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A la une / Événement

Les pouvoirs publics demeurent sans réaction face au phénomène

Laghouat : l’huile d’askarel continue à faire des victimes

Conditions de stockages désastreuses à Laghouat. ©D. R.

Selon le recensement effectué par le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement (Mate) dans le Plan national de mise en œuvre (PNM) de la convention de Stockholm, le parc PCB se compose de 6699 appareils dont 3042 en rebut (plus de 45% du total existant) et 3657 appareils en service ainsi que de 3 443 433 kg d’huile d’askarel. La plupart des appareils en rebut sont stockés dans de très mauvaises conditions ne répondant aucunement aux normes prescrites.
Pour les néophytes, l’huile d’askarel est une substance à base de polychlorobiphénile (PCB) utilisée pour le refroidissement et l’isolation dans des transformateurs électriques et les condensateurs. Elle est hautement toxique et non biodégradable ; à long terme, il est démontré que l’exposition peut provoquer de sérieux problèmes pour la santé. Cancers, atteintes des voies respiratoires, diminution de la fertilité, maux de tête récurrents sont les maladies observées chez les personnes longtemps en contact de cette huile via l’eau ou l’air. La fabrication de tels appareils n’a plus cours, mais il s’agit d’éliminer les déchets accumulés, car ce sont des produits chimiques persistants. Les conventions de Stockholm et de Bale que l’Algérie a ratifiées définissent les mécanismes de prise en charge (élimination) de ces produits dangereux.

Etat des lieux à l’échelle nationale
Selon le recensement effectué par le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement (Mate) dans le Plan national de mise en œuvre (PNM) de la convention de Stockholm, le parc PCB se compose de 6699 appareils dont 3042 appareils en rebut (plus de 45% du total existant) et 3657 appareils en service ainsi que de 3 443 433 kg d’huile d’askarel. La plupart des appareils en rebut sont stockés dans de très mauvaises conditions ne répondant aucunement aux normes prescrites. L’examen de l’inventaire révèle que tous les sites où sont stockés les appareils électriques (transformateurs, condensateurs, etc.), les fûts contenant l’huile de pyralène et les contenants de pesticides périmés ne sont nullement conformes à une bonne gestion de ces déchets dangereux. La quasi-totalité des contenants présentent des fuites, ce qui suppose que les sites d’entreposage sont probablement contaminés depuis longtemps. C’est le constat fait en 2006 dans le même document. L’inventaire des sites contaminés par les polluants organiques persistants (Pop’s) fait ressortir la présence de 145 sites contaminés à travers tout le territoire national dont près de la moitié se trouve dans la région Centre (67 sites) ; le site le plus pollué se trouve dans la région de Laghouat avec une masse estimée à 317 720 kg (81,46%) de terre contaminée par les PCB, mais néanmoins circonscrite. Parmi les sites potentiellement pollués, 7 le sont par des pesticides Pop’s, principalement le DDT et la dieldrine et dont le plus important est celui de Mostaganem avec 180 t de DDT stockées dans de mauvaises conditions. Depuis août 1987, la législation algérienne interdit, dans le cadre du décret n° 87-182, “l’importation, la fabrication, l’installation, l’achat, la vente, la cession à titre gratuit ou onéreux des huiles la base de PCB, des équipements électriques qui en contiennent et des matériaux contaminés par ce produit”. L’objectif annoncé dans l’étude du Mate menée en 2006 était “d’éliminer les PCB en Algérie d’ici à 2013” selon l’échéancier du programme national de gestion des déchets spéciaux (PNAGDES) et étendre cette élimination aux autres équipements contenant plus de 0,005% de PCB d’ici à 2028. On est loin du compte, et c’est le moins que l’on puisse dire.

Le site de Laghouat – Nili : un cimetière de fûts d’huile d’askarel à ciel ouvert
Oued Nili est situé à une quarantaine de kilomètres de Laghouat. C’est là qu’à la fin des années 1980 des produits contenant de l’huile d’askarel ont été déposés dans la précipitation et des conditions de stockage qui ne répondent pas aux normes sur un terrain de plus de 8000 m2. Selon des recoupements présentement difficiles à vérifier, la wilaya de Laghouat a accueilli des quantités importantes de ces déchets à cause du refus de nombreux walis de voir de tels produits “parqués” dans leurs wilayas et du poids politique tout relatif du premier responsable de Laghouat à cette période. Toujours est-il que d’autres chargements ont été acheminés, le tout enterré dans des fûts et des sarcophages en béton sujets plus tard à de multiples fuites. Le constat de l’entreprise française Cofal chargée par le Mate en 2004 de nettoyer le site est sidérant. Les écoulements d’huile à partir des fûts ont pollué les sols, y compris les nappes. Les vents (déplacement des sables) ont probablement étendu la zone polluée au-delà du périmètre de stockage.

D’autres facteurs aggravants
L’extension anarchique de la ville, comme c’est le cas de nombreuses localités algériennes, et le black-out sur les risques de contamination sont des facteurs qui ont contribué à démultiplier l’exposition des populations. A vouloir étouffer les responsabilités des pouvoirs publics, on n’a fait qu’aggraver le problème. Plusieurs sources évoquent la contamination de nappes phréatiques, mais aucune étude sérieuse n’a été menée pour écarter cette hypothèse ou pour prendre des mesures et informer les populations des dangers dans le cas contraire. De même, sur la multiplication des cas de cancers que des citoyens et des associations comme la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme pointent du doigt, le discours des officiels est le même : “Ce n’est que des spéculations, les atteintes augmentent en rapport avec la démographie et un meilleur accès aux diagnostics !”
La psychose est pourtant perceptible au milieu des populations et le sujet est évoqué dans toutes les discussions. Pour eux, la prévalence des maladies est corrélée aux lieux de vie proches du site.

Il n’y a pas que Laghouat
Enfin, dans plusieurs wilayas, en particulier dans le centre du pays comme Alger, Tizi Ouzou ou Boumerdès, des entreposages de rebuts d’appareillages contenant de l’huile d’askarel exposent aussi des populations aux risques. L’ancien correspondant de l’APS Mohamed-Seddik Lamara rapporte que “dernièrement j’ai appris que des artisans activant dans la récupération des métaux ferreux s’adonnaient, sur les rivages de l’oued Hamiz (Alger), au moyen de chalumeaux, au décapage de vieux transformateurs électriques en cuivre contenant des résidus d’huile d’askarel”. De quoi avoir froid dans le dos, quand on mesure l’accroissement exponentiel des nouveaux cas de cancer enregistrés chaque année dans l’Est algérois. “Les effluents qui se jettent dans les barrages de cette zone ne constituent-ils pas une réelle menace d’intrusion des PCB dans les adductions d’eau potable (AEP) ?”, ajoute-t-il.

R. S.


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