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Réunion sur fond de guerre commerciale

Le G20 se heurte à ses divergences

Christine Lagarde, directrice générale du FMI, et Nicolás Dujovne, ministre des Finances de l’Argentine. © D.R.

Au regard des intentions américaines, les grands argentiers du G20 ne pourront que constater leurs divergences sur le front commercial.

Le G20 des ministres des Finances et gouverneurs des banques centrales a débuté hier à Buenos Aires, dans un contexte de tensions commerciales aiguës entre les États-Unis et le reste du monde. Des tensions initiées par le virage protectionniste du président Trump et suivies des menaces de rétorsions de la Chine, du Canada, de l'Union européenne et du Mexique. La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, a donné, dès mercredi, le ton de cette troisième réunion du G20 Finances sous présidence argentine, en assurant que la guerre commerciale pourrait réduire le PIB mondial de plus de 400 milliards de dollars. Lors de ce sommet du G20 qui a débuté hier à 17h30 (heure algérienne), l’administration Trump, à l’origine de cette guerre commerciale, aura à répondre aux inquiétudes que suscite la politique commerciale des États-Unis. “Nous répondrons aux inquiétudes sur la politique commerciale américaine”, a indiqué, mardi, un haut responsable du Trésor américain, ajoutant que l'administration Trump dénoncera à nouveau “l'agression économique de la Chine”.
L’administration américaine semble donc rester sur une ligne dure vis-à-vis de la Chine accentuant ainsi les tensions. Preuve des tensions toujours grandissantes, lors de ce sommet, le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, n'a pas prévu de rencontres bilatérales officielles avec les officiels chinois. Par ailleurs, vendredi, le président américain, Donald Trump, s'est dit prêt à imposer des taxes punitives sur la totalité des importations chinoises, qui représentaient 500 milliards de dollars en 2017. Les États-Unis ont déjà imposé des droits sur 34 milliards de dollars de marchandises chinoises, et 200 autres milliards de dollars ont été examinés. La Chine a déjà riposté avec 34 milliards de dollars de ses propres tarifs. Par ailleurs, l’EU, de son côté, a musclé sa riposte. En effet, des mesures dites de sauvegarde sont entrées en application la veille du sommet. Elles sont destinées à protéger l’industrie sidérurgique européenne de l’acier étranger qui ne trouve plus de débouchés aux États-Unis à cause des taxes punitives de Trump.
Au regard des intentions américaines, les grands argentiers du G20 ne pourront que constater leurs divergences sur le front commercial. En adoptant une politique résolument protectionniste, l’administration américaine prend ainsi ses distances avec le multilatéralisme commercial. D’ailleurs, le directeur général de l’OMC, Roberto Azevêdo, s’est inquiété, au début de ce mois, de l’augmentation marquée des nouvelles mesures restrictives dans le commerce parmi les économies du G20 qui devraient être une réelle préoccupation pour la communauté internationale.
Entre mi-octobre 2017 et mi-mai 2018, les pays du G20 s’imposent mutuellement 39 nouvelles mesures restrictives commerciales. Il s’agit notamment de hausses tarifaires, de procédures douanières plus strictes, d’imposition de taxes et de droits d’exportation. Ce qui équivaut à une moyenne de près de 6 mesures restrictives par mois. Une moyenne nettement plus élevée que les 3 mesures par mois enregistrées auparavant. Selon le DG de l’OMC, les mesures commerciales restrictives supplémentaires constatées récemment sont un indice que la détérioration des relations commerciales pourrait être encore pire que celle enregistrée ici. Cette escalade continue constitue une menace sérieuse pour la croissance et la reprise en cours dans tous les pays.


Saïd Smati