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La dialectique des “gilets jaunes”

Depuis qu’il a émergé, à la fin octobre 2018, le mouvement dit des “gilets jaunes” n’en finit pas de faire des vagues. Perçu initialement comme un simple agrégat de protestations qui s’estomperait avec le temps, celui-ci perdure. Et il va jusqu’à défier le pouvoir français, voire, potentiellement, sa stabilité. On peut penser que les médias parlant de ces évènements comme d’une “guerre civile” sont dans l’excès. Pour autant, les violences qui accompagnent les actions de certains “gilets jaunes” dépassent, de fait, les bornes auxquelles sont censées se limiter les contestations dites pacifiques.

De quoi est parti ce mouvement ? Pour les uns, c’est la décision du gouvernement français de procéder à une hausse des taxes sur le carburant qui est en cause ; pour les autres, ce sont plus généralement les politiques économiques préconisées par Emmanuel Macron et le gouvernement français, et ce qu’elles portent en termes de “démantèlement des acquis sociaux”, qui génèrent un sentiment de révolte populaire. Et ces derniers d’ajouter que si des casseurs se sont probablement glissé dans les rangs des “gilets jaunes”, cela ne devrait pas pour autant nous pousser à décrédibiliser le mouvement dans son entier.
En tous cas, les passions déchaînées dans les médias français, entre qui voit dans les “gilets jaunes” l’expression d’un mouvement de type anarchiste et violent, et qui jette plus allègrement la pierre à un gouvernement accusé de favoriser les riches plutôt que les modestes, reflètent bien l’ampleur et du débat, et de la crise.
Malgré les récupérations politiciennes, il est dur de douter de la sincérité de manifestants excédés par les effets des politiques socioéconomiques courant en France. L’impression de déconnexion donnée par le gouvernement devant les priorités et besoins du commun des Français n’ont pour leur part rien arrangé à la situation.
Le pouvoir français a beau dénoncer une “dérive” de ce mouvement, sa “violence”, voire son caractère “homophobe” et “raciste”, l’aboutissement des courses a plutôt mis le gouvernement face à ses contradictions. L’annonce faite par le Premier ministre français Édouard Philippe de la suspension de certaines taxes et mesures à l’origine de cet épisode sont, dans les faits, un aveu d’erreur. Mais elles ne paraissent pas suffire à mettre un terme au mouvement populaire ainsi lancé.
Il faudra bien du temps à Emmanuel Macron avant que de pouvoir, éventuellement, renverser la dynamique sociopolitique en sa faveur ; mais son salut peut venir du fait que la mémoire du peuple est généralement courte.
Parallèlement, le cœur des “gilets jaunes” se voit pour sa part des raisons de croire en un avenir meilleur. Parti de rien sinon d’une contestation légitime, sans leader attitré ou connu, fort d’une médiatisation amplifiée par les réseaux sociaux mais aussi – ne l’oublions pas – par les supports médiatiques plus traditionnels, le mouvement a d’ores et déjà fait date. Et cette forme, renouvelée plutôt que réellement nouvelle, d’action collective et de contestation de l’ordre socioéconomique ambiant, ne manquera pas de faire des émules. Le fait pour les “gilets jaunes” d’avoir suscité des vocations au-delà des frontières de l’Hexagone le montre déjà. Faut-il pour autant voir dans les “gilets jaunes” une répétition des “Révolutions de couleur”, voire du “Printemps arabe” ? Oui, si l’on admet la difficulté à croire en un bouleversement des structures gouvernantes ou en un démantèlement des systèmes en place.
On fantasme souvent sur les formes de contestation populaire, sur l’avènement du marxisme, sur la “révolution du prolétariat” ; cela viendra peut-être. Mais pas nécessairement maintenant. Les Français ont été touchés dans leur portefeuille ; ils ont réagi, et à raison.
Il y a cependant fort à parier que ceux-ci rentreront leurs vestes une fois rassurés sur leurs perspectives de reste de mandat présidentiel. Il semble en aller ainsi de la nature humaine, certes prête à accoucher d’un esprit de solidarité, mais sans pour autant que celui-ci n’aille jusqu’à aller entièrement bouleverser les conventions. Les “gilets jaunes” ne sont ni mai 1968 ni même 1789. L’avènement de “la” Révolution paraît devoir encore attendre.


B. M.
(*) Directeur de Stractegia Consulting et enseignant universitaire à Madrid


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