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Inscrite par l’Unesco, elle est menacée d’effondrement

Gjirokastra, la “ville penchée” de l’Albanie

La maison Lolomani était une imposante demeure de Gjirokastra, dans le sud de l'Albanie. Aujourd'hui, c'est un tas de ruines, comme des dizaines d'autres dans cette “ville de pierre”, joyau du Patrimoine mondial. Gjirokastra est une ville bâtie sur les contreforts de la vallée du Drino filant vers la Grèce. Ses murs datent du IIIe siècle et ses bâtisses fortifiées, dont la plupart ont été édifiées aux XVIIe et XVIIIe siècles, valent à la cité d'être inscrite sur la liste de l'Unesco depuis 2005.
Mais ces maisons sont menacées : parfois vides, non entretenues depuis des années, objets de transformations qui les ont dénaturées, aux mains de propriétaires trop nombreux pour se mettre d'accord sur les travaux ou trop pauvres pour les entretenir, sans que les pouvoirs publics puissent pallier cette défaillance...
Début 2018, Europa Nostra, une ONG qui œuvre pour la sauvegarde du patrimoine culturel et naturel de l'Europe, estimait que sur “615 monuments du centre historique” de Gjirokastra, “169 sont dans un état critique ou risquent de s'effondrer”.
“J'ai mal pour chaque pierre et chaque mur qui se dégradent”, soupire Email Naçaj, peintre en bâtiment de 58 ans, qui se souvient de l'inéluctable effondrement de la maison Lolomani à l'hiver 2016.

“Il était une fois Gjirokastra...”   
Le romancier Ismaïl Kadaré est né à Gjirokastra. Dans Chronique de pierre, il décrit sa cité natale comme une “ville de Guingois, peut-être la plus penchée qui soit au monde”, “où, si l'on venait à glisser au bord d'une rue, on risquait de se retrouver en plein sur un toit”.
À Gjirokastra, les maisons portent le nom de leurs anciens propriétaires, notables de l'Empire ottoman, Karaulli, Fico, Skenduli, Zeko, Babameto, dont la puissance se mesurait au nombre de cheminées.  
Sokol Karaulli, 60 ans, est aujourd'hui loin de cette opulence ostentatoire. Descendant d'une grande famille (“cinq cheminées”, dit-il), cet ex-militaire survit grâce au salaire de pâtissière de son épouse, en attendant sa pension à 65 ans.
“Le jour où on dira : Il était une fois Gjirokastra peut arriver”, prévient-il. Il a coupé l'électricité à l'étage et disposé des bassines pour recueillir l'eau qui a déjà pourri la charpente de sa maison lézardée.  
Le bazar de la ville a été réhabilité pour 3 millions d'euros avec l'aide d'une association albano-américaine et de la Banque mondiale. Des échoppes de souvenirs attendent les touristes : 77 000 personnes ont visité la citadelle en 2017, un chiffre en progression de 10 à 15% par an.   
Mais “Gjirokastra, ce n'est pas seulement le bazar et quelques endroits emblématiques”, dit l'architecte Lejla Hadzic, de l'ONG Cultural Heritage without Borders (CHwB, Patrimoine culturel sans frontières). Ailleurs dans la ville, “la situation se dégrade chaque jour”.

“Prise en mains”  
L'émigration massive que subit la ville - un fléau albanais - n'aide pas à préserver les édifices de Gjirokastra. Selon Engjell Seriani, chargé du tourisme à la mairie, la population est passée de 34 000 personnes en 2011 à moins de 25 000 aujourd'hui. Environ 80 bâtisses sont inoccupées, avec des risques de fuite par les toitures de pierre, qui attaqueront la structure de bois.
“Chaque jour, je vois un truc qui ne va pas, comme si le bâtiment me disait de faire quelque chose”, dit le premier adjoint au maire, Vangjel Muco.
Mais avec un budget annuel de 2,5 à 3 millions d'euros, sa municipalité n'est pas armée. Les sommes nécessaires pour préserver Gjirokastra sont sans rapport avec le budget du ministère de la Culture, qui pèse pour seulement 0,7%  du budget national. Soit 15 millions d'euros alloués à la Culture dont, selon CHwB, seulement un quart dévolu au patrimoine. “Concrètement, (...) il n'y a pas plus de 10 000 euros pour Gjirokastra”, estime l'ONG.  À elle seule, la rénovation de la maison Babameto grâce à des fonds suédois a coûté 160 000 euros.
“Tous les acteurs du patrimoine devraient intervenir aussi vite que possible”, estime Lejla Hadzic, chez CHwB. “Il n'y a qu'un Gjirokastra dans le monde”.                               

                                                                 
Briseida MEMA et Nicolas GAUDICHET (AFP)


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