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Économie / Grand Angle

Souhil Meddah, Analyste financier et Promoteur en bourse

“Les émetteurs ne peuvent pas s’engager sur des investissements très lourds”

© D.R.

Liberté : Les dirigeants des entreprises cotées à la Bourse d’Alger critiquent le fonctionnement de ce marché. Selon vous, qu’est-ce qui fait que les entreprises admises à la cotation sont souvent si critiques à l’adresse de la SGBV ?
Souhil Meddah :
Pour comprendre cette problématique, il est utile de savoir que le marché financier fonctionne en deux types de marchés. Un marché primaire dans lequel les sociétés émettent publiquement leurs actions, soit dans le but de financer leurs structures financières respectives ou, au contraire, de payer les investisseurs actuels pour le compte d’autres investisseurs nouveaux par voie de cession d’actions dans le cas où il s’agirait tout simplement d’une offre publique de vente. Ensuite, les actions sont en totalité émises (capital flottant avec le capital nominal) sur le marché secondaire en vue de maintenir la cote sur un marché régulier et permanent d’échange. Cette tâche engage beaucoup les intermédiaires en opérations de bourse (IOB) qui, de par leur rôle, doivent veiller à assurer l’offre et à alimenter la demande en titres de participation cessibles entre investisseurs de toutes natures, institutionnels ou privés. Cette phase de dynamisation du marché du négoce financier se base entièrement sur le principe de l’offre et de la demande. Face à cela, le marché réel dans lequel exercent les sociétés cotées en bourse contribue indirectement dans la variation des titres concernés en influant sur les décisions et des intentions d’achat des investisseurs potentiels, d’abord pour se rapprocher de ce marché d’occasion ou secondaire et, ensuite, en misant sur des titres qui sont compétitifs ou non, rentables sur un plan de profitabilité ou non. Et dans cet ordre d’analyses, la circulation de l’information financière devient importante, surtout dans des cycles particuliers dans lesquels on peut toujours se heurter à des variations conjoncturelles temporaires avantageuses ou non avantageuses. À partir de ce constat, un opérateur coté en bourse peut coïncider son appel pour une nouvelle dotation sur le marché primaire. Il doit au préalable s’assurer si une future épargne publique lui permettrait de garantir ou non une potentielle levée de fonds. Il peut ensuite décider s’il doit faire appel à plusieurs ou à un seul investisseur. 

L’on annonce, en revanche, la volonté de nouvelles entreprises d’aller lever des fonds à la Bourse d’Alger en dépit de toutes les carences qu’on vient de citer. Pensez-vous qu’en cette période de crise et de difficulté d’accès aux financements bancaires, les entreprises, dont la trésorerie est en difficulté, n’ont plus le choix que d’emprunter le chemin de la Bourse ?
Dans l’état actuel des choses, seul le compartiment PME peut faire appel à des financements compensateurs sur le marché primaire qui ne peut pas élargir sa population d’investisseurs. L’avantage chez le compartiment PME est double pour les émetteurs ; ceux-ci avancent avec moins de stress financier et sont capables de mobiliser graduellement des fonds, dans des proportions flexibles et maîtrisables en fonction de leurs plans d’investissement qui peuvent être segmentés en plusieurs phases. D’un autre côté, les investisseurs potentiels peuvent eux aussi investir sur des titres nouveaux à moindre coût et en quantités modestes et desquels ils peuvent espérer des rendements adaptés par rapport à leur contribution financière. En termes plus clairs, l’écosystème actuel ne permet pas aux émetteurs de s’engager sur des plans d’investissement très lourds et ne garantit pas un apport important des investisseurs étant donné que le seuil limité. Le marché financier peut compter sur une dynamique potentiellement maîtrisée et régulée, mais il ne doit pas dépasser la logique morale par rapport à une offre financière qu’il faudrait optimiser. Il est alors préférable de réaliser et de garantir une à deux IPO par an, plutôt que de courir derrière une dizaine, sachant que les formes de capitalisation doivent être bien étudiées et les secteurs ou les émetteurs doivent être très bien sélectionnés. 

Quid des entreprises publiques qui devaient accéder à la Bourse ? Le processus a-t-il été suspendu ?
Il n’y a aucune utilité urgente de s’appuyer sur ce segment d’affaires ; l’actualité macroéconomique nous apprend qu’il faut d’abord prendre en charge les investissements émergents qui ont besoin de financement alternatif ou compensateur. Le rôle des entités publiques est celui d’être la locomotive qui soutient l’émergence de ces nouvelles entités sur le marché réel. Il est donc inutile de miser sur un cadre de façade qui ne peut qu’interférer dans les cycles de mobilisation des ressources directes sans pour autant fructifier les rendements des équilibres des structures financières de ces entités publiques. À titre d’exemple, si une entité qui dégage un taux de rendement de 10% sur son capital nominal, et si elle veut tripler sa valeur action en allant sur le marché et en ouvrant le tiers de son capital, avec le même niveau d’activité, elle verra le rendement sur sa valeur actions descendre à 3% ou 4% maximum. 
Cette tendance sera mauvaise pour l’entité émettrice, sur son image notamment, et elle occasionnera aussi un manque à gagner très important à l’émetteur par rapport au marché de placement plus rentable, et aussi pour les institutionnels si on fait la même comparaison par rapport au marché de la dette.
 
Plus globalement, qu’est-ce qu’il faut faire pour sortir la Bourse d’Alger de sa léthargie ? Sa situation ne renvoie-t-elle pas une mauvaise image de l’économie du pays, la seule de la région qui n’est pas dotée d’un marché financier dynamique ?
Cette question doit être traitée avec une très grande flexibilité. Actuellement, il faut que le marché financier se tourne vers les émetteurs de moindre importance tout en misant sur une progression sûre mais graduelle en même temps. Les décisions de booster ou non les différents compartiments doivent veiller d’abord à ce que l’écosystème soit capable de soutenir n’importe quelle opération d’émission ou d’offre publique. Dans les conditions actuelles, le marché financier peut ouvrir un chemin de dynamisation à travers des émetteurs crédibles, notamment ceux du compartiment PME qui gardent toutes leurs chances de s’alimenter à partir des agrégats financiers qui peuvent s’offrir pour leurs besoins actuellement. À ce jour, il y a une PME qui vient de s’engager pour atteindre cet objectif ; il s’agit de la société Casbah Spa, qui a déposé récemment sa demande avec son dossier pour visa et admission auprès de la COSOB. 
 

Propos recueillis par : Ali Titouche


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