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En crise depuis deux mois

La Tunisie se dote d'un nouveau gouvernement

Le président tunisien Kaïs Saïed a chargé Najla Bouden de former un gouvernement en Tunisie © D. R.

Si la formation d’un nouveau gouvernement constitue un certain soulagement, l’enjeu reste celui du système politique que le président Kaïs Saïed veut démanteler en touchant à la Constitution de 2014, qui a instauré un régime parlementaire, au cœur de cette crise aujourd’hui.

Après plus de deux mois d’attente, la Tunisie s’est doté d’un nouveau gouvernement, dont les ministres ont prêté serment dimanche soir, quelques heures après une manifestation de l’opposition et de la société civile à Tunis que la police a vainement tenté d’empêcher, blessant quelques militants qui dénoncent “le putsch” de Kaïs Saïed contre la démocratie.

Pour la première fois dans l'histoire du pays, le gouvernement, qui a prêté serment devant M. Saïed lors d'une cérémonie retransmise à la télévision, est dirigé par une femme, l'universitaire Najla Bouden, nommée le 29 septembre. Mais celle-ci ainsi que son équipe jouiront de prérogatives considérablement réduites après le coup de force présidentiel.

Dans un discours lors de la prestation de serment, Mme Bouden a affirmé que “la lutte contre la corruption sera le plus important objectif de son gouvernement” qui compte 25 membres, dont 9 femmes, outre sa cheffe. 

Elle a ajouté que “son équipe œuvrerait pour redonner aux Tunisiens confiance en l'État et améliorer leurs conditions de vie”. Seuls deux ministres dans le nouveau gouvernement, ceux des Affaires étrangères, Othman Jarandi, et de l'Éducation, Fethi Selouati, sont des rescapés de l'exécutif limogé. 

Le portefeuille de l'Intérieur a échu à Taoufik Charfeddine, un proche de M. Saïed qui avait occupé ce poste en 2020 avant d'être limogé par l'ex-Premier ministre, Hichem Mechichi. Ce dernier est à son tour limogé le 25 juillet dernier, par le chef de l’État, qui a gelé aussi l’activité du Parlement dominé par les islamistes d’Ennahdha et son allié Qelb Tounès, dont le chef, Nabil Karoui, est en détention provisoire en Algérie pour séjour illégal.

Cette décision a entraîné la Tunisie dans une impasse, Kaïs Saïed voulant se débarrasser du pouvoir du Parlement, en affichant sa volonté d’amender l’actuelle Constitution, suspendue de facto après avoir pris fin septembre dernier des “mesures exceptionnelles”, lui permettant de légiférer par décret. 

Ce qu’une partie des Tunisiens (partis, citoyens et société civile, journaliste et militants des droits de l’homme) a dénoncé, estimant qu’il s’agit d’une remise en cause des acquis de la révolution populaire de 2011, craignant une “dérive autoritaire” du locataire du Palais de Carthage.

Pour sa part, la puissante centrale syndicale, l’Union générale des travailleurs algériens (UGTT) a appelé à un “dialogue constructif”, suggérant l’organisation d’un scrutin législatif anticipé pour dénouer cette crise. Mais Kaïs Saïed demeure sourd à ces appels et se montre déterminé à aller jusqu’au bout de sa démarche, en dépit des fortes inquiétudes qu’il suscite en Tunisie et à l’international.
 

Lyès MENACER/Agences

 


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