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L’Algérie profonde / Est

Prolifération des herboristeries à Bordj Bou-Arréridj

Danger sur la santé publique

L’utilisation de plantes médicinales sans prescription peut s’avérer fatale pour le patient. © D.R.

Ils mettent la vie des citoyens en danger, une raison pour laquelle les autorités compétentes doivent rapidement agir.

Les herboristes sont de plus en plus nombreux à Bordj Bou-Arréridj et leurs étals attirent davantage de personnes qui veulent se faire soigner sans prendre de médicaments. Les plantes médicinales peuvent être efficaces, mais leurs effets ne sont pas garantis, car souvent elles ne sont pas prescrites par des spécialistes. En effet, l’utilisation de ces plantes médicinales peut s’avérer dangereuse dans plusieurs cas. “Andi dwak” (j’ai de quoi te soigner), c’est le mot que ces vendeurs répètent à chaque client souffrant de n’importe quelle maladie ! Ils sont jeunes, vieux, hommes et femmes. Ils n’ont pas fait d’études en médecine, en pharmacie ou encore en biologie mais ils auraient tout compris à la science, aux pathologies  et à la guérison au point de prescrire des traitements à différentes maladies, même  incurables. Ils mettent la vie des citoyens en danger, une raison pour laquelle les autorités (wali, santé, commerce, services de sécurité…) doivent rapidement agir. Un commerce séculaire et florissant. Remèdes inoffensifs ou recettes toxiques, tout y est. Des plantes “dangereuses” sont vendues librement, avec des odeurs de toutes sortes, des épices, des plantes, des racines et insectes séchés… À Bordj Bou-Arréridj, ces magasins n’ont absolument rien à voir avec les vieilles herboristeries qui ont  toujours existé. Ils sont plus grands, plus modernes, plus propres, bien rangés et proposent plus que des recettes simples mais des combinaisons plus compliquées et trop chères. Derrière les murs, on retrouve des parfumeurs, des marabouts et plusieurs autres activités destinées au service de la population à la recherche d’un remède miracle : de simples produits de beauté, comme des huiles nourrissantes pour les cheveux secs en passant par des problèmes de peau, d’estomac, de diabète tout en allant jusqu’à  proposer des préparations pour guérir les cancers et tumeurs. Même des remèdes pour les problèmes psychiatriques sont disponibles à condition d’avoir de l’argent. Ici, c’est une clientèle mélangée que l’on voit tous les jours : ancienne et jeune générations se côtoient, la seconde n’hésitant pas à demander conseil à ses aînés. Mode oblige, l’herboristerie reprend du poil de la bête au grand profit des professionnels qui apprécient ce regain d’intérêt. “Aujourd’hui, les jeunes se rendent compte que les anciennes recettes sont bonnes”, affirme un herboriste et imam. Des clients n’hésitent pas à lui confier leurs maux et difficultés de l’existence. Et c’est avec le sourire et un air entendu qu’il va leur préparer un remède dont il a le secret et empocher une belle somme d’argent et de compliments ! Comme ce jeune homme d’une vingtaine d’années qui se plaint de maux de tête fréquents et auxquels la médecine moderne n’a trouvé aucune solution. Le “aâchab” lui concocte un traitement qu’il devrait boire en infusion plusieurs fois par jour. Quand on lui demande ce qu’il y a mis, il prend subitement un air indéchiffrable. “Les secrets sont transmis de père en fils. C’est une pratique qu’il faut maîtriser pour ne pas mettre en danger le patient”, dit l’un des guérisseurs. Selon des médecins, s’il est vrai que les herboristes traditionnels utilisent pour certaines recettes des plantes médicinales auxquelles la médecine moderne a souvent recours dans la composition des médicaments, “les ‘aâchabs’ ne maîtrisent pas toutefois les dosages et peuvent parfois utiliser par inadvertance des plantes nuisibles”, souligne le docteur. À Bordj Bou-Arréridj, ce n’est un secret pour personne, sauf pour les services de l’État (commerce, impôts, santé…), certains herboristes se sont transformés en  riches industriels en imitant les sociétés pharmaceutiques : emballages très attirants, quantités très réduites du produit, publicité dans les magasins et surtout présence dans tous les recoins des agglomérations et souks. “Bordj Bou-Arréridj est une plaque tournante dans l’industrie des herbes. Il y a de gros importateurs et fabricants qui se cachent derrière de simples boutiques d’herbes et d’huiles. Même de l’eau bénite est vendue en bouteille”, dira un agent de commerce qui préfère garder l’anonymat. “Certains ne cachent pas leurs signes de richesse. Ils dupent les gens avec leurs turbans, gandoura, barbe et surtout les paroles de Dieu et du Prophète (QSSSL)”, dira une jeune femme qui a failli perdre la vie en utilisant une plante hallucinogène pour soigner ses saignements. Pour les spécialistes en médecine, en pharmacie et en biologie, le risque est grand sur la santé publique et l’économie de l’Algérie. “Ces milliardaires cherchent le gain facile en abusant  de la faiblesse des personnes malades et en détresse”, dira un médecin qui, de peur de représailles, préfère garder l’anonymat. “Ce lobby est très puissant, influent et très dangereux !”, précise notre interlocuteur.


Chabane BOUARISSA

 


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