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Un ancien potier relance la fabrication du produit

La nouvelle vie du légendaire papier de Samarcande

L’artisan Zarif Moukhtarov relance la fabrication du papier de Samarcande. © D.R.

Des milliers de touristes viennent chaque année pour assister au lent et immuable processus de fabrication du papier de Samarcande, un succès que l’ancien potier veut renforcer au moment où le pays, jusqu'ici très fermé, montre des signes d'ouverture.

Pendant des heures, l'écorce de mûrier mijote à petit feu. Dans ce moulin d'Ouzbékistan, un artisan fait revivre l'un des secrets les mieux gardés de Samarcande: son papier, réputé pendant des siècles pour sa surface lisse et sa résistance. C'est dans un village proche de Samarcande que Zarif Moukhtarov a relancé la fabrication de ce produit. À partir de la deuxième moitié du VIIIe siècle, il fit la gloire de Samarcande, étape clé de la route de la Soie qui reliait au Moyen-Âge la Chine à l'Europe, et aujourd'hui l'une de plus grandes villes d'Ouzbékistan, ex-République soviétique d'Asie centrale. Cet ancien potier de 62 ans le reconnaît: sa production n'a aucune chance de rivaliser avec le papier blanc industriel ou les ordinateurs qui conservent des volumes considérables de données. Mais des milliers de touristes viennent chaque année frapper à sa porte dans le village de Koni Ghil pour assister au lent et immuable processus de fabrication du papier de Samarcande, un succès qu'il compte bien renforcer au moment où le pays, jusqu'ici très fermé, montre des signes d'ouverture. “Les étrangers viennent en apprendre un peu plus sur nos traditions et notre histoire. Et les locaux viennent apprendre un peu plus sur eux-mêmes”, explique à l'AFP M. Moukhtarov, alors que son petit-fils de 8 ans joue dans la cour.

Concurrent du papyrus
Selon les historiens, la fabrication du papier a commencé à Samarcande dans la deuxième moitié du VIIIe siècle après une offensive lancée par les troupes chinoises, défaites par les forces du général Abou Mouslim, du califat abbasside.
“Parmi les Chinois capturés, il y avait de vrais maîtres de la fabrication du papier”, raconte Makhmoud Nasroullaïev, historien à l'université de Samarcande. “Pour sauver leur vie, ils ont délivré leur secret du papier aux autorités de Samarcande”.
Mais à la différence de la version chinoise, le papier fabriqué à Samarcande avait une surface extrêmement lisse et brillante, qui absorbait moins d'encre et ses deux faces étaient donc utilisables.
Ce papier était aussi beaucoup plus résistant que le papyrus et au cours des siècles, il l'a remplacé progressivement en Europe et au Moyen-Orient.
Fabriqué en Ouzbékistan jusqu'au XIXe siècle, “le papier de Samarcande était lissé à l'aide d'une pierre d'agate”, raconte Zarif Moukhtarov. “Les Chinois n'avaient pas besoin de lisser leur papier parce qu'ils écrivaient avec des pinceaux et non avec des plumes.”

Affaire de famille
Pour fabriquer son papier, cet homme originaire de Samarcande utilise les branches de mûriers locaux, qui servent également pour la production de la soie.
Séparées des branches, les écorces vont passer ensuite entre quatre et cinq heures à bouillir dans des pots en fonte.
Cette masse est ensuite broyée en pâte par des pilons, actionnés par un moulin à eau, avant d'être séchée au soleil et lissée avec une pierre d'agate.
Ce processus épuisant reflète d'une certaine manière le chemin qu'a fait M. Moukhtarov lui-même pour que son moulin devienne une attraction incontournable pour les touristes en Ouzbékistan.
Il a commencé en 2001 à construire ce moulin pour fabriquer le papier de Samarcande, mais les investissements faits par sa famille n'ont été entièrement rentabilisés qu'il y a deux ans.
“Nous avons dû emprunter de l'argent à nos frères, sœurs et cousins. Nos proches demandaient parfois: Pourquoi avons-nous besoin de ce papier ? C'est mieux de trouver un autre travail!”, se souvient Zarif Moukhtarov.
Aujourd'hui, personne ne se pose plus cette question dans sa famille, surtout que l'Ouzbékistan commence à s'ouvrir au monde depuis l'arrivée au pouvoir de Chavkat Mirzioïev en décembre 2016, après des années d'isolement forcé sous Islam Karimov.
Pour sa part, M. Moukhtarov caresse déjà un autre projet de moulin, destiné cette fois à presser de l'huile de noix et de lin pour assaisonner le plov, fameuse version ouzbèke du riz pilaf, qu'il sert à ses visiteurs: “Les touristes verront alors avec leurs propres yeux la naissance du pilaf...”


Christopher RICKLETON (AFP)

 


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