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Moscou : entre opportunité et opportunisme

On ne saurait encore dire à ce stade si la Russie a gagné le Moyen-Orient. Moins douteux est le fait que Moscou a considérablement gagné des évolutions du Moyen-Orient telles qu’elles se sont profilées le long de ces dernières années.

Il y a quinze ans encore, quand le monde évoluait au diapason des invasions post-11-Septembre de l’Afghanistan (2001) et de l’Irak (2003), Moscou peinait à faire entendre sa voix.
Quelques années plus tard, avec le Printemps arabe (2011), la plus-value de la Russie se caractérisera par sa tendance à l’abstention onusienne (voir la Libye), doublé d’une critique à l’affirmation progressive des politiques et approches occidentales des affaires du monde, plus que par l’affirmation d’une réelle stratégie de sa part. Mais, aujourd’hui, quelque chose a changé. La Russie ne prétend pas s’être hissée au niveau des États-Unis sur le plan international. Consciente de ce que le monde bipolaire, et la parité stratégique américano-russe qui le caractérisait, sont derrière nous, elle ne laisse en rien transparaître des arguments qui supposeraient sa recherche d’une confrontation avec Washington.
En 2016 encore, à Saint-Pétersbourg, le président Vladimir Poutine parlait clairement des États-Unis comme la seule superpuissance existante.
Pour autant, la théorie n’engage pas toujours la pratique.
On ne saurait dire par quoi la prudence verbale russe vis-à-vis de la stratégie internationale des États-Unis s’explique exactement : par le fait que Vladimir Poutine cherche à ménager Donald Trump, ou par le fait que les Russes seraient bien plus malins que l’on ne veut généralement le croire, agissant dans le sens de la consolidation de leurs intérêts sans entièrement le reconnaître.
On ne peut pourtant que remarquer combien les évolutions intervenues dans la région Afrique du Nord/Moyen-Orient ces dernières années montrent que Moscou n’est pas tout à fait absent du jeu régional. En Algérie, les déclarations gouvernementales de ces derniers jours font la part belle aux Russes et au fait que ceux-ci partagent le point de vue du pouvoir sur les événements en cours. En Libye, cependant que les yeux sont tournés vers l’ONU et l’éventualité pour elle d’organiser une “conférence de réconciliation”, plusieurs acteurs-clés de la scène nationale se rendent à Moscou et/ou sollicitent le rôle du Kremlin dans la phase actuellement traversée par le pays.
En Syrie, Moscou a été clair sur le fait que tout mouvement confirmant un retrait américain de zones stratégiques du pays verrait la Russie investir ces mêmes espaces. S’ajoute à cela, exemple parmi tant d’autres, la manière par laquelle les relations entre la Russie et certains pays du Golfe — Arabie Saoudite en tête — s’organisent d’une manière favorable à l’ensemble de ces parties. Critère principal pour ces relations : certains pays du Golfe sont heureux de pouvoir doubler leur ascendant pro-américain — et les achats d’armes en découlant — d’un autre partenaire important, cependant que les Russes se montrent tout aussi satisfaits de jouer dans ce qui a longtemps été considéré comme la cour de Washington.
L’ascendant américain au Moyen-Orient l’aurait-il cédé à une ère plus franche de rivalités entre États-Unis et Russie ? Il est tentant de le penser. Mais dans les faits, rien ne confirme vraiment cela.
Les États-Unis sont eux-mêmes le plus souvent bien plus virulents vis-à-vis de la Chine qu’ils ne le sont vis-à-vis de la Russie, et cela ne date pas d’aujourd’hui : Barack Obama a lui-même été souvent perçu comme mou face à la Russie. Car sur le fond, ce qui semble certain, c’est que la Russie vit “son moment moyen-oriental” ; mais cela intervient à un moment où les États-Unis font le choix volontaire d’une relative distance vis-à-vis de la région.
C’est pourquoi, plutôt qu’une rivalité, c’est un moment de transition que l’on vit aujourd’hui, dans lequel Moscou se sort indéniablement bien, mais tout en héritant d’un rôle plutôt facile. Quant à savoir si elle maniera ce rôle d’une manière plus fructueuse que les États-Unis, seul le temps pourra nous renseigner à ce propos.


B. M.
(*) directeur de Stractegia Consulting et enseignant-chercheur à l’Université Saint-Louis à Madrid

 


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