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Le paradoxe jordanien

La Jordanie a rarement été le pays où la vie coulait sous un long fleuve tranquille. Si les Hachémites – dynastie d’origine de la famille régnante jordanienne – pouvaient se targuer, il y a un siècle de cela, d’avoir d’excellentes relations avec “la perfide Albion”, ils ont aussi connu une significative contraction de leurs ambitions régionales. En 1916, les Hachémites croyaient encore en la possibilité pour eux de bâtir un royaume qui engloberait une partie de la péninsule Arabique, la Syrie, l’Irak, la Jordanie et “la Palestine”, promesse britannique à l’appui ; ils opérèrent ainsi un soulèvement réussi qui aidera les Britanniques à se défaire des Ottomans sur la péninsule Arabique.
Mais les Britanniques ne tinrent pas parole. Le territoire de la Jordanie s’est réduit à un peau de chagrin par rapport aux attentes initiales des Hachémites. Or, la Jordanie a toujours eu du mal à faire autrement que de compter sur des alliances étrangères. Le long de la première moitié du XXe siècle, elle était avec les Britanniques ; en 1957, avec la promulgation de la doctrine Eisenhower (octroi d’aides aux pays arabes pour les “protéger” du communisme), elle tournera pro-américaine. Le chercheur Jean-Christophe Augé voit dans ces “choix” (sic) pro-occidentaux l’expression d’une “marque de fabrique congénitale” (Revue Internationale et Stratégique, numéro 49). Or, les alliances pro-occidentales ne servent pas toujours. Les protestations récentes qui ont coûté sa place au Premier ministre Molki Hani al-Molki ont, certes, été occasionnées par les mesures fiscales que celui-ci avait annoncées : augmentation des impôts aux individus et aux sociétés, sur fond d’augmentation déjà engagée des prix de l’essence, de l’électricité, ou encore de denrées essentielles telles que le pain.
Mais si la Jordanie se réfugie derrière l’instabilité régionale et le poids des réfugiés pour expliquer ses problèmes, elle feint d’oublier qu’elle avait connu des manifestations similaires en 1989, et en 2011-2012. Et que ses problèmes sont plus liés aux injonctions du Fonds monétaire international (FMI) et à une faiblesse structurelle qu’au poids des désastres régionaux, aussi importants soient-ils. Confrontée à des tensions menaçantes, la Jordanie a eu pour réflexe de se retourner vers trois de ses riches alliés du Golfe : l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis et le Koweït. Ceux-ci, “bons princes”, se sont engagés à soutenir la Jordanie à hauteur de 2,5 milliards d’euros d’aides, échelonnées sur les cinq ans à venir ; ils ont aussi, parmi autres dispositions, octroyé des garanties à la Banque mondiale, probablement aux fins de tempérer son pessimisme devant les perspectives de croissance jordanienne pour 2018.
La contribution de ces pays – à côté de laquelle les 20 millions d’euros débloqués à titre exceptionnel par l’Union européenne font pâle figure – a évidemment un prix en retour, qui va au-delà des douces palabres sur la “solidarité arabe”. La Jordanie, contrainte par sa pauvreté, ses problèmes structurels, sa dépendance financière et son explosif environnement géopolitique, fait ainsi office depuis plusieurs années de facilitateur – ou de relais – pour les demandes “du Golfe” en général et des Saoudiens en particulier. Cela s’est vu en Syrie, où elle a contribué, dès les débuts du “printemps arabe”, à l’appui des rebelles anti-régime syrien et à leur entraînement sur son sol ; à sa contribution active à la coalition anti-Daesh mise en place par l’administration Obama ; mais aussi à sa posture de réceptacle pour quelque 700 000 (selon le HCR) à 1,3 million (Jordanie) de réfugiés syriens, le tout dans un contexte dans lequel prévaut un relatif calme des relations jordano-israéliennes – fait bienvenu pour éviter une montée supplémentaire des tensions régionales.
Mais les manifestations en Jordanie se doivent aussi, en partie, à la baisse des subsides octroyés par le Golfe, baisse des cours pétroliers oblige ; aujourd’hui, ces États du Golfe ne font ainsi que procéder à un rééquilibrage des comptes. Et à récompenser la Jordanie pour sa discipline géopolitique passée, et à venir ; là est le prix de la navigation historique de la Jordanie entre les écueils de ses politiques contraintes. Et s’il paraît évident que ce système n’est pas tenable, le paradoxe est qu’il n’en a pas moins largement réussi à faire ses preuves jusqu’à l’heure.

Par : Barah MIKAÏL
Barah Mikail, enseignant-chercheur à Madrid et directeur de Stractegia Consulting.


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