Économie / Finances

Santé financière de l’Algérie

Tous les signaux sont au rouge

©Louiza/Liberte

Les paradoxes en temps de crise
Les chiffres du Cnis du 1er trimestre 2015 donnent la mesure de la dégradation de la situation financière du pays. La balance commerciale est  déficitaire pour cette période, ce qui n’était pas arrivé depuis plus de dix ans. Même topo pour la balance des paiements. Les réserves en devises sont en train également de fondre.

 

Pendant que se détériore progressivement notre situation financière, la riposte du gouvernement est sans commune mesure avec la gravité de la crise. Tout se focalise sur la rationalisation des importations : licence d’importation, exigence d’un nouveau certificat de conformité pour les véhicules. Mais ces mesures tardent à se concrétiser sur le terrain. Il faut s’attendre à leur application au 2e semestre 2015, du moins qu’elles produisent leur plein effet durant la deuxième moitié de l’année en cours.
Tel est également le cas de la loi de finances complémentaire qui sera promulguée vraisemblablement en juin ou juillet 2015 et qui marquera sans doute la finalisation du plan anticrise.
Plus de dix mois après la chute des prix du pétrole, on aura donc fait l’économie, d’une part, de la barrière des normes pour rejeter les produits non conformes et contrefaits et donc réduire les importations et, d’autre part, des arbitrages dans les dépenses de l’État. On aura donc également fait l’économie d’afficher le plan quinquennal 2015-2019 qui donnera la mesure de notre capacité à poursuivre notre développement en période de vaches maigres.
Il est clair que sans changements profonds dans l’orientation de notre économie, nos réserves de change risquent de se rétrécir comme une peau de chagrin et, donc, de nous priver de la possibilité de renforcer notre économie et de répondre aux besoins de la population à partir de 2019.
En attendant, le gouvernement temporise sur le plan budgétaire, en faisant la sourde oreille, s’agissant de réduire le train de vie de l’État en vue de desserrer l’étau budgétaire et en termes de redressement de l’appareil productif et de ré-industrialisation à travers les lenteurs à libérer l’initiative privée, à améliorer le climat des affaires, à favoriser notamment l’accès au foncier et au financement bancaire.
Ces tergiversations vont sans doute se payer à travers une aggravation de la crise dès 2016 si les prix du pétrole continuent leur chute. Le gouvernement sera alors au pied du mur, obligé de recourir à des mesures plus douloureuses qui seront mal acceptées par la population. Le glissement du dinar, la hausse des prix, l’augmentation du chômage, qui les assumera ?
Qui calmera alors la colère du peuple habitué à la mauvaise gestion des deniers publics, à un injuste partage du fardeau et à un train de vie ostentatoire à la tête de l’État ? Il est clair que si dès maintenant, nous ne prenons pas les mesures adéquates, la situation deviendra dangereuse pour la stabilité du pays.