Scroll To Top
FLASH
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com

#EspacesLibres / Actualités

#EspacesLibres

"Jogging fi-houmti"

©D.R

La définition de l’espace publique selon Wikipédia, une encyclopédie en ligne accessible à tous : « L'espace public représente dans les sociétés humaines, en particulier urbaines, l'ensemble des espaces de passage et de rassemblement qui sont à l'usage de tous ». Cette définition englobe tout le monde, les personnes âgées et les jeunes, les enfants et les adultes mais aussi les hommes et les femmes. Pourtant, les femmes dans l’espace public sont sujettes à l'harcèlement, verbal, moral mais aussi physique.

La femme dehors dérange. La misogynie ancrée dans l’inconscient collectif de la société pousse certains hommes, ou plutôt certains « mâles », à injurier et, dans les pires cas, agresser physiquement les femmes qui « osent » sortir de chez elles, que ce soit pour vaquer à leurs occupations, pour pratiquer une activité en plein air ou tout simplement pour le plaisir d’être dehors, car la femme n’est  pas un ornement voué à décorer la maison, c’est un être humain qui a besoin d’air frais et de rayon de soleil

Ryma, une jeune influenceuse algérienne en a fait les frais durant ce ramadan 2018. Radio M a lancé une excellente initiative pour la soutenir, et pour se réapproprier l’espace public, un footing collectif à la promenade des Sablettes a été organisé samedi dernier. Pour ma part je n’y ai pas participé, la promenade des Sablettes se trouve a 15km de chez moi, et moi je suis adepte du « Thinkglobally, Actlocally », Sablettes n’est pas mon combat, mon combat c’est mon quartier, houmti. J’habite à 5 minutes à pieds d’une forêt ou je n’ai jamais osé aller courir sans mon père, sans être accompagnée et sans ce statut d’éternelle assistée qui a besoin qu’on la protège. Mais maintenant plus que jamais la réappropriation de l’espace public est devenue urgente,

Alors j’ai mis mes baskets et je suis sortie faire mon footing seule pour la première fois, non sans crainte, mais avec l’intime conviction qu’un acte comme celui-là est indispensable.

Il était 18h30, une heure à laquelle je n’ai pas l’habitude de sortir au mois de ramadan,

A l’entrée de la forêt il y avait un groupe de fille de 10-11 ans qui jouaient au foot

Mais la piste de footing était quasi vide, à l’exception de 2 joggers que j’ai croisé lors des tours que j’ai effectués, et un groupe d’hommes d’un certain âge qui faisaient quelques mouvements. Pas un seul gardien en vue non plus. J’ai passé mon premier tour sans écouteurs, histoire d’être complètement à l’écoute de ce qui se passait autour de moi, mais à part les gazouillis d’oiseaux il n’y avait aucun bruit, les joggers étaient occupés à courir, les sportifs à s’étirer, tout le monde se mêlait de ses affaires, pas de regards insistants, pas de remarque déplacées. Et pourtant pendant des années je me suis empêchée d’y mettre les pieds sans mon père de peur de subir ce que je subis tout les jours dans la rue, ces regards insistants et ces remarques venant d’énergumènes dévoués à faire des sorties de la gente féminine un enfer

Mon expérience a été positive, elle m’a permis de me réconcilier avec un endroit où j’ai énormément de bons souvenirs et de me rendre compte de la chance que j’ai d’avoir un site pareil à deux pas de chez moi. Mais je ne peux m’empêcher de me demander, si j’étais venue un autre jour, ou à une autre heure de la journée ou il y aurait eu plus de monde, mon expérience aurait-elle était la même ? Les quartiers à la périphérie de cette forêt sont plutôt conservateurs, je n’y ai jamais croisé de joggeuse seule

Donc je compte bien y retourner, déjà parce que je manque cruellement d’activité, mais aussi pour m’y sentir complètement à l’aise et peut être que ma présence encouragera des filles du voisinage à faire pareil. Car si la présence des filles se banalise dans ces endroits à dominance masculine, les psychopathes misogynes deviendront enfin minoritaires

Ryma n’est pas un cas isolé, ça aurait pu être moi ou n’importe quelle fille de mon entourage. Mais son incident a été révélateur d’une volonté de changement de la part de la société, les 500 participants au footing n’en sont qu’un échantillon, un grand nombre  d’Algérien aspirent à ce changement, se sentir mieux dans son quartier, dans sa ville et dans son pays, c’est avec des gestes solidaires qu’on y arrivera, mais aussi et surtout grâce aux forces de l’ordre, lorsque ceux qui sont censés protéger les citoyens passeront a l’acte. Et peut être qu’un jour ce genre d’incidents ne sera qu’un mauvais souvenir que l’on racontera aux petites filles qui s’indigneront de la condition féminine d’antan !

Hasna FENNI

Partenariat Réd-DIG-"Liberté"/AIESEC


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER