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A la une / Magazine

Traduit dans vingt langues, “semi-visible” à Cuba

Leonardo Padura, écrivain "anonyme" sur une île au futur incertain

À La Havane, Leonardo Padura oublie qu'il est l'écrivain cubain le plus connu dans le monde. Boudé par les médias et pauvrement édité sur la grande île caribéenne, il est un quasi-anonyme préoccupé par l'avenir de Cuba. En ce début d'après-midi, “Leo” Padura a déjà consommé les cinq cigarettes et cinq tasses de café qu'il s'autorise à chaque séance d'écriture matinale. En quittant son bureau, il semble serein face à la perspective de ressusciter une nouvelle fois le célèbre détective Mario Conde dans son prochain roman La transparence du temps. À 61 ans, cet homme au visage arrondi ceint d'une barbe blanche vit depuis de nombreuses années avec son épouse Lucia dans une modeste demeure de deux étages qui porte le nom de sa mère, la Villa Alicia. Aujourd'hui, il a rendez-vous avec un ami maçon pour réparer un auvent prêt à s'effondrer. “C'est important pour moi de faire des choses. Je vis très mal le farniente”, explique l'auteur. Il est devenu célèbre dans le monde entier avec son roman L'homme qui aimait les chiens, qui raconte la fin de l'utopie communiste à travers l'assassinat de Leon Trotski. La fin de journée sera consacrée à chercher du sable pour réparer son auvent. Demain, il transportera des gravats avant de se pencher sur l'entretien des quelques bananiers, corossoliers et citronniers de son petit jardin. Etant donné le succès de son œuvre traduite en 20 langues, Leonardo  Padura, détenteur d'un passeport espagnol, pourrait très bien vivre plus  confortablement en Espagne ou aux États-Unis. Mais il n'y a qu'ici à Mantilla, quartier agricole des faubourgs de La Havane, qu'il peut écrire, dit-il. Car il aime se présenter comme un écrivain cubain qui vit à Cuba et écrit sur Cuba. “Ce que je veux décrire dans mes livres, c'est cette réalité cubaine”, explique-t-il. À Mantilla, il est chez lui. Il se promène en short et sandales et fuit les  mondanités du centre-ville, alors que ses engagements auprès de ses éditeurs le  contraignent à passer le tiers de l'année à l'étranger.

“Semi-visible”
Joueur de baseball frustré, Leonardo Padura raconte être devenu auteur sur le tard, passée la quarantaine, par “esprit de compétition”. Il ne supportait pas que des collègues ou camarades d'université puissent écrire alors que lui, non. Aujourd'hui porté aux nues et maintes fois récompensé hors de Cuba, il est toutefois ignoré par les médias cubains, tous contrôlés par l'État, car sa littérature empreinte de vérité dérange. Il reste de son propre aveu “semi-visible” sur les antennes officielles. Ses œuvres publiées à Cuba ne dépassent pas les 10 000 exemplaires au total, indique l'auteur. C'est le traitement généralement réservé aux œuvres “polémiques” sur l'île : plus de censure au sens strict mais une diffusion  minimale “préventive”. L'édition espagnole de L'homme qui aimait les chiens a dû être rééditée une cinquantaine de fois à l'étranger, et le cycle Mario Condé vient d'être adapté en série dans Quatre saisons à La Havane, une production du géant américain du streaming Netflix. Mais lors de la dernière Foire du livre de La Havane, où Leonardo Padura a  été invité, seulement 468 exemplaires du Roman de ma vie (2002) ont été  publiés. Affront supplémentaire : une conférence autour de son roman sur Trotski a été annulée. Il avait déjà dû se contenter en 2016, amer, de voir l'un de ses livres publié uniquement dans sa version en braille.

Suspect habituel
Leonardo Padura est tout de même conscient d'avoir eu de la chance de ne pas subir comme romancier les funestes années 1970, “quand on faisait taire et qu'on marginalisait” les artistes pour homosexualité ou pour leurs critiques de  la révolution castriste. L'auteur raconte qu'il fit plutôt partie des “suspects habituels”.  Journaliste entre 1980 et 1995, sa plume acide lui avait valu une mention pour “problèmes idéologiques” alors qu'il écrivait pour une revue culturelle. Il fut  alors envoyé dans un quotidien du parti communiste pour y être “rééduqué”.  Malgré cette sanction, il assure avoir pu continuer à écrire “ce qu'il voulait”, comme il le fait toujours dans des romans sans tabous, dans des blogs consacrés à Cuba ou dans la presse internationale (Folha de Sao Paulo au Brésil, El Pais en Espagne). Fin observateur de son époque, Padura se dit “alarmé” par la lente ouverture opérée par Raul Castro au commerce privé, qui produit, selon lui, une “fragmentation de la société” communiste cubaine. “Le tissu social, très compact, a commencé à se déliter”, regrette-t-il. “Aujourd'hui il y a des gens plus pauvres que dans les années 1980, et des gens beaucoup plus riches.” Malgré le manque de reconnaissance à Cuba et ses inquiétudes face à l'avenir, l'auteur assure qu'il ne quittera jamais son île, et ce, pour une raison simple : “L'écrivain Leonardo Padura n'existerait pas sans Cuba.” 

Hector VELASCO (AFP)


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