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Yennayer 2968: la découverte de la vallée du M’zab

©Celya Benyahia

Pour les 2968 ans des Amazigh, je vous emmène vers la vallée du M’zab pour un voyage de découverte de l’une des sociétés les plus admirables que l’Algérie ait connue. Cette pentapole constituée de cinq ksour, classés par l’UNESCO au patrimoine universel de l’humanité en 1982, est la destination de rêve pour les personnes avec une vision culturaliste du monde.

Notre visite commence naturellement par l’aspect premier qui interpelle n’importe quel visiteur dès son arrivée à la vallée : L’architecture. Celle-ci exhibant une simplicité qui reflète une structure sociale des plus équilibrées : il n’y a pas de palais dans la vallée. Chaque Ksar est constitué de maisons, celles-ci entourent les lieux de rites religieux ibadites, à savoir la mosquée avec son minaret reconnaissable de loin ainsi que les écoles coraniques l’entourant. Plus bas, on retrouve la place du marché ou le « souk », celui-ci se trouvant aux portes des villes, accueillant nombre de visiteurs. Bien évidemment, les ksour ont connu des extensions, à travers les périodes historiques, les places du marché se sont vues être déplacées au fur et à mesure. La maison, modeste comme elle est, reconstitue un processus typologique qui aurait connu son embryon dans les premières tentes des nomades, les premières populations du Sahara Algérien. Construite en pierre calcaire, originaire de la région, avec une technique millénaire, recouverte d’enduits de chaux « Timchent » et de sable, ce qui lui confère cette couleur jaunâtre si représentative des lueurs des ksours de la vallée. Les palmiers sont tout aussi présents à la verticale qu’à l’horizontale, utilisés pour recouvrir les planchers de tous les édifices de la région, comme poutres, recouverts de roseaux et de « timchent » comme enduit.

L’unique coupole que j’ai pu apercevoir se trouvait à « Taghardayt », recouvrant la toiture de la mosquée, on la voit à partir de la place du marché, en forme d’accolade, vue en façade. Les maisons, comme dit plus haut, sont une conséquence d’un empirisme qui daterait des premières tentatives de ksour datant du 9ème siècle, comme l’ancien Ksar « El-Kasr El qaddim » comme l’appellent les gens de la région, que j’ai eu l’occasion de visiter à El Goléa, à environs 300 Km de la « Chebka ». Cet empirisme fait que l’ensemble des espaces de la maison gravitent autour d’un patio, qu’on appelle « Le Chebbak ». L’entrée à la maison, comme le veut la tradition ibadite est en chicane, « Taskift », séparant ainsi le monde des hommes de celui des femmes, avec quelques fois cet espace pour l’âne, animal aussi aimé au désert qu’en Kabylie.

Les terrasses, lieu privilégié des femmes, épousent les belles courbes d’un site rocheux. Bien entendu, les techniques en maçonnerie privilégient un microclimat à l’intérieur des maisons qui fait face à la rudesse du climat désertique de la région. De même dans les ruelles du Ksar, toutes ombrées, la lumière y pénètre, mais jamais l’ensoleillement grâce aux constructions hautes, si proches les unes des autres.

 Au-delà de cet aspect architectural et urbain des ksour de la vallée du M’zab, il y a l’aspect sociétal qui ne manque pas d’authenticité. Une société n’ayant pas peur de citer son Amazighité, de l’exhiber, de la transmettre. Les enfants, les adolescents, les adultes, tous porteurs de ce gêne de « Mozabite » en eux, d’un Amazigh, fier de transmettre sa langue, ses rites et coutumes à ses successeurs. Les Mozabites sont un exemple irréfutable de société pour ce qui est du respect de l’autre, de la femme, de l’environnement, du touriste, du plus grand et du plus petit.

Cette population très connue pour son attachement à sa culture et à son Amazighité n’a pas plus peur du contact. Un exemple frappant est celui de la communauté juive vivant dans un quartier adossé au rempart du Ksar de Taghardayt, ceux-ci étaient des colons venus lors de la conquête Française de la région. Les Mozabites ont su leur faire une place parmi eux, vivre en harmonie totale jusqu’à l’indépendance en 1962. Leur chef avait même sa propre pierre lors des grandes réunions des chefs de tribus du Ksar, dans le cadre de « El Azzaba ».

 

La femme dans la société Mozabite est tellement respectée que quand elle passait devant nous dans les étroites ruelles du Ksour, tout le monde se devait de s’adosser à un côté du mur pour laisser le passage, un signe de respect qu’on ne retrouve nullement pas dans les villes « modernes » du nord, bien au contraire…

Le recyclage ! Dans les différents Ksour de la vallée, on ne jette rien, on récupère tout, allant des simples déchets ménagers qu’on donne aux animaux, exemple : Zoo de « Tafilelt tadjidit », jusqu’à l’ancienne vaisselle qui est vendue aux enchères dans le souk de « At Izgen ». Même les noyaux des dattes sont recyclés pour en faire des souvenirs vendus dans le grand marché de « Taghardayt » !

Aux morts, comme aux vivants, la simplicité s’applique. Eh oui ! Même dans les tombes, aucune ornementation, aucun folklore, de simples pierres tombales sont disposées à la tête et aux pieds des morts, une pierre pour une femme, et deux pour un homme.

 J’ai laissé une part de moi la bas à Ghardaïa, un peu à « Tajnint », un peu à « Tamlicht », un peu à « At Izgan », et au final cette vallée s’est déversée en moi pour me laisser ébahie avec autant d’authenticité, avec un patrimoine immatériel aussi beau que les tapis tissés à même les mains des femmes, toujours dans ces simples maisons à patio, sous l’air pur d’une société traditionnaliste et pourtant avant-gardiste !

Un architecte vous dira que le M’zab est une leçon d’architecture, moi je dirai que le M’zab est une leçon de vie !

Aseggas Ameggaz i yimaziɣen mrra !

Celya BENYAHIA

Partenariat Réd-DIG-"Liberté"(#RDL)/NOMAD (EPAU)


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