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Égypte

De plus en plus de peines de mort sous Sissi

© D. R.

Procès de masse, condamnations à mort et exécutions se sont multipliées dans l'Égypte du président Abdel Fattah al-Sissi, où des dizaines de détenus attendent encore dans les couloirs de la mort une possible exécution par pendaison. Depuis la destitution du président islamiste Mohamed Morsi par l'ex-chef de l'armée en 2013, une répression impitoyable s'est abattue sur toute forme d'opposition, islamiste ou non. En 2008, au moins 2 personnes avaient été exécutées et au moins 5 en 2009, selon Amnesty International. Selon un rapport publié mercredi par l'ONG, l'Égypte occupait en 2018 le sixième rang mondial dans le classement des peines de mort appliquées annuellement avec au moins 43 personnes exécutées. “Par ailleurs, le nombre de sentences capitales prononcées est monté en flèche jusqu'à atteindre 717 condamnations à mort, chiffre le plus élevé jamais enregistré par Amnesty International dans le pays”, a souligné l'ONG. Et selon un rapport publié récemment par des organisations locales de défense des droits humains, 92 personnes au total auraient été exécutées en 2017 et 2018. En 2019, au moins 15 personnes ont déjà été exécutées en Égypte, selon un décompte établi par l'AFP. Lors d'un sommet avec des dirigeants arabes et européens en février à Charm el-Cheikh, M. Sissi avait vivement défendu la peine capitale. Interrogée par l'AFP, la rapporteure spéciale de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Agnès Callamard, a estimé que l'utilisation accrue de la peine de mort en Égypte s'apparente à des exécutions arbitraires en vue de réprimer la contestation. De son côté, l'ONG de défense des droits humains Reprieve, basée à Londres, estime qu'au moins 2159 personnes ont été condamnées à mort entre 2014 et 2018. Des centaines ont ensuite vu leurs condamnations commuées en peines de prison, dont M. Morsi lui-même. Dès 2014, l'ONU avait dénoncé les procès de masse en Égypte jugés contraires à la loi internationale. Selon une source judiciaire égyptienne familière du système pénal du pays, il n'y a aucune politisation de ces affaires. “Nous appliquons l'islam selon ses lois et cela vous irrite ? Si vous êtes un terroriste qui a tué, vous devez être tué aussi”, a-t-il dit à l'AFP sous le couvert de l'anonymat. La charia, ou loi islamique, est la principale source de la loi égyptienne, selon la Constitution de 2014. Elle légitime l'utilisation de la peine capitale. De son côté, Mme Callamard estime que les circonstances menant à ces condamnations sont un grand sujet d'inquiétude. La rapporteure a aussi fustigé la communauté internationale pour n'avoir pas demandé davantage de comptes à l'Égypte. “Ce silence (international) assourdissant est devenu une partie intégrante de la montée en flèche des violations des droits humains en Égypte”, a-t-elle dit.
 

R. I./Agences


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