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Autres / Magazine

Livré aux aléas du temps et à l’inconscience de l’homme

Portus Magnus, un trésor archéologique en perdition

La cité archéologique romaine située à Béthioua laissée à l’abandon. ©D. R.

Par ignorance, et en raison de l’absence d’une prise en charge officielle de ce trésor archéologique, beaucoup d’habitants de Béthioua ont emporté des fragments pour en faire des parements devant leurs maisons.

En dépit de l’intérêt, reconnu par tous, qu’elle représente sur les plans archéologique et historique, et du rôle qu’elle pourrait jouer dans le développement du tourisme oranais, la Cité archéologique romaine située à Béthioua croule aujourd’hui sous les ordures et les immondices. Jamais Portus Magnus ne semble avoir été dans un état de délabrement aussi avancé. En effet, les ruines de la civilisation romaine, vieilles de quelques siècles et porteuses de mémoires millénaires, côtoient les vestiges de beuveries vieilles, elles, de quelques nuits et symptomatiques de l’ignorance de certains habitants de Béthioua anciennement Portus Magnus. Aux côtés de vestiges de forums et d’acropoles, de réservoirs d’eau, de morceaux de colonnes…, témoins d’une présence romaine remontant à 22 siècles, traînent des canettes de bières, des bouteilles d’alcool vides et les incontournables sachets de plastique bleus. “Je viens régulièrement ici et je n’ai jamais vu une quelconque opération de nettoiement ou travaux de réhabilitation”, témoigne un jeune, assis à l’ombre d’un figuier, face aux installations industrielles de Sonatrach. Il est vrai que l’intérêt des autorités locales envers Portus Magnus ne se manifeste que de manière sporadique (de préférence devant les caméras et les appareils photo), notamment à l’occasion du mois du patrimoine (avril-mai) qui voit instances officielles et certaines associations culturelles multiplier les actions de nettoiement, les visites sur les sites archéologiques et les opérations de sensibilisation autour de l’importance du patrimoine matériel et immatériel pour la mémoire collective.
 
Colonnes romaines et canettes de bière
Mais dès la fin des “festivités”, la majorité des sites historiques, dont Portus Magnus, retombent dans l’oubli et sont délaissés aux aléas du temps et l’inconscience de l’être humain. S’étalant sur quelque 36 hectares, Portus Magnus (Grand port) ne semble plus désormais intéresser que quelques passionnés d’archéologie, des étudiants d’Histoire ou des Arts et de rares touristes, curieux de contempler les vestiges que la mythique civilisation romaine a laissés à Oran. En fait de ruines, il n’en reste pas beaucoup malheureusement, du moins pas en apparence : des pans de murs de maisons ou de palais, des traces de rues et d’allées, des vestiges de forums et d’acropole, des réservoirs d’eau, des morceaux de colonnes et des fragments de jarres que l’Office national de gestion et d’exploitation des biens culturels protégés a soigneusement rassemblés dans un jardin. Par ignorance, et en raison de l’absence d’une prise en charge officielle de ce trésor archéologique, beaucoup d’habitants de Béthioua ont emporté des fragments pour en faire des parements devant leurs maisons. Il y a plus d’un siècle, d’ailleurs, Louis Demaeght, militaire et archéologue français, avertissait que les ruines de Portus Magnus servaient de matériaux de construction aux habitants de Béthioua et aux colons de Saint-Leu (aujourd’hui Arzew) et qu’à ce rythme, le site serait détruit en quelques années. Plus d’un siècle plus tard, il ne reste plus de la cité romaine qu’une étendue servant de pâturage à des vaches et quelques vestiges faisant face aux installations de Sonatrach, symboles de la marche inexorable du temps.

JM2021, la dernière chance pour Portus Magnus ?
En 2012, un membre de l’Office national de gestion et d’exploitation des biens culturels protégés qui veillait sur les ruines romaines de Portus Magnus appelait à “l’urgence de la préservation des vestiges qui ont échappé à la bêtise humaine” et au “lancement de fouilles pour déterrer les ruines -et elles sont très nombreuses- qui dorment sous terre”. Six ans après -malgré les annonces de prise en charge du dossier Portus Magnus par la direction de la culture- aucune mesure n’a été prise pour la préservation des ruines romaines, encore moins pour le lancement de fouilles qui, beaucoup le supputent, pourraient conduire à d’intéressantes découvertes. Paradoxalement, Portus Magnus pourrait trouver son salut dans le sillage de l’organisation des Jeux méditerranéens de 2021, manifestation sportive régionale qui mobilise autant les autorités locales que nationales. Et il semble bien que les instances officielles de la wilaya d’Oran soient décidées à “apprêter” les sites historiques, dont Portus Magnus, pour que les invités méditerranéens de la capitale de l’Ouest puissent en profiter lors de leur séjour sportif de 2021. En tous les cas, le Plan permanent de mise en valeur des secteurs sauvegardés (PPSMVSS, qui est un outil de gestion des secteurs sauvegardés) de Portus Magnus a été validé, cet été, par l’APW d’Oran et le dossier du projet transmis au ministère de tutelle pour le fameux paraphe qui autorisera le démarrage de la réalisation du plan de sauvegarde. Le PPSMVSS prévoit plusieurs actions visant la sauvegarde du site, dont la plus urgente pour la direction de la culture de la wilaya d’Oran est l’installation d’une clôture de protection contre les agressions humaines. La direction de la culture l’assure : Portus Magnus sera fin prêt pour accueillir les  visiteurs, avant les Jeux méditerranéens de 2021. Il reste à savoir si, à terme, ce plan débouchera sur la préservation permanente du site, la fin des dégradations humaines et l’inauguration d’une ère de fouilles et de recherches archéologiques ?

Samir Ould Ali


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