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L’Algérie profonde / Est

Le phénomène n’est pas propre à Bordj Bou-Arréridj

Retour en force des migrants clandestins

© Liberté

Ils ne cherchent pas de travail, ni à s’installer, mais juste passer quelques mois en mendiant pour amasser le maximum d’argent. 

Faute de pouvoir rejoindre l’Europe, les migrants subsahariens se sont installés en Algérie et surtout dans les villes où la générosité de ses habitants est grandiose. “Avant, on visait l’Europe, mais maintenant beaucoup restent en Algérie en quête d’une vie meilleure”, résume cette femme d’une vingtaine d’années qui porte son enfant sur son dos et des sacs en plastique à la main. Depuis qu’elle est arrivée à Bordj Bou-Arréridj avec son mari et ses proches, en pleine crise de la pandémie du coronavirus, elle a trouvé une terre d’accueil. “Nous mangeons à notre faim, nous sommes mieux habillés et surtout pas inquiétés”, résume-t-elle.

En effet, l’Algérie est leur nouveau terrain de prédilection depuis qu’ils ont appris de la part de certains d’entre eux que les Algériens sont généreux ; voilà pourquoi ils viennent en masse, avec femmes et enfants. Pourtant, rien de la situation au Niger actuellement, ne justifie ce déferlement de migrants sur Bordj Bou-Arréridj ! Ces dernières années, ces migrants ne cherchent plus de travail ni à s’installer définitivement, mais juste passer quelques mois en mendiant pour amasser le maximum d’argent et de choses avant de faire le trajet du retour gratuitement (reconduits à la frontière par les autorités).

“C’est mon cinquième va-et-vient entre Arlit et l’Algérie”, précise cette femme qui semble très à l’aise dans notre pays. Comme chaque matin, la jeune maman, mendie aux fenêtres des voitures, à un carrefour, au pied d'un feu rouge, en plein centre-ville de Bordj Bou-Arréridj. Elle n’est pas la seule. Elle est assistée par d’autres femmes et enfants qui se partagent les voitures et les passants. Ce genre de manège auquel se livrent ces femmes et enfants se multiplie dans les rues de l'agglomération bordjienne.

Aux feux tricolores, aux carrefours, postés parfois durant des heures, ils sont des dizaines à tenter de forcer la pitié par leurs demandes insistantes. Ils ont appris quelques mots en arabe, en argot et même en amazight pour pouvoir amadouer les passants. Les Bordjiens, comme tous les Algériens, éprouvent beaucoup de compassion envers ces étrangers qu’ils aident au mieux, mais se demandent sur l’étrange facilité avec laquelle ils ont atterri dans la région.

“Ces migrants, en provenance du Niger, ne sont pas des réfugiés de guerre ou des sinistrés de la sécheresse, mais plutôt des mendiants professionnels qui se livrent à cette activité depuis toujours dans leur pays”, dira Mokhtar, un enseignant à l’université qui ajoute : “Comment expliquer que les femmes et les enfants s’adonnent à cette activité ‘mendicité’ et les hommes, d’ailleurs ceux qu’on voit ont toujours un téléphone collé à l’oreille ?” Pour confirmer les dires du chercheur, nous avons demandé à notre interlocutrice de nous parler de son mari, mais en vain. Il est avec elle, mais lui reste loin.

Ils se rencontrent le soir dans leur camp de fortune installé à la sortie ouest de la ville, dans une petite forêt où ils trouvent presque toutes les commodités : lampadaires allumés toute la nuit, des places pour dormir en sécurité, des endroits pour cuisiner, des toilettes à l’air libre et surtout ils sont loin des regards. “Ce n’est pas le seul endroit. À Bordj Bou-Arréridj, il y a aussi la forêt Boumergued, située à la sortie est de la ville, les bâtiments en chantier et les bâtisses en construction”, dira Adel, un bénévole d’une association caritative locale. “C'est de la mendicité organisée. Les mêmes personnes qui reviennent chaque fois avec de nouveaux enfants et de jeunes femmes encadrées par une vieille.

Quant aux hommes, ils se font discrets et gèrent la troupe de loin et par téléphone”, précise-t-il. La multiplication des dispositifs de contrôle et de reconduite à la frontière n’ont pas, à l’évidence, réussi à juguler cette migration clandestine. Les responsables, pour le moment, continuent de tolérer cette migration clandestine, entrecoupée d’opérations ponctuelles, d’arrestations et de reconduites aux frontières, signe manifeste qu’ils n’ont pas trouvé de solution à ce problème qui risque d’épuiser la région qui est déjà très affectée par une crise économique causée, surtout, par la pandémie du coronavirus. Pour de nombreux citoyens, les autorités doivent agir rapidement pour régler ce problème de mendicité organisée.

 


Chabane BOUARISSA


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