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A la une / International

Rachid KHECHANA, fondateur du Centre Maghrébin d’études sur la Libye, à Liberté

“Les Kadhafi ont des chances d’obtenir 10% des voix aux prochaines élections”

© D.R.

Rachid Kechana, journaliste tunisien et correspondant de plusieurs médias étrangers à Tunis, a créé en 2015 le Centre maghrébin d’études sur la Libye (CMEL) qu’il a doté d’une revue académique, Libyan affairs, un an plus tard. Dans cet entretien qu’il a aimablement accordé à Liberté, il revient sur les grandes questions qui agitent la scène politico-sécuritaire libyenne à quelques mois d’une présidentielle charnière, dont la tenue en septembre n’est pas vraiment sûre.

Liberté : Seïf-el-Islam a annoncé sa candidature à la prochaine présidentielle. Sera-t-elle retenue sachant qu’il est toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt international, mais en même temps les parties impliquées dans la crise appelant à une réconciliation libyenne sans exclusion ?
Rachid Khechana : Il ne peut s’agir que d’une candidature symbolique, visant à relever le moral des partisans de l’ancien régime. Étant sous la coupe à la fois d’un mandat de la Cour pénale internationale et d’un jugement par contumace de tribunaux libyens, Seïf el Islam sait pertinemment qu’il ne pourra jamais entrer en compétition avec des candidats potentiels, tels que Fayez Sarraj ou Khalifa Haftar. Les écueils et handicaps qui clouent le projet politique de Seïf sont de trois ordres :
Primo : par ses menaces musclées, il s’est marqué dans la mémoire collective de ses concitoyens comme le tenant de la réponse répressive à la révolte du 17 février. Les Libyens ne lui ont pas pardonné cela.
Secundo : le projet réformiste dont il a porté l’étendard entre 2008 et 2010, a été rayé d’un trait par son père, sans qu’il réagisse ne serait-ce qu’en défendant les anciens opposants qui ont rejoint sa “Fondation de demain” (Moassasat Al-Ghad). Du coup, sa promesse de doter le pays d’une Constitution fut un fiasco total.
Tertio : les Libyens ont montré qu’ils veulent tourner la page et l’ont affirmé tout haut le 17 février dernier en sortant en masse place des Martyrs, au centre de Tripoli, pour dire : “Non au retour en arrière”, en dépit de toutes les contraintes et difficultés auxquelles ils font face tous les jours. Il s’agit là d’un message fort, plein de symboliques et de messages à qui veut le lire. Un autre handicap de taille réside dans la rivalité entre Seïf et Ahmed Kaddaf Eddam, cousin de Moammar Kadhafi et ancien coordinateur des relations avec l’Égypte (qui réside actuellement au Caire) sur le leadership de la tribu des K’dhadhfa. Cela ne veut pas dire que Seïf et même Kaddaf Eddam ne jouissent pas d’une certaine popularité, essentiellement parmi les partisans du régime déchu. Au contraire, il n’est pas exclu qu’ils réussissent quelques percées, surtout dans des fiefs tels que la région de Beni Oualid (centre) ou même à Ouechafana (ouest). Un sondage réalisé dans la Tripolitaine au mois de novembre par le Centre maghrébin d’études sur la Libye (CMEL) basé à Tunis, a montré que les kaddafistes ont des chances d’obtenir 10% des voix dans les prochaines élections générales. Cela nous rappelle les scores obtenus par les ex-partis communistes dans les pays de l’Europe centrale et orientale après la chute du mur de Berlin.
 
Se dirige-t-on vers un report de la présidentielle  libyenne, en raison de la situation politique et sécuritaire actuelle ?
Certes la tenue des élections dépend de la stabilité et de la sécurité non pas dans une région mais dans tout le pays. Pour le moment et au-delà de quelques villes où les membres de Daech contrôlent toujours des quartiers ou des banlieues, la situation générale est maîtrisable. Si le général Haftar est associé au processus électoral, tous les autres risques demeurent minimes.

Un rapport intermédiaire de l’ONU accuse l’Égypte et les Émirats d’ingérence en Libye et de violation de l’embargo sur les armes dans ce pays. Les tribus du Sud libyen accusent de leur côté la France et l’Italie de soutenir un projet de scission en Libye. L’ONU ne devrait-elle pas afficher plus de fermeté face à toutes ces ingérences qui impliquent aussi la Turquie et le Qatar, entre autres ?
Il est difficile pour l’ONU de dénoncer ses membres, surtout quand ils sont membres permanents du Conseil de sécurité. Les ingérences des uns et des autres en Libye sont un secret de Polichinelle. L’Égypte, la France, l’Arabie Saoudite, les Émirats ainsi que la Jordanie soutiennent militairement et financièrement les troupes fidèles au maréchal. En contrepartie, le Qatar, l’Italie et la Turquie soutiennent la coalition islamiste qui contrôle la capitale Tripoli et dont le noyau dur se trouve à Misrata (centre).

Pour la première fois, les forces armées menées par Haftar et celles menées par Sarraj ont coordonné leurs efforts pour lutter contre les mercenaires tchadiens et soudanais dans le Sud libyen. Est-ce un pas vers l’unification des rangs de l’armée libyenne ou c’est conjoncturel ?
Les Libyens sont encore loin de la réunification de l’armée. Les rivalités très vivaces entre Sarraj et Haftar, par exemple, et entre la Cyrénaïque et la Tripolitaine en général font que chacun est en train d’essayer de contenir l’autre. En plus, l’addition des milices de la Tripolitaine aux soldats qui ont défendu l’ancien régime et qui ne croient nullement aux principes et idéaux de la Révolution du 17 Février, dirigés par Haftar sous l’appellation d’“Armée nationale arabe”, ne crée pas une véritable armée républicaine.

Haftar a-t-il des ambitions présidentielles ou cherche-t-il seulement à être le chef de l’armée libyenne après le règlement de la crise en Libye ?
Bien évidemment il veut devenir le maître du pays et prendre sa revanche sur Kadhafi qu’il accuse de le laisser capturer par les forces tchadiennes et françaises en s’abstenant de lui envoyer les renforts nécessaires. Mais si Haftar perd la présidentielle, il fera tout pour conserver quand même le statut de maître de l’armée régulière. En tout cas, c’est ce qu’il souhaite.

Des responsables et miliciens misratis empêchent le retour des déplacés de Tawargha dans leur ville depuis environ un mois, sans que personne bouge le petit doigt dans le reste du pays. Cela signifie-t-il qu’aucune force ne peut rivaliser avec Misrata qui semble être un véritable pivot dans le jeu politico-sécuritaire libyen ?
En effet, les Misratis sont très puissants économiquement et militairement. La preuve c’est que le président du Conseil d’État Abderrahmane Souihli est l’un de leurs leaders et rien ne pourra se faire sans eux. Ils sont bien engagés dans une alliance qui va du Qatar à l’Italie en passant par la Turquie et ont leur mot à dire dans le devenir de la Libye.


L. M.


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