie renouvelable n’est pas une coquetterie écologique
Le rétablissement du secteur de l’Environnement en tant que ministère de plein exercice ne peut qu’être salué, non pas simplement pour redonner du poids à l’importance du respect de l’environnement et de l’écologie en général mais sa suppression constituait un recul considérable. Par contre l’opération qui consiste à soustraire les énergies renouvelables (ENR) du secteur énergétique et du développement industriel pose plusieurs questions. La première est le fait de mettre les ENR “sous la coupe de l’Environnement”. D’aucuns verront une sorte de pléonasme : les énergies renouvelables sont par définition respectueuses de l’environnement. L’article de Khaled Remouche paru dans Liberté du 27 mai 2017, sous le titre ‘Les changements dans l’Exécutif Tebboune : deux ministères pour l’Énergie’ traite de certaines incohérences de ce “découpage”, traite de cette problématique, notamment pour les projets annoncés dans le domaine des ENR. Les couacs publics entre l’ancien ministre de l’Industrie et des Mines, Abdeslam Bouchouareb et celui de l’Energie, Noureddine Bouterfa, ne relèvent pas simplement des ego surdimensionnés des personnages ou de simples courses au leadership pour la conduite de ce qui est appelé “le Programme national de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables, horizon 2030”.
L’ajournement du lancement de la première tranche du programme national des ENR (plus de 4 000 mégawatts pour 4 milliards de dollars d’investissement), prévu pour janvier dernier puis reporté pour mars ne relève d’aucun arbitrage transparent, c'est-à-dire propre à l’un de ces deux ministères. Les négociations de partenariat avec des opérateurs étrangers sont conduites à un niveau politique plus haut (Liberté du 4 mai 2017 ;  “Appels d’offres pour les énergies renouvelables : gel ou abandon ?”) et semblent en attente d’autres paramètres ou signaux ; à moins que la situation financière du pays ne conduisent les décideurs à réviser en baisse l’ambition du pays dans ce domaine.  

Il n’y a pas de développement sans stratégie énergétique
D’aucuns parient que la dénomination “ministère de l’Environnement et des Energies renouvelables” n’obéit en premier chef qu’à une sorte de mimétisme inspiré du grand ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer du gouvernement français. Ce département qui a structuré la vie politique de la seconde période du mandat du président François Hollande est le fruit de batailles acharnées, entre écologistes de différentes tendances politiques et des industriels, ponctuées d’arbitrages difficiles. Il concentre la conduite de toute la politique énergétique de la France et son devenir (nucléaire, fossile avec les huiles de schistes, ENR…).  Les ministères de l’Energie et celui de l’Industrie et des Mines dans ce gouvernement Tebboune auront-ils des feuilles de route claires pour la promotion de l’efficacité énergétique et le développement des ENR ainsi que d’autres énergies alternatives au fossile comme le nucléaire ?  Au stade actuel, il est difficile de le penser. Par contre les retards, les indécisions et les atermoiements dans la définition d’un bouquet énergétique national hypothèquent déjà  les perspectives à moyen terme pour le  pays. Pour le reste, depuis longtemps, le chef de l’État se contente de définitions génériques des attributions et pouvoirs de ses ministres, lorsqu’il prend la peine de les consigner dans un décret. Les grands arbitrages se font ailleurs. S’agissant de l’environnement et de l’énergie, il n’est pas inutile de mentionner que le décret de création du ministère de l’Environnement et de l’Énergie du gouvernement français attribue à ce département la conduite de “la politique de l’énergie, notamment le nucléaire et sa sécurité, les transports et leurs infrastructures (aviation civile, ferroviaire, routier, fluvial), la météorologie, la politique d’intermodalité, les risques technologiques.” De même que les moyens de peser sur les politiques fiscales, en matière d’environnement et d’énergie, sur les problématiques de santé liées à l’environnement, les nuisances sonores ou encore l’aménagement de l’espace rural et de la forêt et la protection et la valorisation de la nature et de la biodiversité. Une autre question importante, le département de l’Écologie élabore les  règles techniques et thermiques relatives à la construction des bâtiments, conjointement avec le ministre chargé de la politique de la ville.
À la lecture de la liste composant le gouvernement Tebboune, ce nouveau ministère de l’Environnement et des Énergies renouvelables occupe la dernière place après celui des relations avec le Parlement. Difficile de croire que le décret qui précisera ses attributions, s’il venait à être publié, lui confierait un poids sur les domaines structurants de vie la économique.

R. S.


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