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Dans des tunnels oubliés

L'Albanie brade ses MIG au rancart

Des soldats albanais dans l'ancienne base secrète de Gjader en Albanie © D. R.

Lui-même ancien pilote militaire, Fatmir Danaj, 52 ans, ne dissimule pas sa nostalgie en déambulant, lampe-torche en main, dans les tunnels dont il a aujourd'hui la charge.

Les tunnels de la base de Gjader étaient un des lieux les plus surveillés et fermés d'Albanie à l'époque du régime communiste. Aujourd'hui, le pays aimerait vendre ses avions de chasse MIG hors d'usage qui y restent enterrés. Dissimulée dans une zone vallonnée du nord de l'Albanie, la base secrète de Gjader est creusée dans le flanc d'une colline. Elle ne se révèle qu'une fois ouvert un impressionnant portail d'acier.
Derrière, 600 mètres de tunnel, auxquels l'AFP a eu accès : ce dédale bruissait il y a plusieurs décennies de l'activité de l'armée de l'air du dictateur communiste Enver Hoxha. Entre 600 et 700 personnes y travaillaient. 

C'est aujourd'hui le tombeau de dizaines de MIG de différentes époques, de fabrication soviétique ou chinoise, qui prend la poussière dans la pénombre. 
Les ultimes vols des plus récents de ces appareils ont eu lieu en 2004. L'Albanie, membre depuis 2009 de l'Otan, envisage de les vendre, notamment à des collectionneurs. 
L'adhésion à l'Alliance implique “de mettre en adéquation notre équipement et notre armement avec les standards de l'Otan”, explique à l'AFP le chef d'état-major de l'armée albanaise, Bardhyl Kollcaku. 
Quant aux MIG, “nostalgie mise à part, nous en garderons certains dans notre musée”, mais “le reste sera traité selon notre législation nationale, sur la vente et d'autres objets usagés”, dit le haut gradé, sans plus de détails.
10 000 euros Si aucune transaction n'a pour l'instant été officiellement conclue, des musées et des collectionneurs passionnés d'aviation ont exprimé leur intérêt dès que l'Albanie a annoncé en 2016 son intention de vendre ces appareils. 
C'est le cas d'un homme d'affaires français installé de longue date en Albanie, Julien Roche, qui explique à l'AFP avoir eu beaucoup de mal à obtenir l'autorisation de voir ces vieux avions. “J'ai toujours pensé qu'un vieux chasseur albanais était une pièce assez exceptionnelle”, dit à l'AFP le Français, dans sa maison décorée d'objets plus excentriques les uns que les autres. Il a exprimé sa volonté d'acheter pour 10 000 euros un MIG-15 chinois, utilisé durant la guerre de Corée avant d'être donné à l'Albanie. “Ces appareils ont une valeur historique et sont plutôt bien conservés en dépit de leur âge, notamment parce que l'armée albanaise a de vieux stocks de pièces détachées”, dit-il. 
Lui-même ancien pilote militaire, Fatmir Danaj, 52 ans, ne dissimule pas sa nostalgie en déambulant, lampe-torche en main, dans les tunnels dont il a aujourd'hui la charge. “Le plaisir de piloter et de travailler dans cette base était inimaginable”, dit-il en éclairant les avions. 
Il espère la renaissance de la base de Gjader soit comme musée, soit comme base de l'Otan. L'armée de l'air albanaise est désormais réduite au minimum, ne disposant que d'hélicoptères. L'espace aérien de l'Albanie est placé sous la protection de l'Alliance atlantique.    
  
L'Otan dans la “ville de Staline”
Dans ce dédale enterré dans la montagne, avaient été installés une cafétéria, des dortoirs et des dizaines de bureaux, désormais vides, même si des pancartes annoncent toujours leurs anciennes fonctions. 
Durant sa dictature de 40 ans, Enver Hoxha a fait de l'Albanie un pays embrigadé, dont les citoyens devaient suivre une formation militaire dans l'attente d'une agression annoncée comme inévitable, qu'elle vienne de la Russie soviétique, de la Yougoslavie titiste ou de l'Occident. Enver Hoxha est mort en 1985, le communisme est tombé en 1990. 
Et en 1997, quand l'effondrement des sociétés de crédit avait ruiné les Albanais et plongé le pays dans le chaos, les émeutiers étaient entrés dans les bases militaires, notamment celle de Gjader, autrefois si inaccessible au commun des mortels, pour s'y emparer d'armes. Signe du changement d'ère, l'Alliance va installer une nouvelle base dans le sud du pays, à Kucova, qui fut un temps baptisée la “ville de Staline”, “Qyteti Stalin”.
 

Par Briseida MEMA et Sally MAIRS (AFP)


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