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Son directeur se démène pour sa rénovation et sa réouverture

Centrafrique : se battre pour un musée dans un pays en guerre

Abel Kotton, directeur du musée national centrafricain. ©D. R.

Le directeur du musée évoque “entre 3000 et 3500 pièces” dans des caisses qui contiennent “la mémoire ethnographique du pays”, avec des éléments propres à chaque ethnie. Mais il faut croire sur parole le maître des lieux car, pour l'heure, son musée est en kit.

Sourire aux lèvres, Abel Kotton discute et regarde le temps passer, sur le pas de la porte du Musée national centrafricain à Bangui. Tailleur complet bleu-roi impeccable, il dirige un musée fermé depuis 2013 qu'il tente de remettre d'aplomb, mais sans grand succès jusqu'à présent.
Devant la bâtisse en centre-ville – l'ancienne maison d'un des pères fondateurs de la Centrafrique, Barthélémy Boganda – M. Kotton et le conservateur du musée attendent. Quoi donc ? Nul ne le sait, car le musée ne doit pas rouvrir avant plusieurs années tant les travaux à faire sont importants. “On arrive le matin, on repart le soir. On surveille qu'on ne vole pas les pièces du musée”, explique le conservateur, Thomas Ouamgomda. Il regarde sa montre calmement et lève les yeux – encore deux heures à palabrer –, imaginant un jour meilleur et des fonds pour rénover ce lieu d'histoire. Et pourtant, malgré son manque d'activités criant, Abel Kotton est fier d'être le fer de lance de cette remise à neuf. “J'ai espoir, je sais que c'est possible (de le remettre en état). Il faut juste s'organiser, c'est ce qu'on fait avec le projet de réhabilitation.” Il a lancé la réfection de la peinture, toute fraîche et qui embaume le lieu d'une odeur particulière. “Ce n'est que le début. Il y a beaucoup à faire et on va le faire ! En plus, il y a la volonté politique, le gouvernement veut que le musée rouvre”, assure-t-il.
 
Pillage et caisses en bois
Son enthousiasme tranche avec la mine déconfite du conservateur. Lui s'inquiète de l'état du musée, dans lequel la poussière s'est incrustée dans chaque salle. Une épaisse couche grisâtre est apparue il y a quelques années déjà, recouvrant chacune des larges caisses de bois qui occupent le lieu. Car les pièces de la collection ne sont plus exposées.
Elles ont été enfermées dans des caisses après le pillage du musée, en 2013, par des rebelles de la Séléka – la coalition rebelle pro-musulmane qui a pris de force le pouvoir et installé une présidence illégitime durant neuf mois, avant d'être forcée de quitter Bangui par une intervention militaire internationale. “On ne sait pas combien d'œuvres ont été volées, malheureusement”, explique le muséographe. Le directeur du musée évoque pourtant “entre 3000 et 3500 pièces” dans ces caisses qui contiennent “la mémoire ethnographique du pays”, avec des éléments propres à chaque ethnie: poteries, monnaies, masques rituels, instruments de musique... Mais il faut croire sur parole le maître des lieux car pour l'heure, son musée est en kit.

Grandes ambitions
On se faufile à travers le stock, en essayant de ne pas marcher sur une œuvre, on s'attarde sur celles qui ne sont pas encartonnées. Ici, un crocodile en bois sculpté de trois mètres de long, là, une caisse, au couvercle ouvert, emplie d'ustensiles de cuisine pygmées. Le directeur clôt bientôt la visite improvisée: il n'aime pas qu'on prenne des photos de son musée en cet état. Lui a de grandes ambitions: il veut créer un site Internet, avec de l'animation et des visites virtuelles en ligne. C'est “son cheval de bataille”, il le répète à l'envi, à qui veut l'entendre. Et si les Centrafricains n'ont pas les moyens d'accéder au site internet, faute de moyens ou de réseau de communication ? “Mais non! Moi-même, hier soir, j'ai envoyé un message sur les réseaux sociaux, il y a peut-être 20 personnes qui m'ont félicité. Je sais que les Centrafricains commencent à s'y intéresser”, dit le directeur.

Lunaire
Le projet est lunaire, mais soutenu par le gouvernement – qui ne contrôle que sur Bangui et ses alentours, sans moyens pour asseoir son autorité sur le reste de l'immense territoire national. Dans le bureau du directeur, seule salle flambant neuve du bâtiment, deux pièces de la collection ne sont pas en caisse: des sièges impériaux marqués d'un grand B, pour Bokassa, empereur et despote de Centrafrique entre 1966 et 1979. “Je veux faire un pavillon spécial, aussi! Là-haut, nous avons le lit de l'Empereur, là, deux vrais sièges impériaux, et dans une caisse, une grande effigie en bronze... Et c'est lui qui a ouvert le musée en 1966 !”, dit fièrement M. Kotton. Rien ne semble arrêter le téméraire directeur, qui s'est mis en tête de numériser “tous les documents du musée qui sont sur papier”. Alors, il recopie l'inventaire du musée sur son ordinateur portable - le seul du bâtiment, poussiéreux lui aussi. “Un musée, c'est la vitrine d'un pays”, lance Abel Kotton. Celui-ci l'est particulièrement tant le projet de réfection du lieu semble voué à n'être réalisable que sur le papier. Le gouvernement a bien alloué des fonds, mais le directeur ne veut en dévoiler le montant, et il paraît peu probable que ceux-ci lui soient versés : en Centrafrique, l'État peine à payer ses fonctionnaires et vit pour une grande partie au chevet de bailleurs de fonds internationaux. Abel Kotton fait fi de ces critiques. S'il est conscient que “le problème, c'est les moyens”, le maître des lieux reste persuadé du bien-fondé de sa tâche : “Il nous faut un musée moderne !”

Amaury Hauchard (AFP)


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