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Printemps arabe et trêve estivale

On dit de l’été qu’il donne généralement le temps d’une pause : la fameuse trêve estivale. Expression étonnante qui en appelle au vocabulaire militaire pour définir un droit souvent bien mérité au repos. On pourra toujours arguer, par extension, d’une référence au repos du guerrier. Mais là n’est pas le propos de cette chronique. Encore que… le propos d’aujourd’hui se veut un reflet sur une saison autre : le “Printemps arabe”. Non parce que l’été suit le printemps, mais plutôt par suggestion d’une trêve. 

Les transitions officiellement ouvertes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient il y a maintenant plus de huit ans ont connu des succès relatifs et/ou inégaux, faisant des civils les victimes premières devant les déraillements des processus. Le drame humain est à ce titre ce qu’il faut dénoncer clairement, notamment – mais pas seulement — quand il atteint des proportions aussi ravageuses que celles intervenues en Syrie. 

En même temps, il est tout aussi utile de souligner combien les divergences de points de vue sur le(s) “Printemps arabes” (expression elle-même source de bien des polémiques) ont pu diviser aussi les observateurs de la région, chercheurs notamment, comme journalistes. Sur le fond, rien d’exceptionnel. Les sciences humaines sont ce qu’elles sont, avec leurs thèses et antithèses, et, plus rarement, leurs synthèses. Tout comme le terrorisme des uns est la résistance des autres, la thèse des uns devient l’antithèse des autres, et vice-versa. Jusque-là, rien de dramatique.

Mais n’oublions pas non plus que l’on parle ici du “monde (à majorité) arabe” (autre expression source de polémique), région du monde qui a rarement eu vocation à faire passer la raison devant les émotions. Au moins, sur cette question, tout le monde sera d’accord – ou presque. C’est de cette opposition entre raison et passion que semble être venue une grande part de la tragédie touchant les chercheurs et observateurs. Avec pour aboutissement, comble suprême, le fait que les spécialistes de la palabre refusent désormais de se parler… si ce n’est pour se parler entre eux-mêmes.

Il n’y a généralement qu’une seule condition pour ce : qu’ils soient d’accord entre eux sur les termes de base du débat. On ne s’étonnera pas devant le fait que ces discussions se terminent généralement par un sourire général, reflet d’un consensus que tout ne garantissait évidemment pas de prime abord. Il n’y a pas ici de hiérarchie à établir : ce constat s’impose à l’écrasante majorité des observateurs, tous bords compris. Mais c’est aussi là ce qui étonne : on se serait attendu à ce que les défenseurs acharnés de la démocratie et de la liberté d’expression fassent au moins un effort de magnanimité envers leurs interlocuteurs, avant que de le doubler, au choix, d’une réponse franche et ouverte, d’un exposé synthétique, ou même d’un cours magistral. 

Peine perdue : les faits veulent que les débats contradictoires ne puissent avoir lieu qu’à partir du moment où leurs protagonistes auront été désignés par des tiers. Et encore… il arrive que certaines de ces discussions ne puissent avoir lieu, justement, par imposition préalable par des invités de leurs propres préconditions. Celles-ci passent, généralement, par un filtrage en amont de qui doit être invité et de qui ne doit pas l’être, sous réserve pour eux de se décommander. On a pu rêver attitude plus mûre, de qui plus est de la part de personnes dont la carrière est souvent faite, et le reste du parcours professionnel fléché.

Ce constat ne se limite évidemment pas au cas de la seule région Afrique du Nord - Moyen-Orient. On le retrouve sur l’ensemble des thématiques, nationales comme internationales, et tous thèmes et aires régionales confondues. Nous vivons cependant des temps où le combat pour l’ouverture s’est accompagné d’une grande tendance à l’étroitesse d’esprit. Sans que cela nous mène nulle part. Et c’est là le plus désolant. La communauté des observateurs profitera-t-elle de la “trêve estivale” pour revoir ses conceptions en la matière ? L’espoir, non le doute, permet d’avancer. Bon été à tous, même si l’été s’annonce très chaud.
 

B. M.
(*) Directeur de Stractegia Consulting, professeur associé à l’université Saint-Louis de Madrid


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