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A la une / Événement

Mondial 2010 et politique

L’exception ghanéenne

Le Ghana n’est pas uniquement un modèle footballistique. Ce pays est aussi, à bien des égards, l’espoir politique de l’Afrique.

Le Ghana l’a fait. Les Black Stars d’Accra ont sauvé l’honneur de l’Afrique footballistique : ils devaient disputer, hier soir, leur qualification à la demi-finale contre l’Uruguay. De toute façon, ils auront inscrit le foot africain dans le palmarès mondial le 27 juin en franchissant le quart de finale contre le soccer étasunien. Ce fut la troisième fois qu’une formation africaine parvenait à ce stade, après le Cameroun en 1990 et le Sénégal en 2002. Mais, déjà en 2006, les Black stars avaient été la seule formation africaine à franchir le cap du premier tour. Donné comme l’espoir du continent, la Côte d’Ivoire a été défaite par le Brésil. Le Cameroun s’est révélé encore plus décevant. Pourtant, dans ce pays, plus qu’ailleurs en Afrique, le football est une religion. Les Lions indomptables ont été évincés par le Japon. Biya, qui se représente pour la énième fois à la magistrature, avait offert une montre à 20 000 euros à chacun des joueurs de son pays. Au Nigeria, la déception est immense. Les Super Eagles sont redevenus les Eagles, tout simplement. En Algérie aussi, la désillusion est immense. Après avoir éliminé l’Égypte afin de se qualifier pour ce Mondial, les Fennecs n’ont pas tenu leur promesse, ils ont été battus par les États-Unis. Quant à l’Afrique du Sud, elle n’a pas démérité. Mais c’est la première fois que le pays hôte ne parvient pas à se hisser en huitième de finale. Alors, quelle est la recette du Ghana ? D’abord, c’est le modèle démocratique dans le contient. Les formations africaines éliminées aux huitièmes de finale ne sont pas des exemples de bonne gouvernance. Des politologues n’ont pas hésité à établir un lien entre les performances du foot africain et l’état du continent. Le Ghana n’est pas uniquement un modèle footballistique. Ce pays est aussi à bien des égards l’espoir politique de l’Afrique. Au cours de la dernière décennie, le Ghana a connu deux alternances démocratiques. Le président noir américain Obama y a effectué sa première visite officielle en Afrique pour donner une prime à la démocratie et annoncer la politique africaine de Washington.
Les États-Unis apprécient depuis les régimes africains à l’aune de la stabilité de leurs institutions, c’est-à-dire au respect de leur Constitution. L’Afrique a besoin non pas de régimes forts mais d’institutions stables, avait averti Obama, condamnant le jeu des révisions constitutionnelles auquel s’adonnent les dirigeants africains. La stabilité des institutions, c’est également ce qui a fait que l’économie du Ghana est l’une des économies les plus florissantes du continent. L’un des rares pays dont les ressources sont bien gérées, le Ghana attire de nombreux investisseurs.
Au plan footballistique, les Black stars offrent une image d’unité et de jeu collectif, comme le pouvoir d’Accra. La fédération de foot a placé dans la durée sa confiance dans l'entraîneur en place, l'équipe nationale compte aussi sur des jeunes joueurs locaux ou sur des footballeurs encore peu connus. Il y a une politique plus cohérente, qui explique ce succès. La fédération est plus structurée que dans d'autres pays. Il y a, par exemple, des entraîneurs locaux compétents, un travail de fond sur les jeunes. Dans ce pays, on s'appuie sur le collectif plutôt que sur des individualités. L'équipe nationale est bien gérée, avec un savant mélange entre jeunes loups et footballeurs plus expérimentés.
Au Nigeria, au Cameroun, en Côte d'Ivoire et même chez nous, la démarche s'inscrit davantage dans le court terme, voire dans l'improvisation. Rarissime, le Ghana a connu une alternance au pouvoir et vit une situation politiquement assez stable. Un chef d'État qui se plie aux exigences constitutionnelles, limitant le nombre de mandats présidentiels et qui s'éclipse en passant le témoin à l’un de ses plus farouches opposants. Un fait banal dans les démocraties avancées, où l'alternance au sommet de l'État est une tradition. Seulement, en Afrique, les scènes de ce genre sont plutôt rares. C'est pour cela que tout le continent est admiratif du Ghana, qui a inscrit son nom sur la courte liste des pays qui indiquent, dans les faits, que la démocratie est aussi possible en Afrique.
En effet, à l'issue de l'élection présidentielle de décembre 2008, l'ancienne Gold Coast anglaise donnait une leçon au continent avec sa formidable double alternance à la tête de l'État, puisqu'en plus du changement d'hommes, il y eut en même temps l'avènement d'une autre formation politique aux affaires. Le 7 janvier 2009, le nouveau chef d'État, John Evans Atta-Mills, leader du National democratic congress (NDC), s'installait à Castle Osu à la place de John Kuffuor du New patriotic party (NPP).
Un événement impensable dans nombre de pays, où les Présidents sont scotchés à leur fauteuil, tripatouillant les Constitutions pour régner à vie. Et John Kuffuor a d’autant plus résisté aux sirènes du pouvoir que son pays se préparait à entrer dans le cercle fermé des producteurs de pétrole. Ailleurs, pour les pétrodollars, on s'agrippe au pouvoir. L'alternance au Ghana est le signe d'une maturité certaine de sa classe politique.
Maturité en ce sens que les hommes politiques sont assez fidèles à leur parti et acceptent de végéter et de se battre dans l'opposition pour que leur formation devienne majoritaire un jour. Sous d'autres cieux, les politiques ne savent militer que dans le parti au pouvoir, rendant chimérique tout espoir d’alternance pacifique et démocratique.