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Cyclisme au Pakistan

Le Tour de l'impossible grimpe aussi haut que le Mont Blanc

Des coureurs cyclistes lors du Tour de Khunjerab, le 30 juin 2019 au Pakistan. © D. R.

À chaque étape, des membres de l'organisation, casque de chantier sur le chef, scrutaient les montagnes environnantes, pour repérer d'éventuelles chutes de pierres sur la route.

Une arrivée à près de 5 000 mètres d'altitude, des glaciers himalayens, la crainte constante d'éboulements : au Pakistan, un nouveau Tour cycliste attire les sportifs férus de dénivelés extrêmes, d'adrénaline et de paysages spectaculaires. Le Tour de Khunjerab, en français dans le texte, dont la deuxième édition s'est déroulée fin juin dans le nord du pays, est encore à des années-lumière de la renommée du Tour de France, qui a démarré ce samedi, et auquel son nom se réfère. 

Mais avec sa réputation de “course cycliste la plus élevée au monde”, il ne manque pas d'atouts pour se faire connaître. Pas moins de 88 sportifs, dont deux équipes d'Afghanistan et du Sri Lanka et deux participants originaires d'Espagne et de Suisse, se sont attaqués aux redoutables pentes himalayennes. Plus de la moitié ont abandonné ou ont été éliminés. L'épreuve se composait d'un contre-la-montre et de trois étapes de 68 à 94 km, bien moins longues que celles d'épreuves européennes. Mais les dénivelés donnent le vertige: démarrant à 1 500 mètres d'altitude, le Tour pakistanais ne cesse ensuite de grimper. 

Sa dernière journée résume à elle seule l'âpreté de la tâche. Entamée à 2 800 mètres - plus haut que le célèbre col de l'Iseran, sommet du Tour de France -, elle s'achève à 4 700 mètres, peu ou prou l'altitude du Mont Blanc, la plus haute montagne d'Europe occidentale. Le Tour de Khunjerab doit devenir “une attraction et un standard pour les cyclistes les plus audacieux et les plus aventureux du monde”, s'enthousiasme Usman Ahmed, haut fonctionnaire de la région de Gilgit, qui accueille la course. Les participants qui avalent le bitume de la Karakoram highway, “la route asphaltée la plus haute au monde”, selon lui, se dépassent dans des “paysages magnifiques”, montagnes escarpées, rivières turquoise et ravins vertigineux. “Il n'y a aucun autre endroit qui offre cela”, insiste-t-il.

“Manque d'oxygène”
“Cette course cycliste est la plus dure au monde. Nous voulons en faire notre marque de fabrique”, affirme Haroon General, le président de la Fédération de cyclisme pakistanaise. “À une telle altitude, une personne normale s'évanouit après avoir couru 200 mètres. Mais nos coureurs ont pédalé pendant 59 kilomètres de montée d'affilée”, se félicite-t-il. Le vainqueur de l'épreuve, le Pakistanais Najeeb Ullah, qui a remporté trois des quatre étapes, a confié à l'AFP avoir rencontré “de nombreuses difficultés dans l'ultime ascension”, notamment “des problèmes de respiration”. “Cela a été très dur de rejoindre la ligne d'arrivée, au col du Khunjerab, qui marque la frontière entre la Chine et le Pakistan”, poursuit le cycliste. 

À une telle altitude, la météo peut aussi s'en mêler: au dernier jour du Tour, dimanche dernier, des vents violents giflaient de flocons de neige les visages des coureurs, forçant certains, à bout de souffle, à poser pied à terre. Cinq ambulances avaient été prévues pour secourir les sportifs. Certains ont dû être longuement massés à l'arrivée. “Tout notre entraînement est réduit à néant quand on arrive à la dernière étape du fait de l'altitude”, se lamente Abdullah Aslam, un autre participant qui n'a pu terminer la course car “il manquait d'oxygène”. 

“Hallucinant”
Ce coureur originaire de la capitale Islamabad avait déjà dû achever la deuxième étape en poussant son vélo. “La route est tellement raide que même une voiture ordinaire peine à monter jusqu'au village de Duikar, où se trouvait la ligne d'arrivée”, se souvient-il. D'après les organisateurs, les pentes s'y élèvent à quelque 20%, un pourcentage très rarement atteint en Europe.  Outre l'altitude et les aléas climatiques, les coureurs bravaient aussi les risques d'éboulements, fréquents dans ces massifs. À chaque étape, des membres de l'organisation, casque de chantier sur le chef, scrutaient les montagnes environnantes, pour repérer d'éventuelles chutes de pierres sur la route. 

Dans chaque village ou presque, une foule de locaux fêtait le passage des cyclistes, certains dansant au son d'instruments traditionnels. “L'implication de la population était totale. Partout il y avait des panneaux de bienvenue. C'était hallucinant”, remarque Ramon Antelo, diplomate espagnol en poste au Pakistan, qui, à peine remis de “sa meilleure expérience cycliste”, souhaite monter une équipe pour l'année prochaine. “Une course comme celle-ci, il n'y en a nulle part ailleurs”, sourit ce cycliste habitué des longues courses d’amateurs en Espagne. “En Europe, le Mont Blanc, on ne peut pas le monter à vélo.”
 

Par Gohar ABBAS (AFP)

 

 


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