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Le projet a impliqué 20 adolescents

Ukraine : du théâtre pour combler les divisions de la guerre

Des comédiens et metteurs en scène tiennent des pancartes "#freeSentsov" ("libérez Sentsov"). © D.R

Les différences culturelles persistent en Ukraine entre l'ouest du pays, ukrainophone et volontiers nationaliste, et l'Est, russophone et traditionnellement tourné vers la Russie.

Un garçon fuit sa ville meurtrie par la  guerre, un jeune gay est rejeté par ses parents : par ces sujets douloureux, un atelier théâtral de Kiev tente de rapprocher des adolescents venus des différentes régions de ce pays meurtri par la guerre. Ce projet a réuni 20 adolescents de 14 à 16 ans, originaires de l'ouest  comme de l'est de l'Ukraine. Deux régions très différentes culturellement, entre lesquelles l'incompréhension est parfois immense, alors que le Donbass, la grande région de l'est du pays, est ravagé par un conflit armé depuis 4 ans. Pendant une semaine, les participants ont travaillé en groupe pour écrire 10 courtes pièces qui ont ensuite été mises en scène en juillet dans une salle de la capitale ukrainienne par des réalisateurs et des acteurs professionnels. “Un fils a fui le pays, sa mère est restée à Avdiïvka où la guerre fait rage”, explique Filip Kazlaouskas, 15 ans, en décrivant son opéra rock Roméo d'Avdiïvka, nommé d'après sa ville natale. “Je souhaitais que les spectateurs deviennent tristes, qu'ils fondent en larmes”, explique ce garçon svelte dont l'opéra a été accueilli par une standing ovation.
    
Dialogue entre Est et Ouest
Baptisé “Class act” (Grande classe en anglais), cet atelier théâtral a été fondé en Écosse, il y a une trentaine d'années, pour renforcer les liens entre les adolescents d'Édimbourg.
Il a depuis migré dans plusieurs pays avant d'arriver, il y a 2 ans en Ukraine, en proie à un conflit armé qui a fait plus de 10 000 morts. Si les combats se sont calmés depuis le pic de début 2015, les éruptions de violence sont encore régulières. Les Occidentaux et Kiev accusent la Russie de soutenir des séparatistes prorusses, ce que Moscou dément.
Cette année, la moitié des jeunes sont venus d'Avdiïvka, une localité de 20 000 habitants située sur la ligne du front, dans la zone contrôlée par Kiev. C'est une des villes les plus touchées par les combats, où les échanges de tirs et les bombardements sont quasi quotidiens de part et d'autre. Les autres adolescents viennent de Tchop, une ville comptant près de
10 000 habitants et se trouvant dans l'ouest de l'Ukraine, à la frontière avec la Hongrie et la Slovaquie. Leur coopération devrait, espèrent les organisateurs, avoir un effet thérapeutique et social sur ces jeunes tout en suscitant un dialogue entre leurs régions. “Quand de jeunes dramaturges venus de diverses parties du pays se retrouvent, il en émerge un dialogue et une amitié, ils se rendent compte qu'ils ont beaucoup de choses en commun”, relève Natalia Vorojbyt, une des responsables du projet.
Car les différences culturelles persistent en Ukraine entre l'ouest du pays, ukrainophone et volontiers nationaliste, et l'Est, russophone et  traditionnellement tourné vers la Russie.  “C'était très facile de travailler ensemble, même si, au début, on avait un peu de mal à s'entendre”, s'enthousiasme Valentin Ielizariev, un garçon de 15 ans venu de Tchop. Lui, il a créé avec deux autres camarades une pièce sur un gang harcelant un jeune footballeur noir. Pour le comédien Oleksii Vertynsky, un des acteurs s'étant prêté au jeu, cette expérience permet d'espérer qu'une nouvelle génération intellectuelle puisse émerger en Ukraine.  
    
Sujets effrayants

Le projet a été salué par Oleg Sentsov, le réalisateur ukrainien, actuellement emprisonné en Russie pour terrorisme à l'issue d'un procès  dénoncé comme stalinien par Amnesty International. Dans une lettre publiée par une comédienne participant à Class act, il a souhaité bonne chance aux adolescents.
Alors qu'il a entamé en mai une grève de la faim pour obtenir la libération de tous les prisonniers politiques ukrainiens de Russie, le réalisateur peut compter sur le soutien de ces jeunes dramaturges.
À la fin de leur spectacle, tous ceux qui ont participé à l'atelier sont montés sur scène avec des pancartes sur lesquelles on pouvait lire “#FreeSentsov”. “Pour moi, c'est un choc. L'an dernier, on a eu davantage de sujets comiques, mais cette année, ils sont très sérieux et profonds, voire effrayants”, relève Pavlo Arié, un des réalisateurs du projet.  
“Le premier jour, les adolescents venus d'Avdiïvka semblaient avoir des visages ‘‘plus adultes’’, marqués par les souvenirs de la guerre”, observe-t-il. “Le lendemain, cette différence s'est effacée, et ils sont tous devenus beaux, différents, mais tous enfants.”   


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