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Médias et GAFA

La recherche d'un nouvel équilibre

Jesper Doub s'exprimant au sommet de la GEN le 13 juin 2019. © D. R.

La presse américaine a lancé une offensive  inédite contre Google, l'accusant de “siphonner” ses recettes en ligne. 


Alliés, adversaires ou “frenemies”? La  presse est à la recherche d'un nouvel équilibre avec les tout-puissants géants  du Net, plus que jamais incontournables pour sa mutation numérique mais accusés  de siphonner ses revenus. Cette question est au cœur du GEN Summit, qui réunissait jusqu'à hier à  Athènes dirigeants de médias, journalistes et représentants des GAFA. “Il est essentiel que nous construisions des ponts entre les rédactions et  les plateformes comme facebook”, a lancé Jesper Doub, un des invités de cet  événement organisé par le Réseau mondial des rédacteurs en chef (Global Editors  Network, GEN). Ce vétéran de la presse écrite et en ligne (il a notamment dirigé les  activités web du magazine allemand Der Spiegel), longtemps très critique à  l'égard de facebook, a rejoint le réseau social où il est responsable des  partenariats avec les médias en Europe, Afrique et Moyen-Orient.  

La situation économique dramatique dont souffrent de nombreux médias à  travers la planète pousse pourtant à un antagonisme renforcé.  D'ailleurs, cette semaine, la presse américaine a lancé une offensive  inédite contre Google, l'accusant de “siphonner” ses recettes en ligne. Tandis  que dans l'UE, les médias ont fait campagne il y a quelques mois avec succès  pour une réforme historique du droit d'auteur, qui obligera les plateformes à  les rémunérer en contrepartie de l'utilisation de leurs contenus.  Mais pour Bertrand Pecquerie, directeur général du GEN, l'heure est plutôt  désormais à la recherche de coopérations. Autrefois, “les relations étaient  conflictuelles mais l'atmosphère a changé”, en raison de la montée des “fake  news”, estime-t-il.  

Selon lui, “un double mouvement est à l'œuvre, avec d'un côté, des  médias qui reconnaissent que les plateformes sont incontournables pour lutter contre la désinformation, notamment avec l'émergence des deepfakes (vidéos  truquées), et de l'autre côté, des plateformes qui s'aperçoivent qu'il y a un  rejet d'une partie de la population et des gouvernements qui veulent légiférer et ont soudainement besoin des médias pour s'en sortir”. Pour Phil Chetwynd, directeur de l'information de l'AFP, les plateformes  ont opéré un revirement depuis l'élection américaine de 2016, où elles ont été  accusées de servir de support à des campagnes d'ingérence russe. “Aujourd'hui, elles admettent leur responsabilité, c'est une étape  majeure”, a-t-il souligné.    
 
Frustrations    
Mais beaucoup restent sceptiques quant à l'attitude des plateformes. “Ce  qui est frustrant, c'est qu'elles prennent soin de participer à ce genre  d'événements, ce qui est très positif, mais elles ne demandent pas leur avis aux  rédactions, alors que cela pourrait les aider à prendre des décisions  éditoriales, et les choses n'avancent pas”, a relevé Jenni Sargent, directrice  de First Draft, un réseau de médias qui mène des projets contre la  désinformation. 

D'autant que les GAFA contrôlent la plupart des innovations que les médias  doivent adopter pour survivre, comme l'intelligence artificielle ou les  assistants vocaux. Ce qui ne va pas sans générer des tensions.  Travailler avec les GAFA, “ça fait peur à certains dans les rédactions,  mais c'est aussi intéressant et passionnant”, a résumé Lucas Menget, directeur  adjoint de la rédaction de Franceinfo, qui a développé des bulletins audio pour  les assistants vocaux d'Amazon et Google.

Un projet qui aide ce média public à rajeunir son audience, mais qui lui a  posé un dilemme. Franceinfo refuse par exemple de saucissonner ses bulletins  sujet par sujet pour préserver la cohérence éditoriale de ses contenus. Malgré  des demandes en ce sens des deux géants, “on ne le fera pas”, a assuré M.  Menget.  Et la question du partage des revenus du numérique reste brûlante, d'où la  réticence des médias américains face au service d'Apple News+, qui offre  l'accès à des centaines de titres pour moins de 10 dollars par mois, mais qui  est boudé par les grands quotidiens.

Et facebook a été vivement critiqué l'an  dernier pour avoir, du jour au lendemain, restreint la diffusion des contenus  issus de médias auprès de ses utilisateurs, via un changement d'algorithme  controversé, faisant chuter leur trafic. Pour Natalia Antelava, ancienne correspondante à la BBC et confondatrice de  Coda Story, un site d'enquêtes au long cours, les médias doivent se mobiliser  eux-mêmes “au lieu de suivre le mouvement en faveur d'une régulation”.  “Nous pouvons faire beaucoup de choses pour nous mettre sur un pied  d'égalité avec les plateformes”, dit-elle, appelant les médias “à réfléchir,  par exemple, à la façon dont nous couvrons ces entreprises et à enquêter sur  leurs algorithmes”.       

 

AFP   
 

 


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