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Économie / Grand Angle

Recul de la croissance et de l’investissement

Les nuages s’accumulent sur l’économie algérienne en 2020

© D. R.

“L’état de notre économie inspire de sérieuses inquiétudes pour les trois années qui viennent”, estime Mouloud Hedir, économiste et expert des politiques commerciales. M. Hedir indique que la loi de finances 2020 prévoit un taux de croissance de 1,8%, “ce qui, en soi, est insuffisant et préoccupant, sachant l’ampleur des défis économiques et sociaux auxquels fait face l’Algérie”.

L’économiste signale qu'au cours des dernières années, la croissance effective aura été largement en deçà des prévisions du gouvernement. “Ainsi, pour 2017 et 2018, les projets de loi de finances tablaient sur une croissance à respectivement 3,9% et 4,0%, là où celles réalisées se situaient à 1,3% et 1,4%. Pour 2019, la prévision était affichée à 2,6%, objectif qui semble d’ores et déjà hors d’atteinte quand on voit que, selon l’ONS, la croissance était à 0,8% seulement au premier semestre 2019”, relève-t-il.

M. Hedir évoque également “la baisse, depuis une dizaine d’années, de la production d’hydrocarbures, secteur qui reste la véritable colonne vertébrale de l’économie”. Ce recul de la production d’hydrocarbures entraîne “celle des quantités disponibles à l’exportation, au vu de l’augmentation rapide de la consommation nationale de produits énergétiques”.

L’économiste note que “le budget 2020 a entériné une chute sévère, à hauteur de 20%, des dépenses d’équipement dont chacun sait qu’elles restaient à ce stade le principal moteur de la croissance”. Pour M. Hedir, tout indique donc que la croissance restera anémique en 2020. “On attendra bien sûr les inflexions éventuelles que les nouvelles autorités pourraient introduire dans les mois qui viennent.

Même si les réformes de notre organisation économique, dont chacun reconnaît l’urgence, ne produiront d’effet positif qu’à moyen terme”, estime l’économiste. “Il faudra beaucoup de temps, d’efforts et de patience pour remettre de l’ordre dans le climat d’investissement et pour rétablir la confiance gravement abîmée entre les pouvoirs publics et le monde de l’entreprise”, prévoit M. Hedir.

Un constat partagé par un analyste financier qui soutient qu’en 2020, “nous allons probablement commencer à vivre les conséquences de l’absence de réformes que les experts appelaient à mettre en œuvre depuis au moins 10 ans”. À cela s’ajoute, indique-t-il, le traumatisme que vit le monde de l’entreprise, le monde financier et l’administration économique.

Selon lui, les entreprises, celles qui sont en bonne santé, ont intégré qu’elles n’auront pas de croissance en 2020. D’autres, plus nombreuses, vont devoir tenir compte de l'effet domino de la baisse des commandes publiques, des défaillances de clients laissant des impayés et le quasi-gel du financement par les banques.

“Cela va probablement se répercuter sur l’emploi et la consommation”, présage l’analyste. Pour l’investissement, indique-t-il, “le peu de projets qui ne sont pas gelés sont stoppés ou ralentis par le traumatisme subi par l’administration économique”. Il constate que “les «enquêtes» mobilisent et terrifient les administrations.

Elles n’ont plus de temps à consacrer aux dossiers d’investissement et ne veulent plus rien signer”. Naturellement, dans ce contexte, ajoute l’analyste financier, “il ne faut pas s’attendre à une croissance de l’investissement”. Ce que l’ONS (Office national des statistiques) confirme. Les comptes nationaux du deuxième trimestre 2019 font ressortir un ralentissement du rythme de croissance de l’économie nationale.

Le second trimestre de 2019 a été marqué par un freinage très important de l’investissement qui a connu une évolution de 0,9% contre 4,1% à la même période en 2018. Dans un rapport publié le 9 octobre, la Banque mondiale avait indiqué que l’incertitude politique devrait entraîner un ralentissement du secteur hors hydrocarbures en 2019.

Des informations qui rejoignent les prévisions de la société d’assurance-crédit Euler Hermes, qui pointe le risque de récession pour l’économie algérienne. L’assureur-crédit table sur une croissance annuelle de +0,5% seulement en 2020. Par ailleurs, de nombreux signaux d’alarme lancés par des associations professionnelles évoquent un ralentissement sensible de l’économie nationale.
 

Meziane Rabhi


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