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Alors que le pays est dirigé par trois entités parallèles

Les Libyens du Sud veulent créer leur gouvernement

Fayez al-Serraj, Premier ministre de la République arabe libyenne ©D. R.

Face au blocage politique, les Libyens ont perdu confiance en leurs dirigeants qu’ils accusent d’honorer des agendas étrangers au détriment de la stabilité du pays et de leur peuple.

Les Libyens du Sud ont l’intention de créer un gouvernement parallèle, a rapporté l’Organisation Fezzan Libya sur sa page facebook, citant des sources au sein du Conseil tribal de Sebha. “Les chefs de tribus de Sebha affirment qu’un nouveau gouvernement dans le Sud, séparé de ceux de Tripoli, est en cours de formation”, a rapporté cette organisation, dans un contexte marqué par la persistance des blocages politiques dans le pays et une dégradation inquiétante de la situation économique et sociale, notamment dans le Sud libyen. Exaspérés par la marginalisation dont ils sont victimes, les Libyens du Sud entendent ainsi former une entité parallèle qu’ils comptent appeler “Gouvernement fédéral de Fezzan”, selon la même source. Si l’information n’a pas encore fait le tour des médias locaux et internationaux, son annonce officielle ne saurait tarder et fera l’effet d’une bombe, annonciatrice du début de la scission tant redoutée de la Libye.
En effet, l’hypothèse de la scission de ce pays voisin n’a jamais été aussi plausible, malgré les assurances des uns et des autres quant à la sauvegarde de l’unité nationale et territoriale de la Libye.
Mais force est de constater que les tiraillements politiques, militaires et tribaux sont en train de s’aggraver à la veille des élections générales prévues avant la fin de l’année en cours. Aussi, cette annonce intervient au lendemain d’une rencontre entre le controversé maréchal Khalifa Haftar et des chefs de tribus libyennes et durant laquelle il a insinué son intention d’avancer vers le sud-ouest libyen, jusqu’ici livré quasiment à lui-même. Parallèlement, des sources affirment que le président du Conseil présidentiel et non pas moins Premier ministre du Gouvernement libyen d’union nationale (GNA), Fayez al-Serraj, aurait mis en place une force armée pour prendre le contrôle du sud-ouest libyen. Outre le fait de combattre les milices qui se livrent à tous types de trafics dans cette zone frontalière avec le Sahel, le président du GNA tente d’occuper le terrain avant Khalifa Haftar, désigné par les autorités parallèle de l’Est (gouvernement et Parlement de Tobrouk) comme chef suprême des forces armées libyennes. Cette lutte pour le contrôle du territoire risque en fait de finir en un face-à-face désastreux aussi bien pour les Libyens que pour les pays de la région, dont fait partie l’Algérie. L’instabilité chronique de la Libye, depuis la chute de l’ancien régime de Mouammar Kadhafi en 2011, maintient un climat d’instabilité dans l’ensemble de la région, obligeant les pays voisins à consentir d’importants efforts matériels, financiers et humains pour la sécurisation de leurs frontières, ce qui n’a tout de même pas empêché la survenue d’attaques meurtrières que ce soit en Tunisie (Ben Guerdane en mars 2016) ou en Algérie (attaque du site pétrolier de Tigentourine en janvier 2013).
Ceci sans oublier l’aggravation de la crise de trafics de migrants transitant par la Libye et du phénomène des enlèvements de civils par des milices en contrepartie de versement de rançons. Aujourd’hui, de nouvelles tentatives de réconcilier les Libyens sont engagées par les pays voisins et les pays d’Europe, sous l’égide de l’ONU. Mais elles sont loin d’aboutir.

Lyès Menacer