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Grande-Bretagne

Cuong, clandestin vietnamien, petite main du trafic de kif

© D. R.

Petit dealer au Vietnam, Cuong a payé plus de 20 000 dollars à des passeurs pour aller travailler dans des  fermes de culture de cannabis cachées en Grande-Bretagne. Comme lui, des  milliers de clandestins vietnamiens — dont des adolescents — sont enrôlés  outre-Manche, volontairement ou de force, dans ce juteux trafic.  “Tout ce que je voulais, c'était gagner de l'argent (...) légalement ou  non”, raconte à l'AFP Cuong Nguyen, arrivé en Angleterre en 2009, arrêté et  renvoyé dans son pays cinq ans plus tard. En Grande-Bretagne, la culture du cannabis indoor prend chaque année de  lus en plus d'ampleur et des dizaines de fermes sont dissimulées aux quatre coins du pays. 

Le crime organisé asiatique, en particulier vietnamien, joue un rôle prédominant dans cette production locale, attiré par l'appât du gain dans un  pays où le marché noir de la marijuana génère chaque année près de 3 milliards d'euros, selon un rapport de 2018 du centre de réflexion britannique Institute of Economic Affairs.  Mais alors que Cuong est venu volontairement travailler dans ce secteur,  beaucoup le font sous la contrainte, victimes de réseaux de trafiquants. Parmi  eux, des adolescents, atouts précieux pour les exploitants de fermes de  cannabis car peu rémunérés, faciles à contrôler et à intimider. 
   
40 000 dollars    
Depuis le Vietnam, le sésame pour atteindre l'Angleterre coûte très cher.  Les passeurs demandent jusqu'à 40 000 dollars contre un passeport et un billet  d'avion qui conduit généralement les immigrés, adultes ou enfants, en Europe de  l'Est, explique Mimi Vu, experte indépendante spécialisée dans le trafic  d'êtres humains.

De là, ils rejoignent l'Angleterre par la route.  Une fois sur place, souvent très endettés, ils sont alors obligés de travailler dans des bordels ou dans des fermes de cannabis. Cuong Nguyen savait, lui, à quoi s'attendre. Dès son adolescence au Vietnam, il s'est frotté à la pègre : après avoir  rejoint un gang de la ville portuaire de Haiphong (nord), il a travaillé à  assurer la sécurité d'un bordel dans les quartiers chauds de la ville, puis vendu de l'héroïne et de la cocaïne.  Des intermédiaires lui font alors miroiter le lucratif business de la  culture du cannabis au Royaume-Uni. 

“Caché entre les roues d'un camion” 
Pour 15000 dollars, Cuong obtient un faux passeport et une place dans un  groupe en partance pour l'Europe. Une fois arrivé à Calais, en France, il se rend dans un camp de migrants et contre 6 600 dollars supplémentaires “se cache  entre les roues d'un camion pour gagner l'Angleterre”.  Il est rapidement embauché pour cultiver du cannabis dans une maison à  Bristol. Ne parlant pas anglais, il n'a pas le droit de sortir et reste seul,  “ses patrons se contentant de lui livrer de la nourriture une fois par  semaine”, relate-t-il. Une routine s'installe : “mixer les nutriments” nécessaires aux centaines de plants de cannabis entassés dans la maison, “les mettre deux heures sous la lumière puis les arroser” avec la crainte d'être arrêté.

Quelques mois après son arrivée, la police tourne dans le quartier. Cuong prend peur, s'enfuit et est transféré dans d'autres fermes de la région de Bristol, dont une dissimulée dans une écurie.  Ce travail lui rapporte gros : 19 000 dollars en moins d'un an, assure-t-il, une fortune alors que dans son pays, le salaire moyen annuel ne dépasse pas les  2 000 dollars.  Cuong part ensuite pour Londres où il vend de la drogue et forme d'autres  petites mains à la culture du cannabis. Il est arrêté en 2014 et condamné à 10 mois de prison, d'après les archives de la cour royale de Bristol. Après  quelques mois de détention, il est finalement expulsé. 

Une fois rentrés au pays, beaucoup d'immigrés ont peu de chances de trouver un emploi et risquent fortement de retomber dans des activités illicites. Ils  sont pris dans “le cercle vicieux” du crime et de la pauvreté, souligne Mimi Vu. Cuong affirme, lui, s'être rangé et ne plus être mêlé au trafic. Il habite une modeste maison à Haiphong et espère ouvrir un salon de coiffure. Les fermes clandestines continuent elles de prospérer au Royaume-Uni. Ces  dernières années, la police britannique en a découverte cachées dans un abri anti-atomique datant de la Seconde Guerre mondiale, un ancien commissariat, une  ex-salle de bingo ou encore un hôpital abandonné.  
 

AFP 



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