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Économie / Finances

Les enfants des sales besognes

Au-delà de la misère

Les enfants travaillent de plus en plus en Algérie, une nécessité qui va au-delà des lois, car entre la misère et le travail, ces enfants choisissent de travailler pour manger à leur faim. C’est l’absence d’un solide filet social qui devient une problématique dans pareils cas.

es visages se ressemblent, des frimousses parfois renfermées, parfois souriantes, parfois agressives aussi, les regards qui s’attardent sur vous.
La vente de cigarettes, de mouchoirs, de journaux, de galette… n’a plus de secret pour eux. Inutile de tenter de deviner l’âge de ces bambins aux jeans délavés et savates usées.Ces enfants, modelés par la nécessité et par la responsabilité, ne semblent pas s’intéresser à leurs accoutrements, ni à leur environnement ; ce qui compte pour eux, c’est de faire une bonne journée. Ils sont partout, à l’entrée des marchés, dans les cafés, sur les routes, les piétonnières.
Chaque emplacement a son importance et tout est à vendre. C’est à l’entrée du marché de Boumaâti, à El-Harrach, que notre regard a accroché celui de Moh. Il dit s’appeler ainsi — tendre diminutif de Mohamed — et qu’il s’est spécialisé dans la vente de cigarettes. Sur sa table de fortune, un cageot recouvert de posters de joueurs de football, Zizou entre autres, il étale sa marchandise : des cigarettes locales et d’importation, françaises surtout, les Marlboro côtoient les paquets de Nassim.                                                     
Son histoire est ordinaire comme celle de tant d’autres qui, poussés par la nécessité,  sont propulsés dans le monde du travail. Moh sourit à mes questions, me trouvant naïve, puis hèle ses copains, les deux frères Nadir et Salah, originaires de Sétif et vivant à El-Harrach aussi. Ils travaillent dans la friperie, l’un est âgé de douze ans et l’autre de quinze. Ils gagnent bien leur vie et ne sont pas près, diront-ils, de reprendre l’école, ni une quelconque formation.
Les ballots richement truffés de toutes sortes de vêtements affriolants pour les femmes et toutes ces jeunes filles nonchalantes qui fouillent inlassablement dans le tas de linge. Les deux frères se regardent, les yeux brillants. “Rien que pour ça !”, diront-ils, en me montrant le spectacle de deux adolescentes accaparées par la recherche minutieuse. Murs avec cela les garçons ! À ma question s’ils étaient malheureux, ils me rient au nez. “Nous mangeons à notre faim et nous nous habillons bien, bien d’autres n’ont pas notre chance.” À haï El-Djorf, le Dubaï algérien, des gamins de tout âge investissent, hiver comme été, les ruelles poussiéreuses et boueuses, posant pèle-mêle leurs marchandises.
L’endroit très fréquenté est une aubaine pour ces enfants-là. Djamel, pas plus haut que trois pommes, vend des sachets de cacahuètes, d’amandes salées et autres. Il a quitté l’école à la mort de son père, il y a trois ans ; et depuis, il a pour mission de renflouer le budget familial.
Les trois garçons de la famille travaillent, dit-il. Chacun a son petit commerce. “Je peux me permettre parfois des baskets, des jeans…” Et l’école ? “Pas question de gaspiller l’argent dans les cahiers, les crayons et autres fournitures très chers, ajouter à cela le prix de l’horrible tablier, pas pour moi. Je peux faire 6 000 DA, parfois plus, quand ma mère m’aide en préparant la galette et les diouls.” La problématique de l’enfant qui travaille semble changer de visage. Faut-il faire respecter la loi et interdire à ces enfants de travailler, alors qu’ils sont une source financière pour leurs familles qu’ils soustraient de la faim ?
L’enfant algérien travaille, les statistiques le démontrent, la réalité sur le terrain aussi. La réalité sociale est dure, mais quel est l’avenir de ces enfants, sachant qu’il n’y a pas de filet social capable de leur assurer une scolarité et des moyens financiers pour vivre décemment.

N. B.

Dans le vif du sujet
En 2001, quelque 478 000 enfants travaillaient en Algérie, dont 47% âgés de moins de 14 ans. Les secteurs d'activité où travaillent les enfants sont essentiellement représentés par le commerce (36,5%), vendeurs à la sauvette, sur un étal au marché, vendeurs de cigarettes et articles divers (29,2%). le travail d’artisan touche quelque 19,6%, surtout des filles (couture, broderie, maroquinerie). Les garçons, 17,2%, se retrouvent dans des garages de mécanique comme manœuvres ou porteurs. 6% d’entre eux sont dans les travaux domestiques, l'agriculture ou le bâtiment et 2,4% travaillent dans les transports souvent comme receveurs dans les J5. Ils sont aussi 7,9% à travailler dans les restaurants et gargotes comme aide-cuisiniers et plongeurs. 44,7% des enfants qui travaillent sont poussés par la pauvreté. À noter que 46,8% des enfants travaillent plus de 8 heures, dont 9,7% plus de 10 heures par jour. 30,6% sont payés au mois et 14,2% à la semaine. Par contre 17,5% sont payés à la pièce et 8,4% à la journée.

N. B.

Les enfants dans le monde par les chiffres
Afrique noire : trois millions d'enfants de moins de 15 ans sont infectés par le sida en Afrique.  
Algérie : 478 000 enfants travaillent en Algérie, dont 47%  âgés de moins de 14 ans.
Inde : 20 000 enfants travaillent 16 heures par jour dans des usines d'allumettes.
Colombie : ils sont plus de trois millions à assurer les revenus de leur famille.
Pakistan : Ils triment dans les sinistres ateliers où ils sont plus de 1 000 millions d’enfants tisseurs de tapis, dont cinq millions d’esclaves.
Angola : 333 000 enfants angolais ont été tués dans les zones de combats.
Mozambique : 490 000 enfants ont connu le même sort dans ce pays.
Tchad : le taux de vaccination des enfants tourne autour de 40% seulement.
L’Ouganda : l’Armée de résistance des seigneurs a enlevé 10 000 adolescents pour servir d’esclaves sexuels, de bêtes de somme pour le transport des armes et du ravitaillement.
Rwanda : des milliers d’enfants ont été tués et quelque 114 000 ont été séparés de leurs parents fin 1994.