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MOSCOU

Un monde qui s’éteint et un autre qui s’éveille

La ville de Moscou envahie par les visiteurs. © D.R.

En perspective de la Coupe du monde de foot-ball de 2018, la capitale de la Russie subit en permanence des liftings.

Le visiteur de Moscou, reflet des mutations de la Russie, est de but en blanc frappé par ces transformations rapides de la ville tendant à effacer les grandes œuvres du communisme qui résistent encore. Ces changements se traduisent dans les nouvelles constructions, l’aménagement urbain, les mentalités et surtout dans comportements sociétaux qui montrent une affection exagérée du luxe. C’est tout un monde qui s’éteint et un autre qui s’éveille !
En perspective de la Coupe du monde de foot-ball de 2018, la capitale de la Russie subit en permanence des liftings. Le centre-ville est tenu continuellement dans un état de propreté impeccable et la circulation est réglementée comme une montre suisse. Sergey Sobyanin, maire de la ville qui mène une politique visant à rendre la ville aux Moscovites est souvent décrié. Svetlana, banquière, trouve démesurée, spectaculaire et couteuse cette politique d’ouvrir par exemple des jardins publics à tour de bras. Sur les places publiques et les grands boulevards, les grandes marques de luxe s’imposent sous les regards de statues de personnages qui ont fait l’ère du communisme. Karl Marx veille sur le théâtre Bolchoï, Alexandre Pouchkine, dos tourné à l’embouche métro, admire l’impressionnante et scintillante rue Tverskaïa. Vladimir Ilitch Lénine, devant de nombreux héros bolchevicks, gisant sur la Place rouge, voit défiler des troupes de touristes chinois et japonais, les têtes plus tournées vers le Okhotny Ryad Shopping Center révolutionné par le luxe, pour enfin s’engouffrer dans l’extraordinaire cathédrale de Saint-Basile-le-bienheureux, autrefois ignorée. Et oui, autres temps, autres meurs !
À Moscou, la rupture générationnelle est très sensible. La jeune génération qu’on croise dans des hôtels, restaurants de luxe ou des boîtes internationales s’ouvrent aux langues étrangères et se procurent les dernières inventions technologiques. Elle se réalise surtout dans le privé. Pendant ce temps, l’ancienne génération, souvent à la veille de la retraite, s’accroche au mythe d’une grande Russie et vit dans un isolement linguistique et culturel terrible. Elle travaille souvent poue l’État où elle occupe des postes comme fonctionnaires, gardiens, caissiers, surveillants etc.
En réalité la vraie classe intellectuelle moscovite, celle qui est dotée de hautes compétences et qualifications, travaille à l’international et offre ses services aux multinationales qui ont pénétré massivement le marché russe, nous confesse Olga, une informaticienne biélorusse. En général les services sont assurés par des migrants de plusieurs pays : Azerbaidjan, Kirghistan, Biélorusse, Tadjikistan etc. Cela se vérifie facilement dans cette ville où on croise plusieurs nationalités.
Parmi les nombreuses curiosités à voir dans la capitale russe, il y a le Mosfilm, le musée du cinéma, qui se trouve à côté du quartier des affaires où les gratte-ciels aux allures futuristes rivalisent. Mais le visiteur doit s’armer de patience : les employés sont eux-mêmes des pièces muséologiques sortis de l’ère du communisme. Seule la langue russe est d’usage ! Toutefois, il découvre de nombreuses pièces, notamment la collection de voitures qui a servi à tourner plusieurs films soviétiques. Ainsi, sa déception sera adoucie quand il découvre que sur le site du musée, il peut visionner plusieurs chefs-d’œuvre du cinéma soviétique dont Quand passent les cigognes de Mikhaïl Kalatozov.
Il s’agit d’une adaptation cinématographique de la pièce de Rozov, Éternellement vivant, qui reçut la Palme d'or au festival de Cannes en 1958.


T. H.