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L’impasse vénézuélienne

Le Venezuela mobilise fortement l’attention de la dite “communauté internationale”, et ce à raison. Après le décès d’Hugo Chávez en 2013, Nicolás Maduro avait été élu de justesse (50,61%). Ses détracteurs, et leurs soutiens internationaux, soupçonnèrent alors le processus d’être entaché d’irrégularités. Maduro n’en réussit pas moins à se jouer de ces contestations, les forces armées vénézuéliennes lui garantissant leur appui. Cette question du rôle de l’armée reste centrale aujourd’hui, cependant que les pressions continuent à s’exercer pour obtenir un départ du président vénézuélien. Nicolás Maduro peut certes compter sur des soutiens de taille (Russie, Chine) mais il reste confronté à des menaces et pressions – économiques notamment - importantes de la part des États-Unis, et à des critiques acerbes de la part de pays à la charge symbolique forte. Ainsi, une dizaine de pays latino-américains, près de vingt pays européens, sans oublier l’Organisation des États américains (OEA) ou encore le Parlement européen, rejettent la légitimité de Maduro ; dans la foulée, ces mêmes acteurs soutiennent le chef de l’Assemblée nationale vénézuélienne et président autoproclamé, Juan Guaidó. Mais le schéma qui prévaut est somme toute classique : l’armée, colonne vertébrale du pays, est le seul acteur réellement à même de maintenir ou de pousser le président en exercice vers la sortie, puis de garantir les évolutions du processus transitoire qui suivrait. Ce fut vrai pour les transitions en Amérique latine ; ce fut tout aussi le cas pour maints pays ayant connu la vague du Printemps arabe. C’est ce qui explique pourquoi jusqu’au président autoproclamé Juan Guaidó concentre ses appels en direction des forces armées vénézuéliennes.

On se gardera bien ici de chercher à déterminer qui de Nicolás Maduro ou de Juan Guaidó peut prétendre à une réelle légitimité. Certes, les faits n’abondent pas dans le sens du président vénézuélien. La gestion catastrophique du pays, l’absence d’une vision économique qui dépasse la dépendance aux revenus pétroliers, ou encore une inflation annuelle à 7 chiffres (!), sur fond de déplacements de population et de personnes se réfugiant vers les pays voisins, ne servent en rien le bilan Maduro, dont la popularité paraît, en toute logique, extrêmement limitée, Maduro n’ayant, de surcroît, ni le charisme, ni le talent politique du regretté Hugo Chávez, ses marges d’action sont limitées. Juan Guaidó, lui, s’il paraît concentrer l’aspiration d’une majeure partie de la population vénézuélienne au changement, n’apparaît pas moins comme un acteur porté par des forces que tous les Vénézuéliens ne portent pas forcément dans leur cœur.
La posture américaine exprimée en sa faveur a conditionné son succès médiatique, sans quoi Henrique Capriles, candidat malheureux aux présidentielles de 2013, ou même Léopoldo López, controversé mais fameux opposant au pouvoir vénézuélien, auraient déjà été consacrés icônes du changement.
C’est aussi là ce qui paraît fragiliser quelque peu la posture de Guaidó, dans un pays dans lequel les relents américano-sceptiques ne devraient pas être sous-estimés. Il y a certes “un moment Guaidó” qui s’inscrit dans une phase critique de l’histoire du Venezuela ; mais ce n’est pas pour autant que l’ingérence est mère de toute solution. Plus prudents sont, en effet, les acteurs, étatiques comme non étatiques, qui prônent le dialogue au Venezuela, à l’instar du Mexique, mais aussi – surtout – du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Les précédents d’ingérence ont des effets connus, de la consolidation de la dictature Pinochet au Chili (1973) au désastre syrien, en passant par les chaos créés en Afghanistan (2001) ou en Libye (2011). Le passif des États-Unis montre qu’ils ne sont pas maîtres dans la définition de solutions pacifiques et/ou durables. En contrepartie, on comprend bien que l’idée d’un dialogue national vénézuélien paraît compromise, tant les positions des acteurs sont tranchées. Chacun de Maduro et de Guaidó réclame le pouvoir ; tous deux cherchent un soutien chez des relais tiers. La conciliation reste ainsi difficilement au rendez-vous. La seule issue possible est celle qui emportera l’adhésion de l’armée.
Cela, source d’incertitude, laisse la porte ouverte à tous les scénarios… mis à part celui de voir le chaos ambiant le céder à la démocratie. Il faudrait garder cela à l’esprit, à l’heure de vouloir influer sur ce qui se profile comme une claire “impasse” vénézuélienne.


B. M.


(*) Barah Mikail est directeur de Stractegia Consulting et enseignant-chercheur à Madrid.


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